Boult (Haute-Saône, F), Manufacture de Claude Gautherot (1752 et 1772)

 

Roland Blaettler, 2019

Le fonds céramique dans CERAMICA CH

Le territoire de la Suisse occidentale comptait parmi les débouchés naturels des faïenciers de Franche-Comté, aussi trouve-t-on un nombre non négligeable de spécimens susceptibles de leur être attribués dans les collections helvétiques, en particulier celles qui se situent le long du pied du Jura.  Dans ce corpus relativement mal documenté on peut isoler un groupe assez important de faïences marquées d’un «g» et ornées de motifs dérivés de Lunéville, comme les décors «à la rose» ou «à l’œillet» en polychromie de grand feu (MAHN AA 1288; MAHN AA 1289; MAHN AA 1280; MAHN AA 1282; MAHN AA 1285; MRVT No 79), ou le décor «à la grue» – en réalité un phénix – en camaïeu violet (MRVT No 96). Un certain nombre d’objets montrant les mêmes formes et décors, et relevant indéniablement de la même production, portent une marque «C» (MAHN AA 1769; MHL AA.MI.930). Jean Rosen a pu démontrer que des décors similaires avaient été introduits à la manufacture de Meillonnas, dans l’Ain, par un faïencier venu de Boult (Haute-Saône): Claude Gautherot (Communication de Jean Rosen, voir aussi Rosen 2013).

Gautherot (1720-1772) est attesté à Boult dès 1740, où il collabore dans la manufacture fondée par son père Jacques. Peu après le décès de ce dernier en 1752, Claude ouvre une seconde fabrique au Cordonnet, un village situé à quelques kilomètres de Boult, tandis que l’établissement principal (qui lui appartient pour moitié) est géré conjointement avec sa mère. En 1761, deux ans après la destruction de la faïencerie du Cordonnet par un tremblement de terre, Claude est appelé dans l’Ain pour diriger la manufacture de Meillonnas. En 1764, on le retrouve à Magny, puis à Lure, toujours dans la Haute-Saône. En 1766 il travaille pour la faïencerie de Saône, non loin de Besançon, avant de revenir à Boult trois ans plus tard (De Buyer 1961 et 1983).

La tentation est grande d’attribuer les faïences marqués «g» aux Gautherot, et plus particulièrement à Claude Gautherot. Le tracé de la plupart des marques «g» se décompose en une petite et une grande boucle (voir par exemple MAHN AA 1280; MAHN AA 1289; MRVT No 79) dans lesquelles Rudolf Schnyder voit une forme contractée des initiales «cg».

Dans les années 1940, la spécialiste de la faïence de Matzendorf (SO), Maria Felchlin réclama ce type de production pour la manufacture soleuroise, plus précisément pour la période 1812-1820, particulièrement mal documentée à l’époque (Felchlin 1942, 25-26). Sa collection personnelle, conservée en l’état jusqu’à ce jour, en comporte plusieurs exemples (SFM 36; SFM 34; SFM 38; SFM 39; SFM 37; SFM 35).

Bibliographie

Blaettler/Ducret/Schnyder 2013
Roland Blaettler/Peter Ducret/Rudolf Schnyder, CERAMICA CH I: Neuchâtel (Inventaire national de la céramique dans les collections publiques suisses, 1500-1950), Sulgen 2013, 320

De Buyer 1961
Suzanne de Buyer, Le bailliage d’Amont, foyer d’art de la faïence comtoise au XVIIIe siècle, in: Cahiers de la céramique et du verre 21, 1961, 40–51.

De Buyer et de Buyer 1983
Louis de Buyer et Suzanne de Buyer, Faïences et faïenceries de Franche-Comté, Besançon 1983.

Rosen 2013
Jean Rosen, De Lunéville à la Franche-Comté: un exemple de diffusion précoce des décors de la Manufacture Chambrette, vers 1755-1760, in: Deuxième table ronde franco-suisse: Faïences et faïenceries de l’Arc jurassien et ses marges. Procédés techniques et décors. L’apport des sources et de l’archéologie, Fribourg 2013, 15–22.