Estèque

Tournage avec une estèque en bois dans l’atelier céramique de Lucerne, vers 1950/1960.

Andreas Heege, 2021

Ce qu’on appelle une « estèque » (de l’allemand Stecken : bâton ; Larousse, P., Grand Dictionnaire…, 1866-1876, art. Estèque) est un outil de travail en bois, typique de l’art du potier. Il l’utilise lors du tournage des récipients pour leur donner une forme et pour en lisser les parois. Fondamentalement, on doit différencier l’estèque du « tournassin (en allemand Abdreheisen) », que l’on utilise sur les récipients à l’état d’argile crue à consistance de cuir pour en lisser les surfaces, affiner les contours ou leurs socles (couramment utilisé en Italie depuis le 16ème siècle : Lightbown/Caiger-Smith 1980, 38, Picollpasso, I tre libri dell’arte del vasaio, 1548).

Tournassage d’un vase à l’aide d’un tournassin, dans l’atelier céramique de Lucerne, vers 1950/1960.

Les formes des estèques peuvent être très différentes. Elles sont le plus souvent en bois, mais peuvent aussi exister en métal ou en plastique. Souvent, l’estèque présente un trou qui permet de la tenir et de la guider plus sûrement. Des estèques ainsi conçues sont attestées par des sources iconographiques depuis au moins le milieu du 16ème siècle (Blondel 2001, 127, d’après Agricola, De re metallica 1556 et Lightbown/Caiger-Smith 1980, 37, Picollpasso, I tre libri dell’arte del vasaio, 1548).

Estèques de la poterie Röthlisberger située à l’Oberdorfstrasse de Langnau, vers 1900/1930.

Sur les photos des ateliers de poterie, on voit souvent ce type d’estèques percées d’un trou, accrochées à un clou sur la paroi ; ici un exemple à Heimberg, canton de Berne, vers 1950.

 

Estèque de Fredelsloh, en Basse-Saxe, Allemagne.

L’un des plus anciens exemplaires d’estèque a été conservé dans le coffre (en allemand Zunftlade)  de la guilde des potiers de Fredelsloh en Basse-Saxe. Il est daté au dos de l’année 1680. Le recto présente en outre un tour à rotation discontinue (en allemand Blockscheibe ; voir Blondel 2001 Nicole Blondel, Céramique : vocabulaire technique, Paris 2001, p. 127.) typique de cette époque et, probablement, à ses côtés, d’autres types d’estèques. On aperçoit une estèque de forme identique accrochée à la paroi sur l’une des plus anciennes représentations d’un atelier de poterie en Suisse (tout à droite).

Esquisse pour la réalisation de la partie supérieure d’un vitrail réalisé par Ulrich Fisch (1613-1686), SNM LM-25731, d’après Lehmann 1992, ill. 28).

Allemand : Drehschiene
Anglais : Potters woodden rib

Bibliographie :

Blondel 2001
Nicole Blondel, Céramique: vocabulaire technique, Paris 2001.

Lehmann 1992
Peter Lehmann, Zwei Töpferöfen in der Winterthurer Altstadt (Berichte der Zürcher Denkmalpflege. Archäologische Monographien 12), Egg 1992.

Lightbown/Caiger-Smith 1980
Ronald Lightbown/Alan Caiger-Smith, Cipriano Piccolpasso, I tre libri dell’arte del vasaio = The three books of the potter’s art: a facsimile of the manuscript in the Victoria and Albert Museum, London, London 1980.