Thoune, canton de Berne, Musée Céramique (commerce en gros de céramiques)

Andreas Heege, Pierre-Yves Tribolet, 2026

Céramiques du Musée Céramique dans CERAMICA CH

Introduction

L’histoire du « Musée Céramique » ne peut être racontée sans évoquer ses antécédents lors de l’Exposition universelle de Paris de 1878.

Sous la pression diplomatique de la France, le Conseil fédéral suisse décida de participer à l’Exposition universelle de 1878 à Paris.

Eduard Guyer-Freuler (1839-1905), commissaire général suisse pour l’Exposition universelle de Paris en 1878 (source : Internet).

En 1877, Eduard Guyer-Freuler (1839-1905), commissaire général suisse pour l’Exposition universelle de Paris en 1878, se rendit dans l’Oberland bernois afin de préparer l’événement. Il s’est particulièrement intéressé à la sculpture sur bois et à la poterie de Heimberg qui, selon ses propres termes, « avait connu un essor considérable depuis deux ans » (procès-verbal du Grand Conseil du canton de Berne, délibération de 1877 sur le crédit destiné à l’Exposition universelle). Avec l’aide du colonel Karl Schrämli (1831-1899, pour en savoir plus, voir l’article dans le HLS), propriétaire d’une briqueterie à Thoune, il réussit à convaincre les trois potiers innovants Bendicht Küenzi (1822-1878), Christian Eyer (1845-1898 ; Hafner = potier ; Geschirrmalerin = femme peintre sur vaisselle ; Keramikmalerin = femme peintre sur céramique) et Johann Schenk-Trachsel (1837-1906) à y participer.

Pavillon suisse à l’Exposition universelle de Paris en 1878 (source : Internet).

L’exposition fut un grand succès pour les potiers. Les trois potiers ne se rendirent pas personnellement à Paris, mais se firent représenter sur place par le commerçant Johann Heinrich Schoch-Läderach (21 mars 1839 – 1er juin 1911, originaire d’Utzwil-Henau, canton de Saint-Gall – être Suisse c’est être « originaire » d’une commune de la Confédération helvétique, où des membres de sa famille, parfois très lointains, ont été « naturalisés ». La naturalisation en Suisse, consiste à recevoir un lieu d’origine. Ce lieu d’origine, aussi appelé «droit de cité», correspond à la commune où un citoyen a obtenu ce que certaines communes appellent « la bourgeoisie », qui n’a que de lointain rapport avec la bourgeoisie au sens de classe sociale ) en tant que commissionnaire. Selon Karl Huber (1906, 279), on lui doit tout particulièrement d’avoir su nouer de bonnes relations, dont les effets se sont fait sentir durablement (Journal « Die Tat » – Le fait, 4 septembre 1878, vol. 2, n° 209). C’est la première fois que l’on entend parler ici de Schoch-Läderach, qui dirigea plus tard l’importante société commerciale de Thoune «Musée céramique». Dans les sources et les archives, sa personnalité reste curieusement « terne » et indéfinie. Johann Heinrich Schoch obtint en décembre 1872 l’autorisation de s’établir à Saint-Gall en tant que commerçant (Neues Tagblatt aus der östlichen Schweiz – Nouveau quotidien de la Suisse orientale, 11 décembre 1872). On ignore quand et pourquoi il est venu à Thoune, ainsi que la manière dont il est devenu commissionnaire des potiers. Il épousa le 10 février 1876 à Saint-Gall Emilie Theresia Läderach (3 janvier 1855 – 1er novembre 1924, originaire de Bolligen, canton de Berne). Le couple eut deux filles (Emilie Helene Leonora, 10 mars 1878 – 25 avril 1902, baptisée à Münsingen, canton de Berne, et Sophie Amalie Helena, 31 mars 1881 – ?, baptisée à Thoune).


Céramiques portant la marque Schoch-Läderach (Oiseau, P[oterie], SL). À partir de 1878 (SST – Thoune, Fondation du château de Thoune – 05185, SST-14631, SST-14178). On ignore à quelle date exacte ces pièces ont été fabriquées et pendant combien de temps Schoch-Läderach a fait apposer cette marque. Seuls les trois musées suivants possèdent aujourd’hui des pièces de cette époque qui ont manifestement été achetées à Paris en 1878 : le Victoria & Albert Museum de Londres (V&A Inv. 712-1878 à 718-1878, 736-1878, 737-1878), le Musée national d’Oslo (OK-00358 et OK-00359) et le Musée des arts décoratifs de Winterthour (Inv. 554, 576). Étonnamment, il n’existe pas une seule assiette avec un paysage peinte à froid (assiette avec une veduta) de Schoch-Läderach portant cette marque (voir ci-dessous l’Exposition nationale de 1883).

Dans la suite de cette article les assiettes en majolique de Thoune avec un paysage peint à l’huile dans le bassin seront désignée ainsi : assiette peinte avec veduta (en allemand : Vedutenteller).

Dans la salle de l’Exposition universelle de Paris en 1878 consacrée au canton de Berne, au sein du Pavillon suisse, les potiers ont présenté 333 pièces (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois, 4 septembre 1878) : « Künzi a exposé 170 pièces, Schenk 88 et Eier 75 »), qui se sont vendues jusqu’à 140 fois (Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne, vol. 25, n° 103, 25 décembre 1878). Schoch-Läderach incita les potiers à apposer sa marque sur la céramique. L’explication de cette marque « Oiseau PSL » n’est pas tout à fait claire. On ignore notamment ce que représente l’oiseau. « P » signifie sans doute « Poterie » et « SL » « Schoch-Läderach ».

Le critique d’art allemand Friedrich Pecht écrivait en 1878 : « Ainsi, les faïences émaillées (note : il ne s’agit pas de faïences mais bien de terres cuites engobées et glaçurées) de la manufacture de Heimberg, près de Thoune, constituent une charmante spécialité qui transpose avec beaucoup de talent le principe de l’ornementation des châles indiens sur ces récipients en terre cuite, laissant transparaître des motifs floraux densément entremêlés sur un fond sombre » (NZZ – Neue Zürcher Zeitung- Nouvelle Gazette Zurichoise, 15 août 1878). D’après le livre d’or de 1878 (conservé aujourd’hui aux Archives fédérales à Berne ; E14#1000-39#1549_Vz), environ 24 000 personnes ont visité le pavillon suisse, selon les informations fournies par le commissaire général.

Certificat attestant l’attribution de la médaille d’argent à Bendicht Künzi (1822–9 mars 1878), dont l’atelier était situé à Oppligen, près de Heimberg, au niveau du pont de la Rotache. Ce certificat n’a pu être réceptionné que par sa veuve, Künzi étant décédé avant même l’ouverture de l’exposition à Paris (SST-07168).

L’article de la NZZ ci-dessus témoigne que les céramistes de Heimberg ont remporté une médaille d’argent et deux médailles de bronze à l’Exposition universelle de Paris en 1878.

Traduction: Concessionnaire exclusif : E. Schoch-Laederach, Thoune, Suisse. Cette vaisselle est une réplique parfaite, dans le style Renaissance, de la vaisselle helvétique qui, il y a plusieurs siècles, était très prisée des monarques et des nobles venus de près ou de loin. Les modèles exposés sont très admirés par les connaisseurs de céramiques, qui considèrent que les formes artistiques, les motifs et la finesse du travail sont sans égal.

Schoch-Läderach saisit l’occasion et ouvrit une boutique à Paris, où il continua à vendre les céramiques de Heimberg sous son propre nom, même après la fin de l’exposition. Du 15 juin au 2 novembre 1878, des annonces concernant un « salesroom – salle de vente » situé au 17, avenue de l’Opéra parurent dans l’« American register for Paris and the continent – Registre américain pour Paris et le continent », vol. XI, où l’on peut lire dans l’image ci-dessus : FAIENCES D’ART HELVETIQUES ÉMAILLÉES (GRAND FEU). MAJOLIQUE DU HEIMBERG, STYLE POMPÉIEN, ETC. Salle des ventes, 17, avenue de l’Opéra, Paris.

Le 8 décembre 1878, on pouvait lire dans le journal parisien « L’Europe Artiste » que Schoch-Läderach disposait « …aujourd’hui de son dépôt situé au 43, avenue de la Bourdonnaye, en face de la porte Rapp ». Le journal ajoutait : « Nous pensons exprimer l’avis de tous les artistes et connaisseurs en promettant une popularité durable aux remarquables produits de poterie suisses présentés à Paris, en raison de leur valeur et de leurs qualités artistiques qui les rendent dignes à tous égards. »

L’«Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration» des années 1880 et 1881 mentionne finalement Schoch-Läderach à Paris, au 45 rue des Petites-Écuries, et précise en outre : «médaille d’argent Paris 1878 ; Manufacture à Thoune, Majoliques Suisses et Faïences d’art, Dépôt à Paris ». Schoch-Läderach avait donc manifestement déménagé. Il n’est plus possible de retrouver les emplacements ultérieurs d’un magasin à Paris. La « médaille d’or » pour l’Exposition universelle de Paris de 1878, revendiquée par Schoch-Läderach dans son annonce publicitaire pour l’Exposition nationale suisse de 1883 à Zurich et présente dans la décoration de son stand, est une pure invention de sa part.

D’après son annonce de 1883, Schoch-Läderach affirme avoir également remporté une autre médaille d’argent à Bruxelles, sans toutefois préciser l’année de l’exposition. Il s’agit peut-être de l’«Exposition nationale de 1880 à Bruxelles» ou d’une exposition industrielle liée à celle-ci, organisée par l’État belge pour célébrer son 50e anniversaire (article paru dans le Zuger Volksblatt – Journal populaire de Zug 20, n° 3, 10 janvier 1880). La presse suisse ne semble pas avoir fait état de cette médaille. Aucune mention n’a été trouvée dans le catalogue officiel des exposants.

Schoch-Läderach a également exposé à l’Exposition générale allemande des brevets et des dessins et modèles, ainsi qu’à l’Exposition locale de l’artisanat de Francfort-sur-le-Main, qui s’est ouverte le 10 mai 1881 et s’est poursuivie jusqu’en septembre. Il y a d’ailleurs remporté une médaille d’argent, comme l’a rapporté le journal « Der Bund – La Confédération » le 28 septembre 1881.

Le 23 décembre 1880 (Intelligenzblatt der Stadt Bern – Feuille d’avis officielle de la ville de Berne), Schoch-Läderach publia une annonce unique : « De beaux cadeaux de fête ! Majolique suisse ! de Schoch-Läderach à Thoune. Dépôt : Berne, Amthausgasse – Ruelle de l’Administration 70, 1er étage ». Cette annonce n’a plus été renouvelée par la suite, de sorte que nous ne savons pas si Schoch-Läderach a effectivement exploité un magasin à Berne sur le long terme ou s’il a ensuite écoulé sa marchandise principalement par l’intermédiaire de marchands de vaisselle bernois.

Le Musée Céramique sous la direction de Johann Heinrich Schoch-Läderach, 1882-1890

C’est à la suite d’un drame familial que nous apprenons que Schoch-Läderach habitait à Thoune, au plus tard en mars 1882, dans la maison voisine de la Plätzliterrasse – Terrasse de la petite Place. Sa fille de quatre ans, Emilie Helene Leonora, est tombée du balcon et a subi une fracture du crâne (Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne, vol. 29, n° 25, 29 mars 1882), à laquelle elle a survécu. Il s’agit probablement du bâtiment situé aujourd’hui au 1, Freienhofgasse – Ruelle de la cour libre.

Musée Céramique de Thoune, photo non datée (Musée national suisse, SNM LM-75640-19).

Le magasin proprement dit de Schoch-Läderach se trouvait toutefois de l’autre côté de la rue, face à l’actuelle Obere Hauptgasse – Ruelle principale du Haut, et portait, selon le guide touristique d’Adrien de Baroncelli (1852-1926), « Jura & Suisse, l’Oberland bernois » (Paris, 1904, p. 126), le nom de « Musée Céramique de majoliques de Thoune ».

Musée Céramique, Hofstettenstrasse (Source : Thunensis.com)

À une date inconnue, le Musée de la céramique a été transféré dans le bâtiment situé aujourd’hui au 4 de la Hofstettenstrasse – Rue de Hofstetten à Thoune.

Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) 1, n° 64, 511, 30 mars 1883. L’emplacement du magasin est indiqué comme étant : Plätzli (La petite Place) à Thoune.

Journal de l’Exposition nationale suisse de 1883, n° 1 et 2, page 6, novembre 1882.

On ignore à quelle date Schoch-Läderach s’est installé dans ses locaux et a donné ce nom à son entreprise avant 1883, car lors de l’enregistrement de la société dans la Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) du 30 mars 1883, celle-ci n’était désignée que par son nom. Il était également précisé qu’il disposait de locaux commerciaux à Thoune, sur la petite place nommée « Plätzli ». La nature du commerce enregistré enregistré était le suivant : « Poterie artistique majolique ».

En 1883, Schoch-Läderach n’a pas fait inscrire sa marque commerciale (« le dessin d’un oiseau, avec, au-dessus un P [oterie] et, à côté, les lettres ligaturées SL pour Schoch-Läderach») au registre du commerce suisse. On la trouve, comme seule source, dans l’annonce publicitaire de Schoch parue dans le Journal officiel de l’Exposition nationale suisse de 1883,  n° 1&2, page 6, de novembre 1882. Il y présente également la médaille d’or qui lui aurait été décernée lors de l’Exposition universelle de Paris en 1878 et fait référence aux médailles d’argent de Bruxelles (?) et de Francfort en 1881.

Plateau à tarte avec une étiquette en papier, peu après 1878. Collection privée, Suisse.

Il existe peu de pièces en céramique portant la marque de fabrique de Schoch-Läderach sous forme d’autocollant en papier. C’est sans doute ce qui explique, avec les autres étiquettes connues, pourquoi nous ne connaissons que très peu de pièces marquées issues de la première période du Musée Céramique, et aucune assiette peinte à froid « veduta » marquée. Il est possible qu’il soit passé entièrement aux étiquettes en papier peu après 1878, car cela lui permettait de s’approvisionner sans difficulté en produits provenant de divers fabricants pour son Musée Céramique.

Etiquettes en papier collée au dos des céramiques du Musée Céramique de Schoch-Läderach. Photos tirées d’Internet.

Catalogue officiel de l’Exposition nationale suisse à Zurich de 1883.

C’est à l’occasion de l’exposition nationale de Zurich, qui a ouvert ses portes le 1er mai 1883, que nous obtenons les informations importantes suivantes concernant Schoch-Läderach et son Musée Céramique (toujours écrit de cette manière, en français).

Pavillon de la céramique à l’Exposition nationale de Zurich en 1883 (photo : Bibliothèque de l’ETH – Ecole polytechnique fédérale, Zurich).

Il y a présenté, dans le pavillon dédié à la céramique, une collection de majoliques de Thoune et de Heimberg. Parallèlement, on pouvait découvrir les expositions de divers autres fabricants de céramiques : Samuel Born-Straub (majoliques de Heimberg, exposant n° 1376), une exposition collective des potiers de Heimberg (vaisselle de tous les jours, exposant n° 1383), la manufacture de Johannes Wanzenried (majolique, vases, assiettes, services, marqueteries pour meubles, lambris, décoration d’intérieur, céramiques d’art et d’usage courant, exposant n° 1391), Richard Grüninger, potier de Berneck, canton de Saint-Gall (collection de poteries, exposant n° 1397), H. Hanhart, Winterthour (faïences décorées, exposant n° 1399), A. Krebser & Cie, Heimberg (assiettes, vases, cruches et, d’une manière générale, objets décoratifs de belle facture antique, exposant n° 1405), Pflüger, frères, Lausanne, Fabrique à Nyon, canton de Vaud (poteries artistiques, exposant n° 1417-1), Jules Michaud, Manufacture de poterie à Nyon (poteries blanches, exposant n° 1417-2), Picolas & Degrange, Carouge (échantillons de faïences fines, exposant n° 1418), Alexander Schwartz, Genève (poteries artistiques, exposant n° 1429) et Fabrique de céramiques Ziegler (1828-1973), Schaffhouse (ustensiles de cuisine avec céramique réfractaires, faïence, faïence fine, exposant n° 1443).

Stand à l’Exposition nationale de 1883 (photo : Bibliothèque de l’ETH, Zurich). Au centre du stand, les assiettes peintes « veduta », dont c’est la première apparition.

Assiette peinte dite « Veduta », avec sa peinture à l’huile au centre représentant la chapelle de Tell au bord du lac des Quatre-Cantons. Sur l’aile de l’assiette figure des edelweiss, dont on note la première apparition sur des majolique de Thoune en 1883. Contrairement à ce qu’affirme Messerli (1995), il n’existe à ce jour aucune indication d’une utilisation antérieure de l’edelweiss sur de les céramiques de Thoune.

Les nombreux guides publiés sur cette exposition ne mentionnent pas non plus que c’est à cette occasion qu’ont été présentées au public pour la première fois des céramiques ornées d’edelweiss (Leontopodium alpinum), qui allaient par la suite prendre une telle importance, pas plus qu’ils ne mentionnent le fait que Schoch-Läderach ait également présenté pour la première fois des assiettes peintes dites « Veduta », avec une peinture à l’huile au centre (Neue Zürcher Zeitung, numéro 141, 21 mai 1883 ; La Suisse et La Liberté 20, n° 122, 26 mai 1883 ; Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois 7, n° 157, 5 juillet 1883 ; Courrier de l’art 3, n° 31, 2 août 1883 ; Hinkende Bote – Le messager boiteux, 157, 1884, en particulier la page 55 ; Le National Suisse – Journal Neuchâtelois 28, 1883, n° 181, 4 août 1883 ; voir également : Ziegler 1883, 5-6). Au plus tard depuis 1869, date de la parution de l’ouvrage d’Elijah Walton (1832–1880)  « Flowers From The Upper Alps With Glimpses of Their Homes – Fleurs des Hautes-Alpes et aperçus de leurs lieux d’origine », illustré d’une chromolithographie représentant un edelweiss, cette plante, représentative des autres plantes alpines, avait acquis une immense popularité auprès des touristes, principalement anglais, en Suisse.

Edelweiss, Leontopodium alpinum, Fluhalp, Oberrothorn, canton du Valais. Photo : Andreas Heege.

L’edelweiss apparaissait toutefois dès 1860 dans les récits romantiques parlant d’alpinisme, de gardes  forestier et d’amour du poète allemand Christian Hoeppl (1826-1862), qui ont été réimprimés en Suisse (Zürcherische Freitagszeitung, numéro 22, 1er juin 1860). Il est ainsi devenu la fleur des alpinistes et du romantisme. D’autres « écrivains populaires » allemands et suisses ont emboîté le pas avec leurs romans et recueils de poésie (voir https://www.e-newspaperarchives.ch, recherche sur « Edelweiss »). La rose des Alpes (Rhododendron ferrugineum), rouge, et l’edelweiss, blanche, sont devenus les symboles des couleurs du drapeau suisse ( rouge et blanc, Der Bund – La Confédération, tome 16, numéro 99, 10 avril 1865). Des recueils de poésie et des journaux du dimanche parurent sous le titre « Edelweiss », des pièces de théâtre furent jouées sur ce thème (notamment « Almenrausch und EdelweissAlmenrausch : littéralement euphorie des Alpages, nom donné à la Rose des Alpes/Rhododendron en Suisse allemande» une pièce de théâtre du XIXe siècle de Hermann von Schmid, ayant connu plusieurs adaptations, qui constitue un tableau de genre représentant la vie domestique dans les hautes montagnes bavaroises; «Almenrausch und Edelweiss » est aussi le titre d’un lied (chanson) de 1939 de Paul Röhricht, chantant les beautés pures des Alpes ; C’est également le titre d’un disque vinyle de 1975 présentant des chansons populaires alpestres ; «Almenrausch und Edelweiss » est par ailleurs le titre d’un film dramatique allemand, muet, réalisé en 1927 par Franz Seitz senior ; sous ce même titre fut réalisé un autre  film avec un grand succès populaire par Leopold Haindl et Hans Prüller en 1957) et des hôtels furent baptisés du nom de cette fleur. Finalement, on a cueilli l’edelweiss sans retenue et vendu la fleur, même séchée, à des prix exorbitants aux touristes. À partir de 1871, on trouve alors les premiers appels lancés par la presse en faveur de la protection de la flore locale : « La destrucziun da nostra Flora engiadinaisa – La destruction de notre flore de l’Engadine » (Fögl d’Engiadina, tome 14, numéro 37, 9 septembre 1871), auxquels le Club alpin suisse (CAS) s’est rallié en 1878, après que le Club alpin germano-autrichien eut déjà appelé à la protection de l’edelweiss dès 1874. Les articles de presse largement diffusés faisant état de « chutes mortelles lors de la cueillette de l’edelweiss » ont largement contribué à populariser cette fleur. Il n’est donc pas surprenant que les premières publicités pour des peintures sur porcelaine allemandes représentant des fleurs alpines à des fins décoratives soient apparues dès 1873 (Der Bund – La Confédération, tome 24, numéro 18, 19 janvier 1873). Dès 1875, la fleuriste, que l’on appelait la  veuve Stämpfli, vendait à Berne « des roses des Alpes et des edelweiss artificiels » (Intelligenzblatt der Stadt Bern – Feuille d’avis officielle de la ville de Berne, 3 juin 1875). Et à la fin des années 1870, divers cantons et communes décidèrent de sanctionner pénalement la cueillette de l’edelweiss. Il n’est donc guère étonnant que cette fleur ait non seulement orné la nouvelle série de billets de banque suisses de 1883, mais qu’elle ait également conquis l’Exposition nationale de Zurich de 1883, aux côtés des dentelles et broderies de Saint-Gall, des sculptures en bois de Brienz (L’Ecole de sculpture de Brienz fut fondée en 1884 ) ou encore de bijoux en filigrane d’argent et de colliers traditionnels (Göllerketten ; littéralement chaînettes sur le corsage) en argent massif, caractéristiques du costume féminin alpin (Tracht ou Dirndl) en Suisse et, en particulier dans le canton de Berne. Elle a ainsi finalement conquis la céramique, sans que l’on sache qui est à l’origine de cette première transposition.

À la suite d’un article publié par un correspondant du journal Basler Nachrichten- Les nouvelles bâloises, une « bataille médiatique » a éclaté autour de Schoch-Läderach (Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne, vol. 30, n° 42, 26 mai 1883). On lui reprochait notamment d’avoir, en violation du règlement, achevé l’aménagement de son stand après tous ses concurrents, le 23 mai ; que les médailles présentées de manière ostentatoire sur son stand ne lui avaient peut-être même pas été décernées ; qu’il n’était qu’un simple intermédiaire et non un producteur ; et que les « assiettes plates ornées de paysages aux couleurs vives » (assiettes peintes dite veduta) présentées pour la première fois sur son stand en 1883 n’appartenaient pas à la catégorie de la céramique, « en particulier de la majolique », mais relevaient bien davantage de celle des peintures à l’huile. On lui reprochait en outre de s’approprier 75 % des bénéfices tirés de la vente de céramiques.

Ces accusations étaient manifestement si graves que Schoch-Läderach décida de publier un droit de réponse, qui nous fournit diverses informations importantes (Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne 30, n° 44, 2 juin 1883). Il prétendait pouvoir présenter les diplômes originaux correspondants pour chacune des médailles (Commentaire : ce qui ne peut pas être vrai, voir ci-dessus). Il justifiait son droit, en tant qu’intermédiaire, de participer à l’exposition par le fait qu’il employait depuis cinq ans (c’est-à-dire depuis 1878) six ateliers de poterie comptant 25 ouvriers, qui travaillaient exclusivement pour lui et selon ses modèles. Il n’a pas pris position sur les autres accusations. La rédaction a également noté, au sujet des médailles, que Schoch-Läderach revendiquait les médailles d’argent et de bronze de l’Exposition universelle de 1878 et que la médaille d’or n’avait sûrement pas été attribuée par l’Exposition universelle de Paris de 1878, mais par une autre exposition française organisée aux Champs-Élysées à Paris en 1879 (Commentaire : aucune source confirmant cette affirmation n’a pu être trouvée à ce jour).

Le correspondant du journal Basler Nachrichten- Les nouvelles bâloises a également pris position le 9 juin 1883 (Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne 30, n° 46) et a défendu son article, en s’en prenant une nouvelle fois avec virulence au commerce intermédiaire et en reprochant aux organisateurs de l’exposition, dans le domaine de la céramique du Groupe 17, un manque de prise de conscience du problème et une absence de mesures énergiques. Dans une réplique de la rédaction, les assiettes peintes dite veduta, donc ornées de peintures à l’huile apposée à froid, furent une nouvelle fois vivement critiquées, car elles induiraient le public en erreur quant à la qualité picturale et porteraient ainsi préjudice aux producteurs concurrents qui restaient fidèles à leur artisanat céramique et à ses possibilités. La rédaction exigea, apparemment sans succès, l’exclusion des assiettes peintes dite veduta du pavillon de la céramique.

La presse locale ne fournit pas d’autres informations sur ce différend. Une visite guidée de l’exposition datée du 7 juillet 1883 (Thuner Wochenblatt – L’hebdomadaire de Thoune 46, n° 54) souligne l’excellent travail de Schoch-Läderach et attribue la préférence du public pour le stand de Schoch-Läderach au fait que son aimable représentant, E. Simsky, était présent tous les jours sur place et pouvait fournir des renseignements. Un article du journal « Berner Post und Tagblatt der Stadt Bern – La poste bernoise et quotidien de la ville de Berne» du 17 juillet 1883 rend un hommage très complet à l’exposition de céramique et souligne une nouvelle fois, d’un œil critique, la surprise de trouver parmi les pièces de céramique des œuvres ornées de peintures à l’huile vraisemblablement peu durables, qui, en tant que phénomène éphémère d’une mode « non céramique », pourraient à long terme nuire à la production céramique de Heimberg.

Schoch-Läderach erhielt wohl wegen dieser Anfeindungen und einer eindeutigen Stellungnahme der Jury (Koch 1884) im Gegensatz zu Samuel Born-Straub, Johann Wanzenried, Heinrich Hanhart  und der Ziegler’schen Thonwaarenfabrik aus Schaffhausen kein Ausstellungs-Diplom (Schweizerische Bauzeitung, Bd. II, Nr. 8, 1883, 49-50).

Assiette peinte dite veduta représentant une vue de l’Uri-Rotstock surplombant le lac des Quatre-Cantons. Collection privée, Suisse.

Alexander Koch (1848-1911), architecte et partisan du pluralisme stylistique de l’historicisme tardif, fit part de son avis sur la céramique du Groupe 17 (Koch 1884, 46-47, cf. également Messerli Bolliger 1991, 70) : « Outre ces tentatives, en principe infructueuses, visant à reproduire les effets de la peinture à l’huile par des procédés céramiques, étaient exposés des objets dont une partie seulement présentait un décor authentique, tandis que l’autre partie était colorée au moyen d’une véritable peinture à l’huile. Il s’agissait principalement d’assiettes dont le fond était peint d’un paysage suisse, tandis que le bord était orné d’une peinture authentique et d’un émail, à moins que celui-ci n’ait également dû servir à reproduire les costumes nationaux à l’huile. Tant que le jury siégeait, aucun des fabricants n’osa certes présenter de telles babioles, qui constituent une prostitution de la céramique, mais au fil de l’exposition, elles firent leur apparition sur plusieurs tables. Devant les experts, les exposants concernés se sont justifiés en expliquant que seules les exigences commerciales avaient pu les pousser à ajouter de telles pacotilles à leurs pièces authentiques. Je crois pouvoir également affirmer, à l’honneur de nos fabricants de céramique, que l’idée de ce triste mode de décoration ne leur est pas venue, mais qu’elle est sûrement due à la soif d’affaires infatigable d’une « noble âme » de marchand ».

Il ne fait toutefois aucun doute que les assiettes peintes dites avec veduta ont connu un succès retentissant auprès des touristes fortunés pendant les décennies qui ont suivi, succès auquel la manufacture Wanzenried et d’autres potiers de Heimberg n’ont pas pu rester insensibles longtemps, comme en témoignent les assiettes peintes dites veduta signées qui ont été conservées, notamment dans la collection de la Fondation du château de Thoune.

Traduction: Un citoyen rapporte que M. Habisrentinger, fidèle à son slogan bien connu lors de l’exposition nationale, selon lequel il faut privilégier autant que possible les produits de l’industrie locale, a fait décorer la salle à manger de l’« Hôtel Habis » avec 11 « tableaux » provenant de la manufacture de majoliques Schoch-Läderach de Thoune. Huit d’entre eux représentent les armoiries de l’Allemagne, de l’Autriche, des Pays-Bas, de l’Angleterre, de la Russie, de la France, des États-Unis et de la Suisse. L’un d’eux sert de cadran à une horloge, tandis que les autres représentent les sommets du massif du Mönch, de l’Eiger et de la Jungfrau, ainsi que la vue sur la chapelle de Tell.

Un hôtelier zurichois fut apparemment tellement impressionné qu’il fit équiper, fin 1883, la salle à manger de son « Hôtel Habis » d’assiettes et de plats de la maison Schoch-Läderach (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois 7, n° 298, 16 décembre 1883).

L’Exposition nationale de 1883 a accueilli 1 698 756 visiteurs entre le 1er mai et le 30 septembre et a remporté un franc succès en cette période de difficultés économiques (Offizielle Ausstellungszeitung  – Journal officiel de l’exposition n° 38, 10 octobre 1883, p. 356).

Une assiette en « majolique », probablement française, portant l’autocollant de Schoch-Läderach (Photos trouvées sur Internet).

Schoch-Läderach était un négociant en céramique. Il n’est donc pas étonnant qu’il vendait également d’autres types de céramique que les majolique de Thoune fabriquées à Heimberg et qu’il y apposait son autocollant.

Catalogue Schoch-Läderach consacré aux céramiques de la société Wilhelm Schiller et Fils, Bodenbach, en Bohême. Exemples de céramiques provenant de la Fondation du château de Thoune (SST-13706, SST-13707) et de la collection privée Humbert à Paris.

Schoch-Läderach commercialisait les produits de la manufacture de Wilhelm Schiller et Fils («WS & S» ) de Bohème fabriqués à partir de ce que les Allemands nomment  de la «Siderolith», en français, de la « sidérite », une argile plastique, blanche ou colorée, qui est préparée, moulée et cuite à haute température de la même manière que la faïence, et utilisée principalement en Bohême, dans la forêt de Thuringe et à la manufacture de Nymphenburg, à côté de Munich, en Bavière, pour fabriquer de nombreux articles bon marché surtout entre 1880 et 1930. Le catalogue que Schoch-Läderach fait lui-même imprimer pour la commercialisation de ces produits et qui n’était disponible que sous forme de photocopies, ne mentionne nullement «WS & S» comme fabricant. La couverture vante les mérites suivants : « Manufacture de poteries artistiques – Copies des formes découvertes dans les ruines de Troie par le célèbre archéologue Heinrich Schliemann (1822-1890) – Décors égyptiens et mauresques ». Les formes de céramique « troyennes » (probablement surtout les formes de cruches ; cf. Schliemann 1874) figurent sur la première planche du catalogue, les motifs décoratifs mauresques sur les première et deuxième planches, et les motifs « égyptiens » sur la troisième planche conservée. La planche 2 comprend en outre une colonne ornée d’un poisson s’enroulant autour du fût destinée à soutenir un grand cache-pot néo-Renaissance, qui rappelle fortement des jardinières similaires de la dynastie des céramistes d’art Massier, notamment Clément (1844-1917)  et Delphin (1836-1907), originaire du sud de la France et installée à Vallauris, près de Cannes, dans le département français des Alpes-Maritimes (Benadretti-Pellard 2009 ; Decker 2000 ; Forest/Lacquemant 2000).

La page de titre, probablement imaginée par Schoch-Läderach, suscite une fausse impression (Messerli 1995, 98, note 14), laissant croire qu’il s’agit ici de produits de Heimberg-Steffisbourg datant de l’époque de la majolique de Thoune. Or, il n’en est absolument rien. En effet, un grand nombre de ces céramiques qu’on a retrouvé sur le marché de l’art permettent d’apporter la preuve qu’elles ont été fabriqués entre 1885 et 1914 dans la manufacture bohémienne de Wilhelm Schiller et Fils à Obergrund, près de Bodenbach, sur la rive nord de l’Elbe, juste avant la frontière germano-tchèque (aujourd’hui Horní Žleb, quartier de la ville de Děčín). Wilhelm Leberecht Schiller (1797- 1863) quitte la manufacture de Friedrich Vincent Meinulph Gerbing (1798-1748), située également à Bodenbach, avec laquelle il était en partenariat depuis 1829, deux ans après la mort de ce dernier (la manufacture fut alors dirigée par sa veuve jusqu’en 1861) et  fonde en 1850 avec son fils Eduard, la manufacture Wilhelm Schiller et Fils qui fonctionnera jusqu’en 1910. En ce qui concerne cette manufacture, voir Zühlsdorff 1994, 476, avec des données erronées et les liens hypertextes ci-dessus, certains comportant également quelques dates erronées, d’après Cilek/Němec 2004 et les explications ci-dessous.

Une activité non officielle de l’entreprise Schiller-Gerbing se poursuivit à Obergrund à partir de 1850 environ, encore sous l’ancienne raison sociale Schiller & Gerbing. Le 1er mars 1852, Wilhelm Leberecht Schiller (15 août 1798 – 26 novembre 1863) se vit accorder une simple licence de fabrication mentionnant : « Production industrielle d’articles en terre cuite sous le nom de Syderolith ». Après l’instauration de la liberté d’entreprise dans l’Empire autrichien en 1863, la société Wilhelm Schiller et Fils fut inscrite au registre du commerce des Archives régionales d’État de Litoměřice, à 35 km au sud de Děčín (Inv. 973) : À compter du 12 octobre 1863, la raison sociale était « Wilhelm Schiller & Sohn », conformément à un contrat de société daté du 4 mars 1859. Le 5 octobre 1868, elle fut modifiée en « Wilhelm Schiller Sohn », Wilhelm Leberecht Schiller étant décédé dès 1863. C’est alors son fils, Gustav Eduard Schiller (9 janvier 1828 – 8 novembre 1876), qui dirigea seul l’entreprise. À sa mort, l’entreprise fut transmise le 12 janvier 1877, par succession, à sa sœur jumelle Luisa Marie Schiller (9 janvier 1828 – ?) – qui était mariée au notaire impérial et royal Friedrich Seidel de Bensen (Benesov nad Ploucnici) – ainsi qu’à son fils Friedrich Seidel junior (3 octobre 1854 – 7 juin 1909) et à la sœur de celui-ci, Anna, mariée à Böhm. À la mort de Friedrich Seidel fils, l’entreprise fut radiée du registre du commerce le 21 décembre 1910 pour « décès du propriétaire ». D’après des articles de presse, nous savons que l’entreprise a effectivement fermé ses portes et que ses moules en plâtre ont été utilisés comme gravier de chantier (je remercie très chaleureusement Petr Joza et Jan Němec, des Archives départementales de Děčín, pour ces informations).

 

WS & S n° 836  comparé au n° 665 du Musée de la céramique. Photos provenant d’Internet, respectivement d’une collection privée en Suisse.

Les numéros figurant dans le catalogue correspondent aux numéros estampillés sur les originaux connus. C’est sans doute en raison de l’origine totalement étrangère de ces productions céramiques que Schoch-Läderach ne mentionne aucune de ses médailles sur la page de titre. Malheureusement, la date de rédaction du catalogue reste incertaine. Il est cependant important de noter que les motifs mauresques ou d’inspiration orientale de ces céramiques, faisant notamment suite aux découvertes archéologiques de la ville de Troie, en particulier, n’ont pas manqué d’influencer significativement la majolique de Thoune.

Johann Heinrich Schoch-Läderach vendit son commerce de Thoune à l’âge de 51 ans, en février 1890, probablement au sommet de sa réussite économique, à Samuel Mack (âgé de 50 ans, originaire de Vevey, canton de Vaud, et habitant cette ville) (FOSC 8, 1890, n° 18, 3 février 1890). Schoch-Läderach se retira alors à Sigriswil, à une dizaine de km au sud-est de Thoune, au bord du lac éponyme, canton de Berne, pour vivre de ses rentes, où il décéda le 1er juin 1911, âgé de 72 ans (Intelligenzblatt der Stadt Bern – Feuille d’avis officielle de la ville de Berne, 3 juin 1911). Son épouse, Therese Emilie Läderach, décède le 1er novembre 1924 à Berne (Berner Tagwacht – L’Eveil bernois, tome 32, numéro 258, 4 novembre 1924).

Le Musée Céramique sous la direction de Samuel Mack, 1890-1898

Samuel Mack (1840-1912, originaire de Vevey) reprit le Musée de la céramique de Thoune en 1890, succédant à Johann Heinrich Schoch-Läderach (FOSC 8, 1890, n° 18, 3 février 1890). La procuration pour la signature sur place fut confiée à son fils, Rudolph (Rodolphe) Mack (1864- ?). Les locaux commerciaux se trouvaient Hofstetten près de Brienz, au bout du lac éponyme, à une cinquantaine de km de Thoune et l’objet de la transaction était défini comme «Poterie artistique majolique». En mai 1891, Georges-Louis Arlaud, de Genève, gendre de Samuel, obtint également une procuration (FOSC 9, 1891, n° 12, 8 mai 1891).

Samuel Mack était un petit-fils de l’Allemand Gottlieb Mack (1783-1848), originaire de Sontheim an der Brenz, dans le Bade-Wurtemberg. Ce dernier s’était fait naturaliser le 26 mars 1819 à Vevey, dans le canton de Vaud. Son fils Amédée François Louis Mack (« François », 1811-1857) eut neuf enfants avec Rose Faucherre (?–1889), dont sept fils. Le deuxième-né était (Auguste Jean François) Samuel. François fonda en 1834 une papeterie doublée d’une librairie. Après sa scolarité, Samuel se rendit à Heilbronn, aujourd’hui dans le Bade-Wurtemberg, pour perfectionner son allemand. À la mort de son père, Samuel reprit l’entreprise le 1er mai 1863 avec sa mère (Feuille d’avis d’Aigle, 10 mai 1863), puis plus tard avec son frère Edouard (1846-1919). À cette époque, le magasin était situé au 17, rue du Lac, à Vevey. Peu après, Samuel Mack épousa Fanny Thury (1842–1877), originaire de Morges (VD). Le 2 décembre, Jean Rodolphe Mack (1864–?), premier enfant de Samuel Mack, vit le jour. En 1864, le magasin fut transféré aux numéros 7 et 9 de la rue du Lac et agrandi ; l’assortiment fut élargi aux jouets pour enfants et à bien d’autres articles, puis le magasin rouvrit ses portes en mai 1865 sous le nom de « Magasin F. Mack». À partir de 1868, on y vendit également des fruits, puis, à partir de 1870, des produits de beauté et de soins corporels.

Le nom « Grand Bazar F. Mack » apparaît pour la première fois en 1871. À peu près à la même époque, le frère de Samuel, Henri (1844-1919), ouvrit un « Bazar Suisse » au 66, rue d’Italie à Vevey, qui proposait à peu près les mêmes articles que le magasin de Samuel et qui possédait une succursale à Évian-les-Bains de 1872 à 1879. Les deux établissements ont été repris par Samuel en 1879.

Peu après, Samuel a également lancé la commercialisation de « Poteries suisses » (ci-dessus).

À Vevey, l’acquisition du « Musée Céramique de Thoune » par Samuel Mack avait déjà été annoncée le 12 décembre 1889 dans une annonce parue dans le journal. Parallèlement, il ouvrit un « Magasin Céramique » au 54, rue d’Italie, qui exista jusqu’en 1895.

Samuel Mack a ensuite agi de manière très ciblée. En septembre 1890, il fit concevoir une marque d’entreprise pour le « Musée céramique », arborant bien sûr l’edelweiss, et l’enregistra au registre du commerce, ce qui n’avait apparemment pas été fait auparavant sous la direction de Schoch-Läderach. Nous pouvons donc raisonnablement supposer que toutes les céramiques portant cette marque ont été réalisées sous la direction de Samuel Mack ou de ses successeurs (jusqu’en 1907), ceux-ci n’ayant pas modifié la marque.

Le 20 novembre 1890, nous apprenons qu’il existe un catalogue complet d’échantillons de la majolique de Thoune, qui est remis à toutes les personnes intéressées. Il s’agit probablement d’un catalogue illustré, dont il ne reste que des fragments. Un numéro de commande était attribué à chaque objet. Le numéro le plus élevé attesté chez Mack est le 556. Ces numéros ont été conservés puis prolongés sous son successeur, L. Hahn, et étaient en partie peints ou gravés au fond des récipients par les potiers travaillant pour Mack.

Tasse avec poignée et soucoupe, catalogue S. Mack « 478 ».

En 1894, Samuel Mack fait don, à l’occasion de la fête cantonale des tireurs bernois à Thoune, d’une « assiette en faïence ( !) représentant une vue de Thoune » d’une valeur de 37 francs (TAT – Le Fait, 30 mai 1894).

La même année, une grande exposition de Noël a eu lieu à Berne, présentant les nouveautés des majoliques de Thoune (Der Bund- La Confédération, tome 45, numéro 344, 12, 12 décembre 1894), ainsi qu’une autre grande exposition de Noël à Vevey (annonce publicitaire du 4 décembre 1894).

En vue de l’Exposition nationale suisse de 1896 à Genève, S. Mack devint en 1894 membre du comité d’organisation « Groupe 36 : Céramique et travaux en ciment » (FOSC 12, n° 99, 20 avril 1894 ; voir également Der Bund – La Confédération des 20 et 21 avril 1894).

Outre le Musée Céramique dirigé par S. Mack, la manufacture Wanzenried et le potier d’origine allemande J.E. Wittmeyer, du village allemand Kandern, dans le Bade-Wurtemberg, qui possède une forte tradition potière (Max Laeuger, Horst Kerstan …), mais qui travaillait à Heimberg, Brenzikofenstrasse 8, participèrent également à l’exposition de 1896. Leurs collections furent très appréciées par la presse (TAT – Le Fait 20, n° 238, 7 octobre 1896 ; Thuner Wochenblatt – l’Hebdomadaire de Thoune 59, n° 82, 10 octobre 1896 ; Der Bund – La Confédération 47, n° 278, 5 octobre 1896).

Médaille décernée lors de l’Exposition cantonale de Genève en 1896 (Photo trouvée sur Internet).

Lors de la remise des prix, Wanzenried a reçu une médaille d’or, S. Mack une médaille d’argent et Ernst Wittmeyer une mention d’honneur (Geschäftsblatt für den obern Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie nord du canton de Berne 43, n° 65, 12 août 1896 ; Der Bund – La Confédération, 10 août 1896 ; Täglicher Anzeiger für Thun – Journal de Thoune 20, n° 193, 15 août 1896). Une critique détaillée de l’exposition de S. Mack a été publiée dans la revue « Der Thonwaarenfabrikant  – littéralement :  Le fabricant d’objets en terre cuite  – Le potier », paraissant à Constance (Chef-lieu d’arrondissement du Bade-Wurtemberg, à la frontière de la Suisse) (22, n° 19, 1er octobre 1896).

On suppose que c’est le potier Ernst Wittmeyer qui est photographié ci-dessus, en activité dans l’atelier de poterie de démonstration lors de l’exposition nationale suisse de Genève en 1896.

Carte postale publicitaire de l’Exposition nationale suisse à Genève de 1896. Collection privée, Suisse.

Mack tenait également un « magasin » au Dörfli (littéralement : le petit village. Le « Bazar du Dörfli » était un stand présentant les produits de l’Association pour la protection du patrimoine à l’exposition nationale). En octobre 1896, il tenta de se débarrasser à bas prix des invendus de l’exposition par le biais d’annonces dans les journaux (La Tribune de Genève 18, n° 239, 11 octobre 1896).

Ce n’est qu’en 1898 qu’Oscar Blom, directeur du Musée cantonal des arts et métiers de Berne, rendit son rapport écrit sur le Groupe 36 à l’Exposition nationale de 1896 : « … Dans la catégorie de la majolique de Heimberg, les entreprises Wanzenried près de Thoune, Mack à Thoune et Wittmeyer à Heimberg étaient représentées. On pouvait s’attendre dès le départ à ce que la dynamique entreprise Wanzenried se distingue à nouveau lors de cette exposition avec quelques nouveautés, tandis que Mack à Thoune a captivé le public grâce à une présentation particulièrement bien agencée. Les avis des visiteurs de l’exposition sur les produits de Heimberg divergent de manière surprenante : tandis que les uns reprochent la monotonie sans fin de l’aspect de ces produits, les autres déplorent que l’on ne s’écarte pas des formes décoratives connues, sous peine de perdre le caractère propre à ces produits. Mais ici aussi, il faudra se résoudre à produire ce que l’acheteur exige. Aujourd’hui, alors que tout semble soumis à un changement perpétuel, où la « mode », cette tyrannie, a le dernier mot dans la commercialisation des marchandises, on ne peut en aucun cas rester passif… ».

1897 À l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles, S. Mack reçut une médaille d’or pour ses majoliques de Thoune exposées (catalogue officiel de l’exposition ; voir également le Täglicher Anzeiger für Thun – Journal de Thoune, 21, n° 231, 30 septembre 1897).

1898 Au début de l’année 1898, S. Mack vendit le Musée céramique à Ludwig Hahn (originaire d’Elgg, canton de Zurich), qui résidait apparemment déjà à Thoune (FOSC 16, 1898, 81, 19 janvier 1898 ; Thuner Wochenblatt 61, n° 9, 29 janvier 1898).

Traduction: 14 juin. La société «F. Mack» de Vevey (inscrite au registre du commerce de Vevey le 1er mars 1888 et publiée dans la FOSC n° 31 du 8 mars 1888, p. 245) a ouvert le 1er janvier 1898 à Interlaken une succursale sous la même raison sociale, F. Mack. Outre le propriétaire de la société, Auguste Jean François Samuel Mack, à Vevey, le fondé de pouvoir du siège social, Jean Rodolphe Mack, fils, à Vevey, est habilité à représenter la succursale en tant que fondé de pouvoir. Nature de l’activité : bazar, articles de voyage, papeterie. Locaux commerciaux : Höheweg.

Maison F. Mack, Interlaken, carte postale datant de peu après 1898 (photo trouvée sur Internet).

Le 1er janvier 1898, parallèlement à la vente du Musée Céramique à Ludwig Hahn, Samuel Mack ouvrit à Interlaken, sur le Höheweg – Chemin d’En-haut, une succursale de son bazar veveysan qui était également dirigée par son fils Rodolphe. Selon la FOSC (27, 1898, p. 1085), la nature commerciale de cette succursale était le suivant : bazar, articles de voyage et papeterie. Rodolphe a dirigé cette succursale au moins jusqu’en août 1922 (FOSC n° 184, 1922, p. 1549).

Le 15 novembre 1901, Samuel Mack ouvrit par ailleurs une succursale à Montreux, au Kursaal 15. Un en-tête de lettre datant de 1909 énumère ces trois magasins et précise que, malgré la vente du « Musée Céramique », la vente de céramiques se poursuit. Samuel Mack est décédé le 5 octobre 1912 à l’âge de 73 ans, après avoir cédé l’entreprise à son fils Rodolphe dès le 2 février 1912 (nécrologie de Samuel Mack dans la « Feuille d’avis de Vevey », 8 octobre 1912). Les bâtiments du Grand Bazar de Vevey ont été démolis en 1933-1934.

Le Musée céramique sous la direction de Ludwig Hahn, 1898-1905

Dès janvier 1898, Ludwig Hahn (originaire d’Elgg, canton de Zurich) fit l’acquisition du « Musée Céramique », dont la nature commerciale était définie comme « la fabrication et le commerce en gros et au détail d’objets en céramique d’art » (FOSC 16, n° 20, 19 janvier 1898 ; Thuner Wochenblatt – l’Hebdomadaire de Thoune 61, n° 9, 29 janvier 1898). Concernant la personne de Ludwig Hahn et son parcours professionnel, on ne dispose que des informations communiquées en 1926 dans sa nécrologie (Der Bund – La Confédération, 24 janvier 1926 ; également dans le « Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie nord du canton de Berne », tome 73, n° 10, 25 janvier 1926). Ludwig Hahn est né en 1851 à Horn, canton de Thurgovie, au bord du lac de Constance, et a effectué son apprentissage à Constance. À partir de 1880, il a travaillé à Olten, canton de Soleure, et à Berne. À partir de 1906, il a dirigé l’agence de la compagnie d’assurance-vie de Leipzig.

C’est dans le cadre des préparatifs de Noël 1898 que l’on entend à nouveau parler de lui (Täglicher Anzeiger für Thun – Journal de Thoune 22, n° 285, 2 décembre 1898).

1898 En décembre, L. Hahn participa à l’exposition de Noël consacrée aux arts décoratifs au Musée cantonal des arts et métiers de Berne. Le « Geschäftsblatt für den obern Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie nord du canton de Berne» (45, n° 12, 21 décembre 1898) rapportait : « Hahn à Thoune, Joh. Schenk et Gottfr. Tschanz à Heimberg ont également proposé à la vente de riches collections de vaisselle en terre cuite de Heimberg. »

1899 Participation à la Ière exposition cantonale de l’industrie et de l’artisanat de Berne à Thoune (du 1er juin au 15 octobre 1899). Le catalogue officiel de l’exposition contient une annonce publicitaire et indique :

Un « album » consacré à l’exposition montre le stand de la manufacture Wanzenried et, en arrière-plan, sans doute celui du Musée Céramique de L. Hahn. Hahn exposait également dans le groupe XII – Industrie étrangère, tourisme et sport. Il y présentait des « reliefs de l’Oberland bernois », mais l’article de journal ne précise pas de quoi il s’agissait exactement (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois, 25 juin 1889).

Traduction: L’industrie de la Majolique, dont le siège se trouve à Heimberg et à Thoune, a également brillé lors de l’exposition de Thoune. Cette industrie emploie une main-d’œuvre nombreuse. Non seulement elle apporte des sommes d’argent considérables à la région, mais elle éveille également, tant chez les industriels que chez les habitants, le sens de la beauté. L’État lui-même s’intéresse depuis longtemps à cette industrie, et une école de poterie devrait voir le jour dans un avenir proche. Bien entendu, les particuliers et les communes devront y contribuer. La célèbre entreprise J. Wanzenried, de Thoune, a reçu un diplôme d’honneur pour ses réalisations exposées. M. L. Hahn, de la « Fabrique et Musée Céramique » de Thoune, a également présenté une belle exposition, et une médaille d’or a récompensé son travail assidu. L’exposition collective de l’association industrielle Majoliques de Heimberg vaut également le détour. Elle a reçu la médaille d’argent. Les participants sont : Friz Frank Mäder, les frères Frank-Jenny, Friedrich Hänni Kratzer, Charles Loder-Eyer, Bendicht Loder-Walder, Jakob Reusser, Jakob Schenk, Gottfried Tchantz, Ernst Wittmeier, Eugen Roschach, Berne. L’ensemble de l’exposition de l’industrie de la Majolique plaira à tout le monde, car elle constitue l’un des principaux attraits de toute l’exposition et contribue certainement pour beaucoup à inciter notamment les Munichois, lors de l’aménagement confortable de leur propre foyer, à penser à cette industrie et à ses représentants. Trois jeunes filles sont toujours prêtes à fournir les explications nécessaires.

Ludwig Hahn reçut une médaille d’or en récompense de ses efforts (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois, 11 août et 19 août 1899).

Exposition universelle de Paris en 1900. Le stand de L. Hahn se trouve au fond à gauche..

1900 Cette année-là eut lieu une nouvelle exposition universelle à Paris, à laquelle participa également le Musée Céramique alors dirigé par L. Hahn, dans la Classe 72. Le journal « La Liberté » (4 novembre 1900) rapportait : « M. Hahn, du Musée Céramique de Thoune, expose une très belle collection de majoliques qui font généralement le bonheur des étrangers et des collectionneurs ; j’ai toujours admiré ces poteries, si rustiques et toujours élégantes ; je ne sais trop pourquoi M. Hahn n’obtient qu’une médaille de bronze, mais la faveur du public ne lui fait pas défaut, à en juger par le nombre très considérable d’objets vendus. »

1901 Il existe une carte postale publicitaire oblitérée datant de cette année, qui présente le Musée Céramique et ses produits, notamment un assiette peinte avec veduta représentant le Château de Thoune.

1901 En décembre de cette année-là, le directeur du Musée des arts et métiers, Oscar Blom, rendit compte de l’exposition de Noël consacrée à l’artisanat local (Der Bund – La Confédération, 18 décembre 1901) : « Dans l’industrie potière locale également, on observe une recherche de nouvelles formes et de nouvelles couleurs pour les vases, les tasses et les assiettes ; c’est là que la manufacture de majoliques Hahn à Thoune [Remarque : Hahn se contentait sans doute uniquement de faire produire et de fournir des esquisses de décors aux potiers de Heimberg et de Steffisbourg qui travaillaient pour lui – il ne possédant pas, proprement dit, une manufacture] fait figure de pionnière. L’engouement pour ces articles, visible lors de l’exposition de Noël, prouve que le public est toujours réceptif à de telles nouveautés. Il convient également de mentionner une petite exposition du maître potier Loder-Eyer à Heimberg. Jusqu’à présent, personne n’avait songé à ce qu’il était possible de décorer simplement des vases non émaillés et de les rendre ainsi agréables à l’œil. Une suggestion en ce sens émanant du Musée des arts et métiers de Berne a été immédiatement reprise par le maître potier G. Tschanz à Heimberg et mise en œuvre avec brio. Il s’agit encore de premières créations présentées à l’exposition ; mais là encore, le public a approuvé cette prise de risque par de nombreux achats et commandes. »

1902 Exposition de Noël au Musée des arts et métiers de Berne, compte rendu d’Oscar Blom (Geschäftsblatt für den obern Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne, 20 décembre 1902) : « Dans notre industrie de la majolique également, on observe les prémices d’un élan salutaire vers le progrès. Les nouveaux produits des entreprises Hahn à Thoune, Loder-Eyer, Loder-Walder et Tschanz à Heimberg en témoignent. »

1903 Concours organisé par le Musée des arts et métiers (Geschäftsblatt für den obern Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie nord du canton de Berne, 1er avril 1903) portant sur la réalisation d’œuvres en terre cuite (majoliques) : dix céramistes y ont participé et ont envoyé 80 objets. La manufacture Wanzenried et Karl Loder-Eyer ont remporté des prix. Le Musée céramique de L. Hahn n’a obtenu qu’une mention d’honneur.

1903 Exposition de Noël du Musée des arts et métiers de Berne, au premier étage du Kornhaus – Grenier à grains de Berne  (Intelligenzblatt der Stadt Bern – Feuille d’avis officielle de la ville de Berne der Stadt Bern, 12 décembre 1903) : « Ce sont moins les glaçures que les couleurs qui font le charme des œuvres en majolique de Hahn à Thoune. »

1904/1905 La Fondation du château de Thoune conserve un important catalogue d’échantillons avec liste de prix du Musée Céramique, datant de l’époque où Ludwig Hahn en était le propriétaire (n° d’inv. SST-14700). Compte tenu des « Nouveautés » de style Art nouveau et de la vente de « Plats avec Photochrome » (assiettes à veduta  avec des photographies collées à la place des peintures à l’huile), le catalogue d’échantillons et la liste de prix devraient dater de l’avant-dernier ou du dernier exercice financier de Hahn.

« Plat avec Photochrome » (assiette avec veduta présentant une photographie collée à la place d’une peinture à l’huile).

Le catalogue des modèles céramiques de Hahn n’est pas daté. Il illustre cependant  très bien les formes des majoliques de Thoune encore disponibles vers 1905, mais montre en même temps clairement que la tendance s’éloignait de l’historicisme pour se tourner vers l’Art nouveau.

Majoliques de Thoune de style Art nouveau présentes dans catalogue d’échantillons de L. Hahn sous les numéros de  références 755 et 757.

Le Musée Céramique sous la direction de Gottfried Beutter, 1905-1907

En décembre 1905, le Musée Céramique fut à nouveau vendu. Cette fois-ci à Gottfried Beutter (originaire de Lucerne), domicilié à Kehrsatz, à 24 km au nord de Thoune, canton de Berne. L’adresse professionnelle indiquée est désormais la Hofstettenstrasse n° 13 à Thoune (FOSC 23, n° 467, 25 novembre 1905 ; Journal Die TAT – Le Fait 29, n° 286, 2 décembre 1905). La nature commerciale de l’entreprise est défini comme suit : « Fabrication et commerce en gros et au détail de poteries d’art ». Nous ne disposons d’aucune information sur les origines familiales et professionnelles de Gottfried Beutter. Ses dates de naissance et de décès sont également inconnues. Il ne semble pas exister de nécrologie.

1905 Du 1er au 31 décembre, participation à l’exposition de Noël au Musée des arts et métiers de Berne (TAT – Le Fait 29, n° 287, 3 décembre 1905) : « Beutter, Gottfr., Musée Céramique, Thoune : vaisselle pour fruits et lait, ainsi que vases (nouveau genre de Thoune) ». Outre le Musée Céramique, exposaient également Karl Loder-Eyer (collection d’objets en majolique), Bendicht Loder-Walder (collection de poteries), ainsi que les frères et sœurs Portner de Heimberg (collection d’objets en majolique) et la manufacture Wanzenried (collection d’objets en majolique).

Traduction: Dans l’exposition de Noël organisée au Musée des arts et métiers de Berne, la poterie occupe une place de choix. La grande pyramide en majolique de Thoune, exposée par Gottfried Beutter de Thoune, Karl Loder-Eyer de Steffisburg et B. Loder-Walder, maître potier à Heimberg, ne manquera pas de convaincre même les plus pessimistes que la stagnation n’a pas encore gagné les couleurs et les formes. Certains vases, d’un grand effet artistique, trouveraient sans doute leur place dans les intérieurs les plus somptueux.

Journal  de Thoune et de l’Oberland bernois, 19 décembre 1905, extrait.

Traduction: L’exposition de Noël au Musée des arts et métiers de Berne. par D. Blom.

Les entreprises G. Beutter, successeurs de Hahn à Thoune, Loder-Eyer, Loder-Walder, frère et sœur, partenaires à Heimberg ainsi que Mme Wanzenried à Thoune montrent dans leurs céramiques exposées qu’ils recherchent tous, avec sensibilité et savoir-faire, de nouveaux effets dans la décoration de la vaisselle en majolique. La solidité de la majolique est également de plus en plus améliorée grâce à un traitement plus soigné du matériau et à des techniques de glaçage et de cuisson plus perfectionnées. L’École des Métiers et d’arts décoratifs de Berne fait actuellement construire, à grands frais, trois fours d’essai par une entreprise allemande réputée, afin de permettre aux élèves de mener eux-mêmes des expériences et de donner des impulsions nouvelles en vue de l’introduction de fours plus rationnels dans nos régions industrielles. Les potiers s’intéressent déjà à notre démarche.

Oscar Blom, Der Bund – La Confédération, 21 décembre 1905, extrait.

L’exposition de Noël au Musée des arts décoratifs a reçu un accueil favorable dans la presse (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l’Oberland bernois, 3 décembre 1905, 19 décembre 1905, 30 décembre 1905 ; Der Bund – La Confédération, 21 décembre 1905). La « grande pyramide en majolique de Thoune, exposée par Gottfried Beutter à Thoune, Karl Loder-Eyer à Steffisburg et B. Loder-Walder, maître potier à Heimberg », a été particulièrement mise en avant.

1905 Le 16 décembre, le « Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne» (n° 52, n° 100) annonçait que Gottfried Beutter souhaitait « faire aménager, dans une dépendance de son immeuble commercial, un atelier de poterie équipé d’un four à moufle afin de pouvoir montrer directement aux visiteurs et autres personnes intéressées le processus de fabrication ».

1905 Le 19 décembre 1905, « Gottfried Beutter (Musée Céramique, successeur de L. Hahn), Thoune, Suisse » fit enregistrer une nouvelle marque pour son entreprise sous le n° 19827 (FOSC 23, 1905, p. 1995). Les céramiques portant cette marque sont extrêmement rares. On ignore s’il a continué, à cette époque, à apposer également l’ancienne marque du Musée Céramique sur les céramiques produites pour lui.

Il semble qu’il y ait eu, à certaines périodes, une collaboration avec Charles Loder-Eyer.

Mais d’autres potiers inconnus ont également produit pour le Musée Céramique.

Nous ignorons comment cette marque est parvenue, près de 20 ans plus tard, entre les mains d’Adolf Schweizer et pourquoi celui-ci ne l’a utilisée que très rarement.

1906 Apparemment, la mise en place de sa propre poterie avançait bien, car en février et avril 1906, Beutter recherchait un tourneur (Dreher) et des femmes peintres (Malen veranlagte Mädchen, littéralement : Des jeunes filles douées pour la peinture).

1906 Cette décision a sans doute été prise en vue de l’Exposition universelle de Milan, inaugurée fin avril 1906, à laquelle la Suisse participait avec son propre pavillon. Selon le « Geschäftsblatt für den obern Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne» (31 mars 1906), l’exposition suisse devait également comporter une section « Arts décoratifs », dans laquelle Gottfried Beutter souhaitait exposer « une magnifique collection d’objets en terre cuite peints » (voir également l’« Intelligenzblatt der Stadt Bern – Feuille d’avis officielle de la ville de Berne » du 3 avril 1905 ; « Der Bund – La Confédération », 16 avril 1906). On ignore toutefois si cela s’est effectivement concrétisé, car la presse suisse des années 1906 et 1907 ne contient aucune critique pertinente sur l’exposition ni aucune mention de prix ou de médailles.

1907 Une procédure de faillite à l’encontre de Gottfried Beutter a été ouverte le 12 novembre 1907 et la société a été radiée du registre du commerce le 28 octobre 1907 (FOSC 25, n° 270, p. 1873 ; Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons Bern – Journal économique de la partie supérieure du canton de Berne 54, n° 83, 16 novembre 1907). Son atelier et ses outils, dont l’inventaire est décrit dans l’avis ci-dessus, ont été vendus par l’officier chargé de la faillite (Der Bund – La Confédération 58, n° 534, 12 novembre 1907).

Le Musée Céramique dirigé par Emil Leopold Born, respectivement Max Leopold

Le nom de l’entreprise a perduré, puisqu’une inscription a été effectuée au registre du commerce le 30 septembre 1911 : « Le propriétaire de la société Musée Céramique de Thoune, E. Leopold-Born à Thoune, est Emil Leopold, allié Born, originaire de Thoune et résidant à Thoune, poterie d’art située au Lauitor (un quartier de Thoune) (FOSC 29, n° 245, p. 1650, 30 septembre 1911). »

Rien n’indique qu’Emil Leopold-Born ait conservé autre chose que le nom de l’entreprise. Aucune activité de production indépendante ne peut être attestée.

1914 : Le 1er janvier, l’entreprise a été transmise à ses deux fils, Fritz Leopold et Max Leopold (FOSC 32, n° 33, p. 222), puis radiée du registre du commerce le 11 octobre 1920 à la suite du décès d’Emil Leopold-Born (FOSC 38, n° 261, p. 1962). Le 27 avril 1962, la société qui avait succédé à celle de Max Leopold a également été radiée à la suite de la cessation d’activité (FOSC 80, n° 105, p. 1338, 27 avril 1962).

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie:

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Sandra Benadretti-Pellard, Les Massier – côté cour, côté jardin : Musée Magnelli, Musée de la Céramique de Vallauris du 4 juillet au 2 novembre 2009, Musée Magnelli (Vallauris) (Hrsg.) (Mailand 2009).

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