Heimberg-Steffisbourg, canton de Berne, Schweizer, Adolf, poterie d‘art

Bâtiment de l’ancienne manufacture Wanzenried à l’époque de Loder & Schweizer (1919-1925).

Céramiques d‘Adolf Schweizer dans CERAMICA CH

Andreas Heege, Andreas Kistler, Margret Loder 2021

Adolf Schweizer est né le 4 novembre 1893 à Glockenthal près de Steffisbourg. Il est mort le 1er décembre 1967. Son père Johannes était un ouvrier (Täglicher Anzeiger für Thun und das Berner Oberland – Journal de Thoune et de l‘Oberland bernois, 2 décembre 1893). Une fois sa scolarité terminée, Adolf Schweizer a fait un apprentissage de potier dans la manufacture Wanzenried (probablement vers 1908-1911). Puis, du semestre d’été 1911 au semestre d’été 1915, il a fréquenté l’Ecole de céramique de Berne.

Exemples de motifs décoratifs dessinés et conçus par Adolf Schweizer en 1911 (provenant de la succession de la manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

Dessin préparatoire comportant des motifs botaniques par Adolf Schweizer entre 1911 et 1915 (provenant de la succession de la manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

Après sa formation à Berne, Adolf Schweizer est devenu le directeur général de la nouvelle poterie d’art récemment créée, la Coopérative DESA.

Adolf Schweizer et Elise Eyer dans leurs dernières années (photo propriété privée, famille Schweizer).

En 1917, Adolf Schweizer épouse la peintre sur céramiques Elise Eyer (1892-1970, fille du potier Gottfried Eyer, 1856-1892 et de son épouse Elise Gfeller ; Oberländer Tagblatt – Journal de l’Oberland, 9 novembre 1917), qui travaille alors dans la Manufacture Wanzenried. Le couple a eu trois fils et une fille (toutes ces informations proviennent de la nécrologie dans le Thuner Tagblatt – Journal de Thoune, vol. 91, 8 décembre 1967, numéro 288).

Esquisses pour des éléments de décors sur céramiques d’Elise Eyer, soit pour la Manufacture Wanzenried, soit pour celle de Loder & Schweizer, avant 1925 (provenant de la succession de la Manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

Nous ne pouvons que supposer qu’Elise Eyer a suivi une formation de peintre sur céramiques à l’Ecole de céramiques à Steffisbourg, car nous ne disposant d’aucune liste d’étudiants après 1906. Heureusement, divers ébauches de dessins portant sa signature ont survécu et sont réapparus dans la succession de la manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne ». Ils démontrent à l’évidence les compétences en dessin et en graphisme d’Elise Eyer.

Le 11 décembre 1918, nous apprenons, à la lecture des journaux, qu’Adolf Schweizer et Emil Loder (1890-1971) ont conjointement acquis l’ancienne propriété industrielle de la veuve Wanzenried au prix de Fr. 18 000 (dont Fr. 15 000 sous forme d’une cédule hypothécaire). La transaction devient effective, avec pertes et profits, le 2 avril 1919 (Registre foncier de Thoune, document II, 775 du 17 mars 1919). La création de leur société en nom collectif a été annoncée dans la Feuille officielle suisse du commerce le 1er mars 1919 (FOSC 37, n° 59, 8 mars 1919). Emil Loder a probablement travaillé comme directeur général de la manufacture Wanzenried depuis la fin de 1915. On peut seulement supposer que les deux directeurs généraux (Schweizer chez Desa et Loder chez ex-Wanzenried) se sont préalablement rencontré incognito quelque part à Steffisbourg.

Publication de la société en nom collectif Loder & Schweizer dans la Feuille officielle suisse du commerce No. 59 de 1919. On y lit :

Bureau de Thoune

8 mars. La société « Manufacture de céramiques Wanzenried » de Thoune, ayant son siège à Steffisbourg, spécialisée dans la fabrication de poteries et majoliques (Feuille officielle suisse du commerce FOSC n° 252 du 28 octobre 1915, page 1146), a cessé d’exister par suite de la vente de l’entreprise et est radiée du registre du commerce.

Poterie d’art – 8 mars. Emil Loder, de Grossafoltern, et Adolf Schweizer, de Steffisbourg, tous deux céramistes et résidant à la Bernstrasse- Rue de Berne à Steffisbourg, ont fondé une société en nom collectif sous l’appellation « Loder & Schweizer » à Steffisbourg, qui est devenue effective le 1er mars 1919. Poterie d’art. Gare de Steffisbourg

On voit ainsi apparaître cette publicité en 1922 :

On y lit : Atelier de céramiques d’art Loder & Schweizer, Gare de Steffisbourg, fondé en 1876 par J. Wanzenried, mais cette date est erronée ! La Manufacture Wanzenried a été fondée en septembre 1878.

Un album photo conservé dans la succession d’Emil Loder témoigne de leur production commune (provenant de la succession de la manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne sous la référence PA 1421/PLA 202). Loder & Schweizer poursuivent avec succès les thèmes de la manufacture Wanzenried, comme le « Vieux-Thoune » et le « motif aux hiboux » et développent une production de terres cuites ornées de décors au barolet et des motifs gravés.

Céramiques de Loder et Schweizer, alors dans une collection privée, maintenant au Musée du Château de Thoune.

Mais en même temps, probablement grâce à Emil Loder en premier lieu, la firme développe de nombreuses formes et de nouveaux décors auxquels elle attribue des numéros. Sur le plan stylistique, on pourrait classer ces décors dans le style de l’Art Nouveau tardif ou de l’Art Déco naissant.

Atelier des femmes peintre sur céramiques chez Loder & Schweizer, vers 1919-1925.

On y retrouve, encore et toujours, les dessins et esquisses pour les décors de céramiques de Paul Wyss (plat identique SNM, LM-119721).

À la même époque, Emil Loder s’est également essayé à la sculpture. Ainsi la Manufacture a produit diverses figurines d’animaux (photo provenant de la succession de la Manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

   

Céramiques de Loder et Schweizer, alors dans une collection privée, maintenant au Musée du Château de Thoune.

La marque de la Manufacture est un « LS » (pour Loder & Schweizer) ligaturé, souvent combiné avec le nom du lieu de production « Steffisburg » et le numéro correspondant à forme, respectivement au décor. C’est uniquement sur les céramiques décorées avec le « motif aux hiboux » qu’apparaissent encore les marques aves les deux étoiles de la manufacture Wanzenried et la désignation « Thoune » (en français).

Les ventes se faisaient entre autres par l’intermédiaire de la « Mustermesse – Foire suisse d’échantillons » à Bâle (MUBA), fondée en 1917 (photo provenant de la succession de la Manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

Ci-dessus l’invitation à la MUBA de 1924. On y lit : Steffisbourg-gare, le 1er mai 1924
Par procuration
Nous aimerions attirer votre attention sur la prochaine foire d’échantillons à Bâle.
Comme ces dernières années, nous présenterons nos nouveautés à nos estimés clients. Vous aussi, vous trouverez de nouveaux articles, de nouvelles formes et de nouveaux décors adaptés à vos besoins.
Nous aimerions saisir cette occasion unique au cours de l’année pour vous inviter là où nous pourrons vous rencontrer personnellement avec une grande collection d’articles. Nous serions ainsi heureux de vous accueillir à notre stand 253, Halle II.
Nous attirons votre attention sur le fait que les billets d’entrée pour les acheteurs, valables pour 4 entrées dans les halls d’exposition, vous seront remis gratuitement par nos soins, au lieu des Fr. 3.00 qu’ils vous coûteraient, à condition que ces cartes d’entrées nous soient commandées jusqu’au 10 de ce mois.
Si, contre toute attente, vous ne pouviez pas visiter notre exposition, nous sommes toujours prêts à vous envoyer de nouveaux articles pour que vous puissiez les consulter et passer directement vos inestimables commandes.
Nous serions heureux si vous nous réserviez déjà ce que vous désirez comme vases à fleurs, cruches, pots à tabac, etc. Nous vous assurerons un service rapide.
Respectueusement vos, Loder & Schweizer

Extrait de la Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) du 17 juin 1925.

On y lit :
Poterie d’art – 17 juin. La société en nom collectif Loder & Schweizer, Poterie d’art à Steffisbourg-gare (FOSC N° 59 du 12 mars 1919, page 42), a été dissoute. L’actif et le passif sont transférés à la société « Adolf Schweizer », à Steffisbourg-Gare.

Le propriétaire de la société Adolf Schweizer, à Steffisbourg-Gare, est Adolf Schweizer, de Steffisbourg, à Steffisbourg-Gare. La société reprend les actifs et les passifs de la défunte société en nom collectif « Loder & Schweizer » à Steffisbourg-Gare.

Au début de 1925, Emil Loder et Adolf Schweizer mettent fin à leur collaboration. Les raisons ou les causes de cette rupture ne sont pas connues avec plus de précision. C’est ce qui ressort d’une correspondance conservée entre Emil Loder et sa future épouse Frieda Schenk. Ce désaccord n’a cependant pas empêché les deux anciens partenaires de travailler ensemble par la suite, par exemple, sur une commande de grande envergure pour la Fête fédérale de tir à Lucerne en 1939. Adolf Schweizer a acheté l’entreprise en 1925 et Emil Loder s’est installé à Lucerne, où il a fondé la « Kunstkeramik A.G. Luzern – Céramiques d’art de Lucerne S.A. ».

Affiche publicitaire pour la société Adolf Schweizer (photocopie provenant de la succession de la Manufacture « Kunstkeramik Luzern – Céramiques d’art de Lucerne », aujourd’hui déposée aux Archives d’État de Lucerne).

Après le départ d’Emil Loder, Adolf Schweizer et son épouse ont continué à diriger l’entreprise jusqu’en 1962, produisant des céramiques entièrement dans le style de « Loder & Schweizer » de la première période et continuant également à produire le modèle « Vieux-Thoune – Motif aux hiboux » En novembre 1925, ils ont reçu le 2ème prix pour leurs céramiques lors du 6ème concours de la Coopérative de vente de la Société suisse du patrimoine, le premier prix allant à la céramiste Hanni Nencki (1903-1986) de Berne (Der Bund – La Confédération, 76, numéro 476, 8 novembre 1925). Les « céramiques magnifiquement décorées » présentées lors de l’exposition de Noël 1925 du  Werkbund suisse (Association de promotion des arts décoratifs, dont l’équivalent en Suisse romande est l’Œuvre) au Musée des arts décoratifs du canton de Berne (en activité de 1869 à 1995 ; le bâtiment qui l’abritait est actuellement la maison du Kornhaus – Grenier à grains) ont reçu un accueil favorable (Der Bund – La Confédération 76, numéro 530, 12 décembre 1925).

Exposition de céramiques à la « Saffa » (Exposition nationale Suisse du travail féminin) en 1928 à Berne. (Photo originale signée conservée aux Archives d’État du canton de Berne, V Frauenenzentrale 129).

A l’exposition de céramiques de la « Saffa » (Exposition nationale Suisse du travail féminin) en 1928 à Berne, la société d’Adolf Schweizer était également représentée, à côté de la Société DESA à la section du « Travail des femmes dans la poterie d’art » (Oberländer Tagblatt – Journal de l’Oberland 52, numéro 225, 25 septembre 1928).

Déjà avant 1928, Adolf Schweizer était membre de la Commission de surveillance du Musée des Arts décoratifs du canton de Berne (Der Bund 80, n° 387, 21.8.1929). A cette époque, il était également président de l’Association pour « l’Artisanat et le travail à domicile dans l’Oberland bernois » fondée le 5 mars 1928 (FOSC 46, 1928, n° 108, p. 919).  Adolf Schweizer a participé  à la  « Schweizer-Woche – Semaine suisse » (une semaine de campagne publicitaire dédiée à la promotion des œuvres suisses ; active depuis 1917) qui s’est déroulée à l’Hôtel Freienhof de Thoune en 1929 (Oberländer Tagblatt 53, No. 252, 28 octobre 1929). En 1930, il est le seul céramiste, outre la Manufacture de porcelaine de Langenthal, à participer à « l’Entrepôt d’échantillons pour l’exportation du canton de Berne » (un entrepôt d’échantillons (en allemand « Musterlager » ) est un point de vente dans lequel tout l’éventail des marchandises est représenté, réunissant généralement plusieurs producteurs n’appartenant pas nécessairement à un même type d’industrie, destiné à faciliter l’exportation de leurs produits. Il permet de répartir entre les participants les coûts des ventes directes à l’étranger, d’évaluer conjointement les diverses expériences et de partager les relations commerciales) (Der Bund – La Confédération 81, numéro 278, 19 juin 1930). En 1931, il devient le président fondateur de la « Verkaufsgenossenschaft für Heimarbeitsartikel – Coopérative de vente des produits du travail à domicile » (Oberländer Heimatwerk – Articles populaires traditionnels de l’Oberland bernois) dont le siège se trouve à la Bärenplatz – Place de l’Ours à Berne, dont le but est de promouvoir les ventes de ces produits (Der Bund – La Confédération 82, numéro 404, 1er septembre 1931 ; voir aussi FOSC 49, 1931, n° 268, p. 2446).

A partir de 1935 environ, Adolf Schweizer fut également président de l’Association bernoise des maîtres potiers, dont il a été le cofondateur en 1916 (Der Bund – La Confédération 86, numéro 503, 28 octobre 1935, rapport sur le Chachelimärit – Marché aux oignons qui se tenait au Gewerbemuseum – Musée des Arts décoratifs de Berne, alors au Kornhaus – Grenier à grains ; voir également Thuner Tagblatt – Journal de Thoune 90, numéro 196, 23 août 1966). En 1936, Adolf Schweizer, accompagné du céramiste Adolf Schmalz et du maître potier Jakob Reusser, donnent  une conférence sur la céramique de Heimberg et son développement à la Société des arts de Thoune (Oberländer Tagblatt – Journal de l’Oberland 60, numéro 136, 13 juin 1931). Bien sûr, la « Steffa 1936 » (Exposition de Steffisbourg pour le commerce et l’industrie) ne pourrait pas avoir lieu sans Adolf Schweizer. Il était membre du comité d’organisation. En outre, ses produits bénéficiaient d’un stand de présentation (Oberländer Tagblatt – Journal de l’Oberland 60, numéro 171, 24 juillet 1936).

Céramiques d’Adolf Schweizer (Propriété privée).

Assiette commémorative pour la Fête de tir de Lucerne en 1939 (Remerciements à Angelo Steccanella pour nous avoir fourni cette information et cette photo ; une pièce identique se trouve au Musée national suisse SNM LM-81440 et une autre au Musée d’Histoire de Lucerne HMLU 13865.560).

Nous ne connaissons pas la gamme des produits de la société Adolf Schweizer de 1925 à 1962. Les photos des stands de la MUBA (« Mustermesse – Foire suisse d’échantillons » à Bâle), qui existent probablement, seraient une bonne source d’information à cet égard. Mais, au moins pour l’année 1928, nous savons par des articles de journaux que la Société Schweizer a participé à cette Foire (Oberländer Tagblatt– Journal de l’Oberland 52, numéro 92 du 30 avril 1928). En 1954, nous apprenons dans un rapport sur la MUBA qu’Adolf Schweizer a été l’un de ses exposants réguliers représentant l’Oberland bernois pendant plus de 24 ans (Oberländer Tagblatt – Journal de l’Oberland 78, numéro 108, 11 mai 1954). Sa participation à la MUBA est à nouveau mentionnée en 1964 (Thuner Tagblatt – Journal de Thoune 88, numéro 49, 28 février 1964).

Après le départ ‘Emil Loder, Adolf Schweizer a changé la marque de ses produits pour les lettres ligaturées « SA », souvent avec la mention additionnelle « Steffisburg ». Son motif « Vieux-Thoune – Motif aux hiboux » porte toujours les deux étoiles sur chaque côté, comme c’était le cas dans la manufacture Wanzenried, associées à la mention « Thoune (en français) ».

 

Keramik von Adolf Schweizer in Privatbesitz.

Aucun fonds d’archives significatif n’a survécu chez ses descendants suite à la vente de la poterie avec « pertes et bénéfices » le 1er mai 1961.

Lorsque l’entreprise a été vendue en 1961, elle a été reprise par Hans Schneider-Kraft (1923-2006),  maître potier originaire de Seftigen, canton de Berne, à une quinzaine de km de Steffisbourg, qui l’a rénovée et modernisée intensivement (Thuner Tagblatt – Journal de Thoune 86, numéro 275, 23 novembre 1962 ; également Registre foncier de Thoune, Justificatif 6, n° 7226, 16 octobre 1961).  La production était encore effective en 1991, assurée entre autres, par sa fille Brigitte (Thuner Tagblatt – Journal de Thoune 115, numéro 77, 4 avril 1991). En 1991, une nouvelle mesure de restructuration et modernisation intensive a été entreprise.

Après la vente de son entreprise en 1961, Adolf Schweizer s’installe à la Bernstrasse – rue de Berne 21 à Steffisbourg et y installe à nouveau un petit atelier de poterie, où il produit de la céramique avec sa femme et son fils Hans jusqu’en 1967 au moins (Thuner Tagblatt– Journal de Thoune 87, numéro 258, 4 novembre 1963). Après le décès d’Adolf Schweizer en 1967, son fils Hans continue à diriger cette entreprise de céramique d’art à la même adresse (FOSC 87, 1969, n° 70, p. 657).

Céramique d’Adolf Schweizer sur le site « Antik und Rar »

Céramiques d’Adolf Schweizer dans la collection du Musée national suisse

Céramiques d’Adolf Schweizer dans la collection du Musée Ariana de Genève

Traduction Pierre-Yves Tribolet