Grüsch, Musée des traditions populaires du Prättigau (HMP)

Kulturhaus Rosengarten
Landstrasse 5
7214 Grüsch
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Céramiques du Musée des traditions populaires du Prättigau dans CERAMICA CH

Andreas Heege, 2021

Depuis 1980  le Musée des traditions populaires du Prättigau, une vallée du canton des Grisons comptant quinze communes et six cercles englobés depuis 2001 dans le district de Davos, présente dans la Maison de la culture du « Rosengarten – jardin des roses » de Grüsch une exposition permanente sur la culture de la vallée et organise régulièrement des expositions spéciales sur des thèmes liés à cette vallée.  Le musée travaille en étroite collaboration avec les archives culturelles du Prättigau, qui sont également hébergées à Grüsch dans cette Maison de la culture du Rosengarten. Le musée est géré par une association. Le Musée des traditions populaires du Prättigau collectionne principalement des objets liés à l’histoire et aux particularités de la vallée du Prättigau et de ses habitants.

La collection du musée contient 72 céramiques répertoriées. 37 céramiques proviennent de la collection de Peter Baumann de Zurich, qui possédait une maison de vacances à Davos-Monstein. Il collectionnait avec enthousiasme les céramiques des Grisons, dont la plupart lui étaient vendues par des antiquaires locaux comme des « céramiques des potiers Lötscher » de St. Antönien. Aujourd’hui, grâce à une réévaluation complète de cette problématique (Heege 2019), nous savons que ce n’est vrai que dans quelques cas. Outre les céramiques de St. Antönien, le paysage céramique des Grisons se caractérise par de nombreuses importations d’origines très diverses. En 1992, le conseil d’administration du Musée des traditions populaires du Prättigau, a acheté cette collection de Peter Baumann, qui, en raison de ses acquisitions dans le commerce local des antiquités, éclaire néanmoins le paysage de la céramique dans le Prättigau et revêt ainsi une importance culturelle et historique substantielle.

Avec 49 céramiques, la proportion de terres cuites dans la collection est particulièrement élevée. Parmi ces dernières. On en trouve trois provenant de la poterie Lötscher de St. Antönien. Une assiette a même été façonnée par la main d’Andrea Lötscher l’Ancien (1787-1852).

De l’atelier de Christian Lötscher (1821-1880), la collection conserve le couvercle enfichable d’un pot de peinture et un presse-papiers particulièrement beau, en forme de lion.

Le plus grand groupe de terres cuites est formé par les céramiques de Berneck, canton de St-Gall, que l’on trouve également présentes ailleurs dans les Grisons. Les formes typiques de Berneck y sont bien représentées : pots à anse (pots à lait), assiettes à röstis (qui, peut-être, dans les Grisons, sont plutôt des assiettes à maluns, un plat traditionnel de ce canton essentiellement composé de pommes de terre bouillies et râpées, mélangées à de la farine et lentement frites dans du beurre jusqu’à ce qu’elles se brisent en petites miettes) et des assiettes creuses.

  

Dans le cas des pots à lait et des assiette creuses, on trouve également des exemples recouverts d’un décor moucheté, comme on en trouve durant tout le 20ème siècle en Suisse alémanique, au Liechtenstein et dans le Vorarlberg autrichien.

D’autres formes de vaisselle de table ou des services à café de Berneck ne sont que rarement représentés.

Cependant, cette tirelire ci-dessous en forme de bélier couché est plutôt inhabituelle.

On doit souligner la présence remarquable d’un plat à barbe orné d’un dicton et d’un vase mural, une bouquetière d’une forme courante dans le répertoire de la faïence.

Le dicton est le suivant : « Dieser Mann ist Lobenswert, der seinen Bart selber scherd 1864 – Cet homme est digne d’éloges, car il se taille la barbe lui-même 1864 ».

La vaisselle à glaçure manganèse, qui est régulièrement représentée en grande quantité dans les autres musées des Grisons, est ici largement absente de la collection du Musée. Les quelques bols empilables présents et une assiette creuse avec un bord décoré ne sont pas marqués, de sorte que le ou les lieux de fabrication possibles en Suisse alémanique restent inconnus pour ces objets.

Deux autres régions de production de poteries sont représentées dans le Musée, comme c’est usuellement le cas ailleurs dans d’autres musées des Grisons :

Il s’agit des céramiques à glaçure claire de la région allemande d’Augsbourg, dans le Land de Bavière, en Souabe bavaroise (19ème siècle) d’une part et des céramiques avec cette glaçure particulière, le plus souvent jaune, et aux formes caractéristiques de la région du lac Léman (fin du 19ème et 20ème siècle) d’autre part.

Les terres cuites produites industriellement au cours de la première moitié du 20ème siècle sont également présentes. Il s’agit pour la plupart de ces typiques assiettes à soupe à bord épais, de jattes, usuellement utilisées pour pétrir la pâte à pain, de pots à anse (avec décors au pochoir ou tachetés) et des écrémeurs de la poterie Landert d’Embrach dans le canton de Zurich, radiée du registre du commerce en 2015. Malheureusement, les autres pièces sont généralement sans marque.

En ce qui concerne la faïence, il n’existe que trois jattes, mais leur présence dans le canton des Grisons est assurément une des caractéristiques de ce canton. On peut en retrouver des fragments archéologiques que l’on date entre le 18ème et la fin du 19ème siècle (Schiers, S-chanf). Ces récipients ont probablement été fabriqués dans le nord de l’Italie entre la fin du 18ème et le début du 19ème siècle. Malheureusement, on ne connait pas avec certitude les lieux de production (on considère, entre autres, Pavie et Lodi).  Des collections plus importantes de ces jattes sont conservées au Musée rhétique de Coire et au Musée de l’Engadine de Saint-Moritz (RMC H1972.803, H1974.41, H2016.553, ME-STM 0362, ME-STM 0364, ME-STM 0365, ME-STM 3363). Par ailleurs, ces magnifiques jattes sont également présentes dans diverses collections privées des Grisons.

La présence de grès importés d’Allemagne et d’Alsace française est conforme aux attentes. Outre l’habituel pot à deux anses (pot de conservation pour le lard ou la choucroute), la collection comprend des bouteilles cylindriques de différentes tailles, qui étaient souvent emportées aux champs ou utilisées pour conserver l’eau-de-vie. Une bouteille présente déjà cet usuel bouchon à bascule moderne avec cette fermeture en porcelaine inventée peu avant 1900.

La présence de deux vinaigriers à quatre pieds, typiques du 19ème siècle, est réjouissante. Elle prouve que les ventes de ce type de céramique, produite pour le marché suisse et du sud de l’Allemagne, atteignaient également la vallée du Prättigau (voir précédemment : Heege 2013 et Heege 2016, 300-309). Ces petits tonneaux étaient utilisés pour la préparation domestique du vinaigre à partir de résidus de vin ou de jus de pomme. Les tonneaux étaient généralement posés sur le poêle en faïence et fermés par un bouchon.

Une unique bouteille d’eau médicinale, en grès, a été trouvée à la Maison du Rosengarten elle-même. Elle a été fabriquée à Niederselters an der Lahn, dans l’électorat de Trèves et le duché de Nassau en Allemagne, réputée pour ses eaux de source minérales « SELTERS » (aujourd’hui commune de Selters à Taunus, arrondissement de Limburg-Weilburg dans la Hesse) dont provient le nom d’eau de « Seltz », qui était le leader incontesté du marché et le principal fournisseur pour la Suisse. Elle date de l’époque prussienne et était produite de manière partiellement mécanisée à l’aide d’une presse conçue spécialement pour la fabrication de ces bouteilles d’eau minérale. Cette presse à bouteilles a été inventée en 1879.

La faïence fine et la porcelaine ne sont représentées que par quelques pièces. Comme souvent, il s’agit en majorité de céramiques à usage médical, de fournitures de pharmacie ou de céramiques d’hygiène (pots de chambre, porte-savons et porte-brosses de Sarreguemines et de Vaudrevange).

L’urinoir ci-dessous issu de la production de Villeroy & Boch à Schramberg (1883-1912) est cependant inhabituel.

La vaisselle en faïence fine n’est représentée que par une tasse non décorée provenant de la ville allemande de Zell am Harmersbach.

Le secteur touristique est représenté par une unique tasse souvenir en porcelaine, malheureusement non marquée. Elle porte sur sa face frontale une vue de l’église de Serneus, à une vingtaine de km de Grüsch.

Remerciements

La Fondation CERAMICA tient à remercier sincèrement Hansluzi Kessler (président de l’Association du Musée des traditions populaires du Prättigau) de Schiers, et le président de l’Association de la Maison de la culture du « Rosengarten – jardin des roses» à Grüsch, Hans Sprecher, pour leur soutien amical et utile au travail d’inventaire.

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie :

Heege 2013
Andreas Heege, Essigsäuli-Essigfässchen-baril à vinaigre-vinaigrier. Eine elsässische Keramik-Sonderform aus Steinzeug “Westerwälder Art”, in: Harald Siebenmorgen, Blick nach Westen. Keramik in Baden und im Elsass. . 45. Internationales Symposium Keramikforschung Badisches Landesmuseum Karlsruhe 24.8.-28.8.2012, Karlsruhe 2013, 99-105.

Heege 2016
Andreas Heege, Die Ausgrabungen auf dem Kirchhügel von Bendern, Gemeinde Gamprin, Fürstentum Liechtenstein. Bd. 2: Geschirrkeramik 12. bis 20. Jahrhundert, Vaduz 2016.

Heege 2019
Andreas Heege, Keramik aus St. Antönien. Die Geschichte der Hafnerei Lötscher und ihrer Produkte (1804-1898) (Archäologie Graubünden – Sonderheft 7), Glarus/Chur 2019.