Reichenbach-Zollikofen BE, Linck-Daepp, Margrit (1897-1983)

Roland Blaettler 2019

Margrit Linck-Daepp (1897-1983) fit son apprentissage dans l’atelier du potier Johann Gottfried Moser à Heimberg dans les années 1916-1920. Après une année d’études à la Keramische Fachschule de Berne, elle se perfectionnera dans une école céramique privée à Munich en 1922/23.

En 1927, Margrit Daepp épousa le sculpteur Walter Linck (1903-1975). Le jeune couple avait séjourné à Berlin en 1924/25. Les deux artistes résideront à Paris de 1927 à 1930, où ils eurent l’occasion de se nourrir des nouveaux courants artistiques. De retour en Suisse, ils s’installèrent d’abord à Zurich, puis Wabern (BE). En 1941, ils se fixèrent définitivement à Reichenbach-Zollikofen (BE), c’est là que Margrit Linck se lancera véritablement dans la production céramique (Messerli 2017, 159-221).

Les premiers travaux originaux de Linck témoignent de sa volonté de renouveler avec audace la technique éprouvée de la terre cuite engobée de tradition bernoise (pour des exemples précoces, voir L’Œuvre, vol. 24, 1937, cahier 12, fig. pp. 357-359). D’abord en façonnant des objets utilitaires avec une grande liberté gestuelle (MHL AA.MI.1954; MHL AA.MI.1869; MHL AA.MI.1868; MHL AA.MI.1921), puis, dès 1943, en concevant des objets plus sculpturaux et d’inspiration parfois surréaliste (MHL AA.MI.2581). En 1957, elle investit un second atelier dans le village bourguignon de Saint-Romain. C’est là qu’elle poursuivra dorénavant ses recherches dans le registre sculptural, tandis que dans son atelier bernois elle se concentrera sur la conception de ses récipients tournés et déformés en faïence d’une blancheur immaculée, sans le moindre décor, afin que rien ne vienne perturber la perception de la forme (MHL AA.MI.1910).

Tout en se nourrissant de la tradition séculaire des potiers de son coin de pays, Linck situera constamment sa démarche dans la mouvance des arts plastiques contemporains les plus novateurs, avec la liberté que cela supposait par rapport aux exigences du médium céramique. Cette attitude lui valut une reconnaissance internationale que peu de praticiens de la céramique ont connue. En 1949, la Kunsthalle de Berne montra ses céramiques aux côtés des peintures d’Oskar Dalvit et de Joan Miró. Dès les années 1950, elle sera invitée à exposer ses travaux en en Italie, aux États-Unis, en France et surtout en Allemagne.

Après le décès de l’artiste, sa belle-fille, Regula Linck reprit l’atelier de Reichenbach, qui continuera à produire les formes créées par Margrit dans le registre de la faïence blanche. L’entreprise Linck Keramik est toujours active de nos jours, elle est installée à Worblaufen (BE) depuis 2015.

Bibliographie

Altorfer 1981
Max Altorfer (éd.), Margrit Linck. Keramische Skulpturen – Weisse Vasen. Berne 1981.

Buchs 1988
Hermann Buchs, Vom Heimberger Geschirr zur Thuner Majolika. Thun 1988.

Dictionnaire historique de la Suisse (article Margrit Linck, par Michèle Baeriswil-Descloux – article Walter Linck, par Michael Baumgartner)

Messerli 2017
Christoph Messerli, 100 Jahre Berner Keramik von der Thuner Majolika bis zum künstlerischen Werk von Margrit Linck-Daepp (1987-1983). Hochschulschrift (Datenträger CD-ROM), Bern 2017.

Schnyder 1985
Rudolf Schnyder, Vier Berner Keramiker: Werner Burri, Benno Geiger, Margrit Linck, Jakob Stucki, Ausstellungskatalog im Rahmen der 10. Spiezer Keramik-Ausstellung, Schloss Spiez. Bern 1985.