Décor imprimé

Andreas Heege 2019

Décors imprimés dans CERAMICA CH

Sur le plan technologique, il s’agit d’un procédé d’impression faisant intervenir des plaques de cuivre gravées (gravures sur cuivre) qui sont chauffées pour être ensuite utilisées pour transférer (imprimer) leurs gravures sur du papier très finement frotté d’un mélange d’huile de lin et de glaçure colorée (hot press printing – impression par pressage à chaud). Ces papiers peuvent ensuite être découpés à la taille voulue, placés sur le tesson ou sur la céramique déjà glaçurée puis pressés (marouflés), de telle sorte que la glaçure colorée adhère et reste sur la surface de la céramique lorsque le papier qui en est le support est humidifié et ramolli pour en être retiré. Un procédé similaire d’impression sur glaçure (glue bat printing – impression à la feuille de gélatine) utilise une fine feuille de gélatine à la place du papier huilé. Pour l’impression par pressage à froid, la gravure sur cuivre est uniquement frottée avec de l’huile de lin, proprement nettoyée des excès d’huile, puis pressée sur la feuille de papier. Par l’entremise de cette feuille de papier, l’huile est transférée sur la surface déjà glaçurée de la céramique, puis des émaux très finement broyés y sont saupoudrés. Ceux-ci ne vont adhérer qu’aux endroits où l’huile, transférée par le papier imprimé par la gravure, est présente. Les émaux doivent ensuite être fixés lors d’une troisième cuisson.

Le décor imprimé par transfert a été développé pour la première fois en Angleterre vers 1751 sous la forme d’un « décor sur glaçure » de couleur noire ou rouge pour la faïence et la porcelaine tendre (Maire 2008, 349). Il existe cependant des précurseurs de cette technologie de décors imprimés sur la faïence et la porcelaine en Italie (Turin et Doccia) dans la première moitié et le milieu du 18ème siècle (Mallett 2011), qui ont connu un succès économique moindre et n’ont pas connu de développement continu.

Le décor imprimé par transfert sur faïence ou faïence fine a également été rapidement connu sur le continent et a été utilisé sporadiquement dans la seconde moitié du 18ème siècle (Drakard/Holdway 1983, 10-17 ; Kronberger-Frentzen 1964, 9-28 ; Linnemann 1999, en particulier 90, note 7 ; Decker/Hoffmann/Thevenin 1999, 76-80 ; Bolender/Beck-Coppola 2004 ; Maire 2008, 349-356 ; Bartels 1999, 245-246 ; Cluett 2004, 30). C’est ainsi qu’on retrouve, à titre d’exemple, ce procédé d’impression sur glaçure à partir de 1785 dans la manufacture de porcelaine de Zurich (décor imprimé sur glaçure en noir et en pourpre) puis dans la manufacture de faïence fine Nägeli qui lui a succédé (Bösch 2003, vol. 1, 384, vol. 2, 238-239 ; Ducret 2007, 33-34 ; Matter 2012, 99-100). À partir de 1780 environ, le décor sur glaçure a été rapidement remplacé en Angleterre par un décor imprimé en bleu et noir sous glaçure (Stellingwerf 2019, 46). Cependant, des décors imprimés sous glaçure en bleu de cobalt étaient déjà utilisés pour la porcelaine anglaise à partir de la fin des années 1750.

Ce n’est qu’après 1800 que la technique d’impression par transfert sur faïence fine a été introduite à plus grande échelle dans la production céramique française et continentale (Bolender/Beck-Coppola 2004, 37-63 ; Maire 2008, 349-420 ; Pour la partie anglo-américaine, voir : Majewski/O’Brien 1987, 141-146). À Carouge, près de Genève, le décor imprimé est avéré entre 1813 et 1819 (Strobino 2002, 8). En revanche, il ne semble être apparu à Montereau, région Île-de-France, qu’en 1818, à Septfontaines, Luxembourg, qu’en 1823/1824, à Creil, région Hauts-de-France, qu’en 1827, à Vaudrevange (en allemand Wallerfangen) et Mettlach (tous deux dans la Sarre en Allemagne) qu’à partir de 1825 (après des décors sur glaçure expérimentaux en 1815), à Sarreguemines vers 1828/1830, à Longwy (tous deux en France dans la région historique de Lorraine) vers 1835, et à Niderviller (aussi en Lorraine, région de Sarrebourg) seulement vers 1850 (Decker 2003, 155 ; Maire 2008, 368-372 ; Decker/Thévenin 1992, 33 ; Adler 1991, 20 ; Desens 1998, 44-46 ; Thomas 1976, 23, 29, 37 ; Thomas 1977, 22 ; Linnemann 1999, 92-93 ; Bolender/Beck-Coppola 2004, 73-81). Ce n’est qu’en 1844 que la production de décors imprimés a également débuté à Maastricht (au sud des Pays-Bas) (Bartels 1999, 246). À Damm, près d’Aschaffenbourg en Bavière, au château d’Aschach, dans le district de Bad Kissingen, à 130 km à l’est de Francfort, et près de là, à Wächtersbach dans la Hesse, on a fabriqué de la vaisselle décorée d’images en utilisant le procédé du décor imprimé par transfert, respectivement à partir de 1830, 1837 et 1842 (Linnemann 1999, 92 ; Brandl 1993, 29-30 ; Wurzel 2001, 10 ; Linnemann 2001, 23-31). À peu près au même moment, les fabricants du sud de l’Allemagne, à Zell am Harmersbach, Hornberg et Schramberg, ont produit de la vaisselle en suivant de près les modèles anglais et français. Les dates exactes de l’introduction du décor imprimé ne semblent pas être disponibles, mais elles peuvent être basées sur des modèles français (Kronberger-Frentzen 1964 ; Simmermacher 2002, 63 ; Sandfuchs 1989, 10-13). Il en va de même pour les décors imprimés des faïences fines du Haut-Palatinat allemand (Endres/Berwing-Wittl/Kleindorfer-Marx 2004, 35 fig. 34 et 91-92) et pour la production des faïences fines de Kilchberg-Schooren près de Zurich, où les décors en noir, bleu et brun ainsi que, très rarement en vert ou bicolore, n’ont été largement utilisés qu’après 1846 (Ducret 2007).

Gravure linéaire, technique de la hachure (décor imprimé français, Fabrique STONE, COQUEREL ET LE GROS, Creil, vers 1810/1820).

Gravure en pointillé (stippling), décor imprimé de la fabrique de Johannes Scheller à Kilcherg-Schooren, près de Zurich, vers 1850/1860.

À partir de 1807 environ, l’ancienne technique de gravure linéaire (hachures) des plaques d’impression a été remplacée en Angleterre par des ombrages réalisés avec des petits points – « le pointillé » – qui a permis des représentations et des nuances mieux différenciées (Brooks 2005, 43 ; Bolender/Beck-Coppola 2004, 91 ; Bartels 1999, 245-246). Cependant, les deux techniques peuvent encore être trouvées côte à côte sur le continent, même à une date ultérieure.

Au cours du 19ème siècle, d’autres couleurs du décor imprimé sous glaçure ont été développées pour l’industrie de la faïence fine (les « fancy colours ou couleurs fantaisie » : vert – à partir de 1822 ; rose, violet, brun, « flowing blue » ou bleu flou – à partir du début des années 1830), qui pouvaient également être combinées entre elles («Underglaze Printing in Multiple Colors » –  impression sous glaçure en plusieurs couleurs), chaque couleur correspondant à une plaque d’impression. À partir des années 1830, il était également possible d’imprimer jusqu’à trois couleurs simultanément avec une seule plaque d’impression (« Single-Plate Multicolor Printing » – Impression multicolore avec une seule plaque). Cependant, le processus nécessite une préparation complexe des plaques, car les encres devaient être frottées/déposées aux bons endroits. Un peu plus tard, entre 1835 et 1845 environ, l’impression polychrome en couleur avec plusieurs plaques d’impression a également été développée et perfectionnée (« Multiple-Plate Multicolor Printing » – Impression multicolore à plaques multiples). Pour ce faire, le graveur devait graver sur les plaques d’impression des séparations de couleurs pour chaque couleur à imprimer, d’abord pour 3 à 4 couleurs, puis dans les années 1850 et 1860 jusque vers 5 à 6 couleurs. Chaque couleur était imprimée individuellement sur du papier, puis transférée sur la partie blanche du tesson, puis chauffée, pour durcir la couleur imprimée et pour thermo dégrader l’huile utilisée comme support de la couleur à imprimer. Ce n’est qu’ensuite que l’encre d’impression suivante pouvait être transférée, puis, finalement, la glaçure de fixation apposée et, enfin, le tout enfourné pour la cuisson finale.

C’est surtout au début de l’historicisme que le décor imprimé a été enrichi avec des peintures et des dorures apposées manuellement (Linnemann 2001, 31). À partir du milieu du 19ème siècle, dans l’industrie de la faïence fine, les procédés de la lithographie ou de la chromolithographie multicolore (sur les procédés d’impression chromolithographique, voir : Chromolithographie, décalcomanie) utilisés pour un décor sur glaçure ont progressivement remplacé le décor imprimé sous glaçure sans le faire disparaître complètement.

Termes voisins :  décor imprimé par transfert, décor reporté

Allemand : Umdruckdekor

Anglais :  transfer printing, overglaze printing, underglaze printing, single-plate multicolor printing, multiple-plate multicolor printing, hot press printing, glue bat printing

Bibliographie

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