Coire, Musée rhétique (RMC)

Rätisches Museum
Hofstrasse 1
CH- 7000 Chur
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Céramiques du Musée rhétique de Coire dans CERAMICA CH

Andreas Heege, 2020

Marcus Casutt, du département du patrimoine et de l’archéologie du canton de Lucerne, a écrit en 2006 : « La présentation de l’histoire de notre patrimoine et surtout la préservation des monuments culturels et artistiques sont des thèmes qui ont acquis une importance primordiale en Suisse à la fin du 19ème siècle. Alors que les musées d’art et d’histoire naturelle, en particulier, ont pu s’appuyer sur une tradition relativement ancienne, les collections historiques et patrimoniales n’ont été établies en de nombreux endroits qu’au cours du dernier tiers du 19ème siècle. En 1872, le Musée rhétique de Coire a ouvert ses portes à une époque où d’autres cantons, respectivement, des grandes villes, commençaient également à exprimer le désir d’avoir un musée d’Art et d’Histoire dédié à leur patrimoine local. Dans le contexte de cette prise de conscience croissante de l’importance de l’histoire pour la compréhension de sa propre culture, la vente des biens du patrimoine local à des étrangers a été de plus en plus critiquée par un large public. Avec le slogan inquiétant de « Ausverkauf der Heimat – Liquidation de son patrimoine », la problématique devient à partir de 1880 un sujet d’intérêt national et un thème politique. En 1887, après que l’Assemblée fédérale a adopté une résolution à cet effet, une commission pour la préservation des biens historiques suisses a été créée et le Musée national ouvre à Zurich en 1898. Ces efforts globaux de conservation des biens culturels sont à la base des musées du patrimoine et du développement des offices dédiés à la conservation des monuments historiques. En 1905, la fondation de l’Association suisse pour la protection du patrimoine culturel (« Patrimoine suisse ») avec ses sections cantonales découle directement de cette décision et est le résultat de ces efforts. Parmi ses objectifs multiples, ce concept de protection du patrimoine culturel a été mis en pratique par un combat permanent pour limiter, voir interdire la vente de biens culturels nationaux, régionaux ou locaux, ainsi que pour assurer la promotion vers et l’appréciation par le plus large public possible de notre histoire culturelle locale ».

Ce n’est pas le lieu ici de présenter en détails les fondateurs et les conservateurs du Musée rhétique de Coire ni de décrire leurs motivations premières, car plusieurs directeurs de ce Musée l’ont fait de manière appropriée : Hans Erb (1972), Ingrid R. Metzger (1986) et Andrea Kauer Loens (2016). Il est toutefois particulièrement important de noter que les céramiques font partie de la collection du Musée dès sa création.

Service à thé chinois, don de Conradin Josti.

Ces céramiques ont soit été données au Musée (par exemple, comme le service à thé ci-dessus par Conradin Josti – en fait Conradin Jousch, originaire de Brail, arrondissement de Zernez en Basse-Engadine, 1808-1887, qui était le fils d’un confiseur de Magdebourg, dans le Land allemand de Saxe-Anhalt, sur les rives de l’Elbe), soit le Musée s’est alors constamment efforcé de les acquérir (par exemple pour le service en faïence des familles von Salis et Pellizari, voir ci-dessous et Bösch 2003, 203-215 ; Schnyder 1979). Pour ce faire, le musée a toujours fait appel, cependant de manière ciblée, à d’importants antiquaires de la région, comme Johann Jakob Hablützel (1866-1951) de Coire (Heege 2019, 52 fig. 25).

Fritz von Jecklin (1863-1927), conservateur du Musée rhétique.

Dans ce contexte, il convient de souligner les efforts intensifs du conservateur Fritz von Jecklin (1863-1927) concernant l’acquisition et la préservation des céramiques de la famille de potiers Lötscher de St. Antönien, région de Prättigau/Davos, canton des Grisons (présentées en détail dans Heege 2019) et du directeur du musée Hans Erb (1910-1986) pour la grande collection de Margaritha Schreiber-von Albertini de Cazis, vallée du Rhin postérieur, canton des Grisons.

Margaritha Schreiber-von Albertini (1902-1992) a certainement été la plus importante collectionneuse de céramiques de la seconde moitié du 19ème siècle dans les Grisons. Issue d’une importante famille d’Engadine, elle passe son enfance à La Punt, district de la Maloja. En 1942, elle épouse en secondes noces Eduard Schreiber et acquiert avec lui, en 1943, une résidence secondaire dans le village de Cazis. Celle-ci a brûlé en 1945 et de nombreux objets importants de la collection de famille ont été perdus. Il semble que ce drame ait donné à Margaritha Schreiber-von Albertini une motivation supplémentaire pour éviter que, dans les décennies à venir, le plus grand nombre possible d’antiquités du canton des Grisons et d’objets du patrimoine importants sur les plans culturel et historique ne soient vendus et sortent du canton, mais aussi pour les rassembler dans sa collection (voir les informations du catalogue de la vente aux enchères n° 380H, Maison Fischer, Lucerne, 2002. Je remercie Christian J. Schreiber, de Cazis, et Karl Scharegg, de Paspels, à 5km de Cazis, pour nos discussions instructives).

Les quelques notes écrites sur la collection de Margaritha Schreiber-von Albertini qui ont survécues et qui sont toujours en possession de la famille, nous donnent des informations sur ses relations avec le Musée rhétique, mais aussi avec le collectionneur Andreas Hartmann de Buchen dans la vallée du Prättigau, aujourd’hui faisant partie de la même commune que St. Antönien, canton des Grisons (Heege 2019, 62-63). Christoph Simonett, un universitaire ayant effectué des recherches sur les fermes grisonnes et sur la famille de potiers Lötscher (Simonett 1974) était un ami de la famille Schreiber. Selon son fils, Mme Schreiber ne faisait pas de collecte active sur place, c’est-à-dire qu’elle ne se déplaçait pas dans les villages et les marchés aux puces. Ce sont plutôt les nombreux antiquaires de la région et du canton, mais surtout divers membres de la famille Kollegger, antiquaires à Grüsch, district de Prättigau/Davos, qui connaissaient les intérêts de Mme Schreiber pour le patrimoine grisonnais, qui effectuaient cette tâche. Ils lui ont soumis différents objets, des meubles, bien sûr, mais aussi des céramiques (Grüsch est à une vingtaine de km de St. Antönien) et d’autres antiquités en se rendant à Cazis pour qu’elle les examine et, éventuellement, les achète.

Les négociations sur la vente au Musée des pièces les plus importantes de la grande collection de céramiques de Margaritha Schreiber-von Albertini ont commencé dès 1968 sous la conduite du directeur du Musée rhétique de l’époque, Hans Erb (attestation d’acquisition en possession du Musée rhétique). Ces négociations ont été conclues avec succès en 1972.

Livre de correspondance, de comptes et de notices familiales du premier potier de St. Antönien, Peter Lötscher.

Ce sont non seulement des céramiques qui ont été achetées par le Musée rhétique, mais aussi des meubles, des écrits et des livres faisant partie de l’environnement de la famille de potiers Lötscher, dont en particulier l’important livre de correspondance, de comptes et de notices familiales présenté ci-dessus (voir Heege 2019). Les objets achetés ont été transférés au Musée rhétique à la fin de 1972, qui les a inventoriés en 1973.

Soupière en terre cuite de la collection Schreiber-von Albertini ; la région de production est probablement Berneck, canton de Saint-Gall, deuxième moitié du 19ème siècle.

Malheureusement, en raison des circonstances souvent floues entourant les acquisitions et de la situation lacunaire en matière de documentation, il n’existe pratiquement aucune information réellement fiable permettant de déterminer le lieu d’origine, c’est-à-dire d’acquisition ou un lieu de production présumé, tel qu’il est parfois allégué par certains négociants. Trop souvent, on trouve sur les céramiques des sortes « d’étiquettes » fabriquées par les commerçants pour des raisons promotionnelles mais dont la véracité des termes reste invérifiable. En règle générale, la plus grande prudence s’impose donc sur les éventuelles informations disponibles tant en ce qui concerne les hypothétiques lieux d’origine des achats que sur les possibles fabricants des céramiques, bien que la majeure partie des objets soit réellement susceptible de provenir des Grisons. Les mêmes réserves s’appliquent également à tous les autres achats du Musée chez les antiquaires.

A l’heure actuelle, l’inventaire de la collection du Musée rhétique comprend 1133 notices relatives aux céramiques, dont certaines contiennent plus d’un objet chacune, qui ont toutes été saisies dans la banque d’images de CERAMICA CH. C’est la plus grande collection de céramiques dans un musée des Grisons. 562 notices se réfèrent à des terres cuites, 170 à des faïences, 174 à des faïences fines, 44 à des récipients en grès et 183 à des porcelaines.

Les terres cuites dans la collection du Musée

La prédominance des terres cuites reflète avant tout la manière dont s’est constituée la collection de Mme Schreiber avec son domaine de prédilection pour la collecte des céramiques de la famille de potiers Lötscher de St. Antönien, région de Prättigau/Davos (publication complète dans Heege 2019, un total de 115 objets en terres cuites et 4 en faïence) et des céramiques de Bugnei, village de la commune de Tujetsch (ou Tavetsch), district de Surselva, située dans les Hauts-Plateaux (Oberland) grisons (état des recherches dans Heege 2016, 59-61).

Poterie de Sep Antoni Deragisch à Bugnei, pot à café daté de 1842 avec l’inscription en romanche « Jau Baibel Bugien Cafe – J’aime boire du café ».

Le Musée possède une très belle et importante collection de 47 pièces de la poterie Deragisch à Bugnei, obtenues grâce au Père Notker Curti de l’Abbaye bénédictine de Disentis.

Pots à lait et soupières en terre cuite « à la manière de Heimberg », probablement de la région de Berneck, canton de Saint-Gall.

Si l’on classe la collection par groupes thématiques, on trouve de nombreuses céramiques « à la manière de Heimberg » avec des décors au barolet et guillochés datant du 19ème et du début du 20ème siècles, qui proviennent probablement de la région de Berneck dans la vallée du Rhin saint-galloise (129 pièces). On trouve des céramiques comparables dans presque tous les musées du patrimoine grison mais aussi au Liechtenstein (Heege 2016, 28-36).

Terres cuites « à la manière de Heimberg », dont on peut attribuer la production à la région de Heimberg-Steffisbourg, sur la base du style de leurs décors.

C’est évidemment par le biais du commerce des antiquités que des céramiques, dont on pense pouvoir attribuer leur fabrication à la région bernoise de Heimberg-Steffisbourg, sont entrées dans les collections du Musée à la fin du 19ème siècle. Cependant, en dernier ressort, il demeure toujours une incertitude sur leur provenance exacte, de sorte qu’il est préférable de classer ces pièces comme des céramiques « à la manière de Heimberg ».

« Majolique de Thoune » réalisée par Friedrich Ernst Frank de la Manufacture Johann Wanzenried à Heimberg-Steffisbourg, canton de Berne, vers 1890-1910. On y lit la devise « Heil dir, Helvetia ! – Je te salue, Helvétie ! ».

C’est également de cette région de Heimberg-Steffisbourg que proviennent les quelques exemplaires que compte la collection du Musée de ces « majoliques de Thoune » produites de la fin du 19ème au début du 20ème siècle.

Terres cuites à pâte claire, probablement de la région d’Augsbourg, dans le sud de l’Allemagne, 19ème siècle.

Un groupe de terres cuites à pâte claire recouvertes d’une seule glaçure généralement jaunâtre, verdâtre ou noir de manganèse et qui présentent rarement un additionnel décor tacheté de couleur verte, est également très répandu dans les collections des Musées grisons. Elles sont également présentes parmi les trouvailles archéologiques des Grisons et du Liechtenstein, ce qui prouvent qu’elles étaient largement utilisées dans ces régions. Sur la base d’autres découvertes archéologiques à l’étranger, nous supposons actuellement que leur production a eu lieu dans le sud de l’Allemagne, peut-être dans la région d’Augsbourg (Heege 2016, 162-169).

Assiette, Haute-Autriche, vers 1850-1900.

D’autres céramiques du sud de l’Allemagne, peut-être de la région bavaroise (Kröning), semblent également être présentes dans les Grisons, mais en plus petites quantités. On trouve aussi des terres cuites autrichiennes en petit nombre (RMC H1966.102, H1966.104, H1973.923).

Vaisselle de cuisson du canton du Jura en argile grossier et maigre.

De manière étonnante, parmi les pièces du Musée, il y a aussi des céramiques qui, en raison de leur fabrication à partir d’argiles grossiers et maigres, de leurs formes et de leurs glaçures caractéristiques, sont censées provenir de la région de Bonfol, canton du Jura, représentant donc une importation dans le canton des Grisons (RMC H1964.237, H1972.2254). Cette vaisselle de cuisson à faible teneur en chaux et résistante aux changements de température, qui étaient des produit alors très populaires, a cependant été imitée dans de grandes fabriques de céramiques, comme, par exemple, la Fabrique de céramiques Ziegler de Schaffhouse. Visuellement, nous ne sommes pas en mesure actuellement de savoir exactement d’où viennent ces pièces.

Vaisselle avec glaçure de manganèse ; une production des fabriques suisses de céramiques du 19ème et du début du 20ème siècle.

Deux autres grands groupes représentent également une importation dans le canton des Grisons. Le premier est composé d’une vaisselle usuelle recouverte d’une glaçure au manganèse de couleur brun-noir. Sa qualité de fabrication va des produits d’une excellente facture aux poteries plus simples et manifestement moins standardisées. Il faut donc tenir compte des différents fabricants, parmi lesquels il faut considérer des importations des fabriques du lac de Zurich (Kilchberg-Schooren), d’Aedermannsdorf, canton de Soleure ou encore de Schaffhouse. D’autres sites de fabrication peuvent également être envisagés. Aucune des pièces faites à la main ne porte la marque d’un fabricant. Pour situer cette vaisselle chronologiquement, on relève que les formes de toutes ces céramiques sont du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Ce groupe de céramiques se trouve dans presque tous les musées des Grisons.

Pots à lait, jattes, bol et assiette à glaçure jaune clair, fin du 19ème et début du 20ème siècle. Importations en provenance de la région lémanique ?

Il en va de même pour un autre groupe de céramiques, qui ne sont malheureusement non plus jamais marquées ou estampillées. Il s’agit de plats à collerette, d’assiettes et de pots à lait cylindriques avec leurs bords caractéristiques (par exemple RMC H1963.541, H1971.473, H1972.797, H1972.798, H. 1973.903, H1973.906, H1973.944, H1974.43, H1975.718, H1984,943, H1988.49, H2015.145). Une face, ou les deux, sont recouvertes d’un engobe de fond blanc et d’une typique glaçure jaune clair à jaune soutenu avec, parfois, des taches banales, des lignes concentriques peintes au barolet, de simples motifs floraux ou des marbrures de différentes couleurs sur leurs bords. Pour les situer chronologiquement, bien qu’il n’y ait pas de dates inscrites, on peut très probablement les dater de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Roland Blaettler a établi de manière convaincante des correspondance tout à fait pertinentes sur le plan stylistique avec les céramiques de la région lémaniques et plus précisément celles du canton de Genève. Parmi les fabricants de ces poteries figurent les poteries Knecht de Colovrex, dans le canton de Genève, ou de Ferney-Voltaire, à moins de 5 km de Colovrex, mais dans le département français de l’Ain (Clément 2000). La collection Georges Amoudruz du Musée d’ethnographie de Genève contient un grand nombre de céramiques similaires attribuées à des potiers de la région historique de Savoie, mais qui ont été, en fait, pour une partie,  fabriquées à Colovrex. La manière dont a été gérée l’exportation de ces céramiques de la région genevoise vers le canton des Grisons est actuellement inconnue en raison du manque de documents d’archives. On peut toutefois supposer que le transport par rail était l’une des conditions nécessaires à cette importation. On peut donc en déduire que la possibilité d’une importation massive de céramiques dans les Grisons n’est apparue qu’avec l’ouverture de la ligne ferroviaire Saint-Gall – Landquart – Coire en 1858 ou Zurich – Rapperswil – Coire en 1859 (Bündner Geschichte – Histoire des Grisons 2000b, 154-155) puis la construction des Chemins de fer rhétiques en 1889/90 avec la ligne Landquart – Davos ouverte en 1889/90 (Bündner Geschichte – Histoire des Grisons 2000, 154-155).

Céramiques en terre cuite glaçurée « à la manière de Bunzlau /vaisselle brune ». Jusqu’à présent, il n’y a pas de preuve que de telles céramiques aient été produites en Suisse. Il s’agit probablement d’une importation à l’époque de l’ancien empire allemand.

Les quelques céramiques de la collection du Musée en terre cuite glaçurée « à la manière de Bunzlau », appelées aussi vaisselle brune, appartiennent probablement au même horizon temporel que les céramiques de la région genevoise, c’est-à-dire entre la fin du 19ème siècle et la première moitié du 20ème siècle. Comme ces dernières, elles ont probablement été également acheminées par chemin de fer depuis la Silésie (Bunzlau est le nom allemand d’une ville de Basse-Silésie, actuellement en Pologne et dont le nom polonais est Bolesławiec) vers les marchés des Grisons. Aucune de ces pièces n’est marquée (RMC H1961.287, H1989.1029, H1997.96).

Parmi les terres cuites de la collection, un groupe se distingue tout particulièrement. Il a été donné au Musée en 1875 par Conradin Josti de Magdebourg, capitale du Land allemand de Saxe-Anhalt. C’est à ce donateur (28 octobre 1808 – 14 décembre 1887), fils d’un confiseur de Brail, arrondissement de Zernez dans le canton des Grisons, émigré à Magdebourg et dont le nom était Jachen ou Jacob Jousch (références généalogiques amicales de Peter Michael-Caflisch, d’Arezen), que le musée doit un total de 22 objets en céramique et de nombreux autres dons (livres, pièces de monnaie, sculptures, etc., dont on trouve des références dans le rapport annuel de la Société d’Histoire et des Antiquaire des GrisonsHistorisch-antiquarischen Gesellschaft von Graubünden : 3, 1873, 5 ; 4, 1874, 4 ; 5, 1875, 4 ; 7, 1877, 3 ; 10, 1880, 11). Conradin Josti a probablement été incité à faire ces dons à la suite des demandes de l’actif fondateur du musée, Peter Conradin von Planta (Kauer Loens 2016). Le premier contact épistolaire documenté entre lui et Coradin Josti est conservé dans les archives du Musée rhétique et date de 1872.

De 1876 jusqu’à sa mort, Josti est membre honoraire de la Société d’Histoire et des Antiquaires des Grisons (17ème rapport annuel 1887, 5).  Le 12 novembre 1875, Conradin Josti écrit au Musée: « …vous aurez déjà reçu, franco de port, par la médiation de MM. Jenatsch & Bavier, 1 caisse de terres cuites, des reproductions extrêmement correctes de maîtres anciens, dont la liste des objets répertoriés ci-dessus atteste plus précisément. Ce sera tout pour aujourd’hui, soussigné, respectueusement vôtre dévoué, Josti ».

Collection archivée de céramiques historicistes de la Firme C.W. Fleischmann de Nuremberg, ville de Bavière, Allemagne, avant 1875.

Ce que Josti n’écrit pas, c’est que la caisse contenait 17 céramiques de la Firme C.W. Fleischmann de Nuremberg, ville de Bavière, Allemagne (RMC H1973.1279, H1973.1280, H1973.1283-H1973.1287, H1973.1289-H1973.1298). À l’époque, cette Fabrique de céramiques était connue pour ses répliques historicistes de grande qualité, surtout du Moyen Âge et de la Renaissance, proposant des céramiques de table, des chopes en grès et des poêles en faïence. Les céramiques polychromes de la Renaissance du sud de l’Allemagne (qu’on appelle également poteries de l’atelier nurembergeois de Paul Preuning, avant 1550) étaient très populaires dès la moitié du 19ème siècle, comme les grès allemands de Siegburg, à une trentaine de km au sud de Cologne ainsi que ceux du Westerwald, à une centaine de km au sud de Cologne et de Creussen, en Bavière, à 80 km au nord de Nuremberg. Toutes ces céramiques étaient donc imitées avec la plus grande qualité possible. L’attribution de ces 17 céramiques à la Firme Fleischmann est basée sur un catalogue d’échantillons de 1867 conservé au Musée national germanique à Nuremberg, qui présente les diverses céramiques produites par la Firme. (Sur l’histoire et les produits de la Firme Fleischmann, voir : Reineking von Bock 1970 ; Klinge 1979 ; Heinl 1984 ; Cserey 2000 ; Bauer/Wiegel 2004 ; Cserey 2011). Hormis la collection du Musée national de Bavière à Munich (17 pièces, Bauer/Wiegel 2004, 176-198), ce groupe de céramiques du Musée rhétique semble réunir la plus grande collection de céramiques de la Firme Fleischmann conservée en Europe à l’heure actuelle. Il manque encore une étude scientifique complète sur cette entreprise et sur les ateliers d’artisans potiers qui travaillaient éventuellement en tant que fournisseurs (Heinl 1982 ; Heinl 1984 ; Selheim 1996).

Cratère de l’atelier de Clément Massier (1844-1917) de Golfe-Juan près de Vallauris dans le sud de la France.

Un autre objet important de l’historicisme doit être signalé. Il s’agit d’un cratère de l’atelier de Clément Massier (1844-1917) de Golfe-Juan près de Vallauris dans le sud de la France. La pièce, non signée, est attribuée sur la base d’un catalogue d’échantillons de l’atelier Massier publié vers 1883 (Forest/Lacquemant 2000, catalogue p. 113-135, n° 307 ; sur la poterie Massier, voir également Benadretti-Pellard 2009). Le cratère, recouvert d’une glaçure verte, présente, en relief, une « procession triomphale de Bacchus ». Il mesure 108 cm de haut. Cette pièce, unique en Suisse, provient très probablement du château épiscopal de Fürstenau à Domleschg. Peter von Planta (1815-1902) a acheté le château en 1877 et l’a transmis en 1896 à son fils Gaudenz von Planta (1896-1950), qui l’a fait reconstruire et meubler dans le style de l’historicisme de l’époque par les célèbres architectes zurichois Alfred Chioder (1850-1916) et Theophil Tschudy (1847-1911). En 1941, la famille vend le château, mais conserve la Stoffelhaus, située dans le parc du château, qui est transformée en 1986 par le petit-fils, Johann Martin von Planta (1904-1996), en une fondation, qui abrite aujourd’hui le « Talmuseum Domleschg, Fürstenau – Musée de la vallée de Domschleg à Fürstenau». Avant les recherches sur l’histoire de la construction de la Stoffelhaus (1991-1996) puis de sa rénovation (1996-2004), tous les objets de la maison Stoffel ont été temporairement entreposés, triés et inventoriés dans le dépôt consacré à la protection des biens culturels grisons qui se trouve au château de Haldenstein. La plus grande partie de cette collection constitue aujourd’hui le fond du musée de la vallée de Domleschg. Un certain nombre d’objets ont cependant été donnés au Musée rhétique ou déposés en tant que prêts permanents et inventoriés en 2005 et en 2019 (RMC H2019.18). Le cratère appartenait probablement au mobilier du château tel qu’il a été transmis à Gaudenz von Planta en 1896.

Moules à Springerle, à pain d’anis et à pâtes de coing, probablement de Lohn, canton de Schaffhouse, au moins pour certains d’entre eux.

Les objets en terres cuites de la collection du musée comprennent également 30 moules à pâtisseries pour les Springerle ou pour les pâte de coing, fabriqués à différentes époques. Leur fonction ne peut être décrite qu’en termes très généraux : Moules pour la décoration de diverses pâtisseries (pain d’épices, Biberlis d’Appenzel et de St-Gall, Tirggel de Zurich, Springerle – biscuits blancs parfumés à l’anis avec dessin en relief, pains d’anis) ou pour fabriquer diverses formes de pâte d’amandes. Certains de ces moules ont déjà fait l’objet d’études scientifiques (Brunold-Bigler 1985).

Moule avec une scène de la vie de Saint Nicolas de Myre.

Le moule le plus ancien date probablement du 17ème siècle (RMC XI.A414). Il montre une scène de la vie de Saint Nicolas de Myre qui monte sur une échelle pour remplir des paniers, des sacs et des chaussettes avec des bonbons pour les enfants. Son âne déjà chargé de présents mange le foin d’une mangeoire. Un motif identique a également été remarqué sur un moule en bois (diamètre 160 mm) faisant partie de la vente aux enchères zurichoise Koller-West en 2016, lot 5332, provenant du sud de l’Allemagne ou de l’Autriche. Un moule en bois comparable avec les armoiries des familles alliées WerdmüllerZollikofer (vers 1675) est conservé au Musée national suisse (SNM DEP-1150). Des considérations stylistiques conduisent à supposer que ce modèle pourrait provenir de l’atelier de gaufrage ou d’embossage Stüdlin à Lohn près de Schaffhouse (Widmer/Stäheli 1999). D’autres modèles du Musée rhétique ont peut-être été fabriqués dans cet atelier, mais il n’est pas certain que cela s’applique à tous les modèles avec glaçure. Des études systématiques à ce sujet font malheureusement défaut pour la Suisse et la région voisine du sud de l’Allemagne.

Les faïences dans la collection du musée

Parmi les 170 objets en faïence du Musée rhétique, trois services du 17ème siècle se distinguent particulièrement : le service Pellizari, le service strasbourgeois de la famille von Salis et le service en faïence de la même famille de la Manufacture de porcelaine (et de faïence) de Zurich.

Le service Pellizari

Le service acheté par le Musée en 1909 à l’instigation de son conservateur Fritz Jecklin (1891-1927), dans la propriété Pellizari nommée « Haus am Bach – La maison sur la rivière » à Langwies, commune d’Arosa sur la route la plus directe entre Coire et Davos par le col de la Strela, comprend encore 63 parties d’un service de table et d’un service à café autrefois certainement encore plus conséquent (RMC H1971.503–H1971.509, H1971.520-H1971.550, H1971.977-H1971.1001). Toutes les pièces portent les armoiries de la famille à l’héraldique suivante : coupé, au 1 d’argent à la bannière de gueules au mât d’or, au 2 d’azur à deux bandes d’or à dextre avec lambrequins ombrageant le casque coiffé d’un cimier représentant un cygne d’argent couronné (sur la famille, voir : Anton Herkules  Sprecher von Bernegg 1847, 105-108). Les Pellizari ont émmigré de Chiavenna en Lombardie italienne vers 1600 en tant que réfugiés religieux et ont bientôt fait partie des familles dirigeantes du « Dreibündestaat – L’État libre des trois fédérations ou l’État de la triple alliance, appelé encore les Trois Ligues, qui a été vu le jour à partir du 14ème siècle. Avec la Charte fédérale de 1526, les Trois Ligues ont reçu un statut particulier qu’elles ont conservé jusqu’à leur incorporation en 1803 dans la Confédération sous le nom de canton des Grisons. De 1512 à 1797, la Valteline italienne et les comtés italiens de Chiavenna et de Bormio ont également fait partie des Trois Ligues en tant que territoires sujets ». Ce service, resté au sein de la famille qui s’est éteinte en 1910, a peut-être été créé en 1763 pour l’investiture de Johann Anton von Pellizari (1731-1804) de Langwies, en tant que gouverneur de la Valteline. Car, conformément à la tradition, les fonctionnaires grisons ont offert à cette occasion aux notables de la Valteline un somptueux repas qu’on appelait « Afritt ». Les couverts utilisés à cet effet étaient appelés le « service du Podestat ». Aucun autre service de ce type n’a été livré dans les Grisons ou en Suisse (Schnyder 1979, 328-347 ; Manatschal-Weber 1973, 6).

Le service Pellizari, produit en Lombardie, vraisemblablement à Lodi ( Fabrique Coppelloti ?), vers 1763.

Le service Pellizari comprend :

2 soupières (RMC H1971.503, H1971.522) avec leurs 2 présentoirs (RMC H1971.530 et H1971.531).
2 ensembles, chacun comprenant un bassin ovale (RMC H1971.504, H1971.547) et une cruche (RMC H1971.505, H1971.523) ; font-ils partie d’un set pour se laver ? les mains ?
6 assiettes pour le petit-déjeuner ou pour le dessert, toutes identiques, dont certaines sont usagées, cassées et rafistolées avec du fil de fer (RMC H1971.520, H1971.580-H1971.584).
16 assiettes, toutes identiques (RMC H1971.521, H1971.532-H1971.546).
5 grandes assiettes/plats, toutes identiques, dont certaines sont très abîmées et rafistolées avec du fil de fer (RMC H1971.525-H1971.529). Il s’agit peut-être de grands plats ou de présentoirs pour le service de la nourriture.
3 assiettes creuses ou assiettes à soupe, toutes identiques dont certaines sont usagées, cassées et rafistolées avec du fil de fer (RMC H1971.524, H1971.578-H1971.579).
4 assiettes creuses ou assiettes à soupe, toutes identiques (RMC H1971.977, H1971.548-H1971.550).
1 petite cafetière ou chocolatière (RMC H1971.506).
1 sucrier complet (RMC H1971.507) et le couvercle d’un deuxième sucrier manquant, mais identique (RMC H1971.1001).
8 petites tasses, hautes, toutes identiques (RMC H1971.508, H1971.990-H1971.996).
6 sous-tasses, toutes identiques (RMC H1971.509, H1971.985-H1971.989).
4 petites tasses, basses, toutes identiques (RMC H1971.997-H1971.1000).

En comparant le style de ces pièces, Rudolf Schnyder l’avait attribué à la production de Lodi en Lombardie italienne (Schnyder 1979, 329). Il est possible que ce service ait été produit par la Fabbrica Coppelloti, bien qu’aucune des pièces ne soit marquée (Ferrari 2003).

Le service strasbourgeois de la famille von Salis

Dès 1895, Fritz Jecklin réussit à acheter un autre grand service de table provenant de la production de la manufacture de Paul Hannong à Strasbourg (F), où il a été fabriqué vers 1754/1762. Il provient de la succession d’Andreas von Salis, de Coire. Aucune information n’est disponible sur les antécédents familiaux, l’achat initial et l’héritage du service.

Service de table de la manufacture strasbourgeoise de Paul Hannong, vers 1754/1762.

Actuellement, il reste 34 pièces de ce service (RMC H1971.1038-H1971.1072), dont la plupart portent la marque bleue du fabricant « PH » sur la base des pièces. A cette marque de fabrique peuvent s’ajouter les marques d’autres peintres individuels. L’ensemble du service est décoré de « fleurs allemandes – Fleurs allemandes est le terme utilisé pour décrire une représentation de fleurs sur céramique qui semble le plus naturelle possible. Les fleurs allemandes sont peintes d’après des modèles botaniques, mais sont composées de manière libre et naturelle, car ainsi elles s’adaptent plus facilement à la forme de la vaisselle. Ce mode de représentation a été populaire des années 1740 aux années 1770 et a été utilisé, par exemple, comme décor pour la porcelaine de Meissen ou la faïence de Strasbourg. Ce terme de fleurs allemandes est également connu sous le nom de « style berlinois » ou de « peinture de fleurs à l’anciennes », c’est-à-dire d’une représentation extrêmement détaillée et finement peinte, et, contrairement à ce que son nom indique, inspirée principalement d’après des motifs de gravures françaises » (Bastian 2003 ; voir aussi : Peter-Müller/Bastian 1986 ; Ribbert 2018). Chaque objet a également une bordure marron foncé.

Le service strasbourgeois de la famille von Salis comprend :

1 sucrier (RMC H1971.1038).
1 Bourdalou – pot de chambre pour femmes (RMC H1971.1039), correspondant stylistiquement au service.
1 saucière (RMC H1971.1040).
2 boîtes à sel ou à épices (RMC H1971.1041, H1971.1042).
1 soupière sur pied, couvercle avec fretel en forme d’artichaut (RMC H1971.1043).
1 présentoir de table (RMC H1971.1044).
5 grands plats ovales, de longueur légèrement variable (RMC H1971.1045, H1971.1053-H1971.1057).
7 plats creux plus petits avec un bord festonné (RMC H1971.1046- H1971.1052).
12 assiettes presque identiques (RMC H1971.1058, H1971.1060-H1971.1067, H1971.1070-H1971.1072).
3 assiettes creuses ou assiettes à soupe presque identiques (RMC H1971.1059, H1971.1068, H1971.1069).

Diverses boîtes produites à Strasbourg (aucun lien attesté cependant avec celles du service von Salis).

En 1919, Fritz Jecklin a pu acheter d’autres pièces de la manufacture de Strasbourg qui étaient en possession de Marie von Salis au château de Haldenstein, mais malheureusement aucun lien avec le service ci-dessus ne peut être prouvé (RMC H1971.1092-H1971.1095). Il s’agit de quatre boîtes en forme de pomme, de poire et de deux artichauts, provenant également de la manufacture de Paul Hannong, mais peut-être un peu plus anciens (1748-1754). Des pièces de forme identique sont documentées, entre autres comme parties du service de chasse strasbourgeois du château de Clemenswerth en Westphalie, dans le Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et pour le château Favorite près de Rastatt, dans le Land allemand de Bade-Wurtemberg. (Ribbert 2018, 24-25 avec une littérature plus ancienne). Cette corrélation avec ces lieux prestigieux, qui tous possèdent encore des céramiques de cette sorte, illustre à l’évidence le milieu social auquel la famille von Salis appartient au cours de la seconde moitié du 18ème siècle. Les Grisons manquent cependant de très grandes pièces de montre, de services d’apparat et de centres de table. Une petite tasse signée de la manufacture de Paul Hannong (ADG 1282, FK 345) a été trouvée lors de fouilles archéologiques au château de Haldenstein lui-même.

Moustiers, sud de la France, Atelier d’Olérys et Laugier (1739-1796), peut-être peint par Joseph Ier Fouque (1720-1799), vers 1745-1749.

Il y a peu d’autres faïences de Strasbourg dans la collection et elles n’ont aucun lien avec les pièces ci-dessus (RMC H1971.1073, achetée en 1901 à Maienfeld, région de Landquart, canton des Grisons ; RMC H1971.1074 – inventaire de l’ancienne collection). En ce qui concerne les autres faïences françaises, elles ne sont représentées que par trois pièces de Niderviller, en Lorraine au nord-est de la France, de Moustiers, dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur au sud de la France et de Desvres, dans le département du Pas-de-Calais, tout au nord de la France (RMC H1971.1075, H1971.500, H1972.818).

Das Fayence-Service aus der Zürcher Porzellanmanufaktur

Entre 1770 et 1773 environ, un des rares services en faïence connus a été créé dans la Manufacture de porcelaine de Zurich à Kilchberg-Schooren. Il est attesté qu’un total de 119 pièces de ce service a été fabriqué en 1773. Aujourd’hui, 36 pièces de ce service se trouvent au Musée rhétique de Coire (RMC H1971.1002-1037), quelques pièces au Musée national suisse à Zurich (SNM HA-2134, HA-2137, HA-2150, HA-2151, HA-2153, HA-2176) et une pièce au Musée d’Histoire de Saint-Gall (collection Friedrich Eugen Girtanner, 1880-1956, ex-collection Angst ou ancienne provenance du Musée national suisse). Quatre pièces sont dans une collection privée suisse, dont deux proviennent de la collection Angst et ont été échangées contre d’autres céramiques (HA-2134, HA-2136). On ne sait pas où se trouvent les 40 pièces restantes, que nous ne connaissons que sur la base de documents d’archives. Au cours de ses recherches sur la Manufacture de porcelaine de Zurich, Franz Bösch a étudié de manière intensive l’histoire de ce service (Bösch 2003, 203-215).

Manufacture de porcelaine de Zurich à Kilchberg-Schooren, partie d’un service en faïence, vers 1770.

En 1895, le Musée rhétique a réussi à acheter une partie de ce service aux héritiers d’Andreas von Salis (1782-1858) de Coire. Sur la base de documents d’archives, il a été possible de prouver que ce service provenait de la succession de Peter von Salis-Soglio (1729-1783), de Coire également. Toutefois, aucune autre information n’est disponible sur les circonstances qui ont prévalu à sa commande. Seuls deux des objets du Musée rhétique portent au verso la marque de la Manufacture « Z » (RMC H1971.1009, RMC H1971.1010). Il ne fait aucun doute que les autres faïences, non marquées, font également partie de service, notamment en raison du décor très caractéristique de lacs et de montagnes d’un bleu saisissant à l’arrière-plan. La peinture est finement réalisée et très détaillée. Les scènes animées représentent exclusivement des paysages idylliques avec des lacs et des montagnes, des motifs architecturaux imaginaires, des ruines et des personnages (la plupart en arrière-plan). Sur le dessous de la plupart de ces faïences, on trouve des traces de pernettes provenant d’une première et d’une deuxième cuisson, la glaçure à faïence blanche ayant alors été recouverte d’une différente couleur. Lors de la troisième cuisson de petit feu, on découvre encore les traces à vif, non recouvertes, des pernettes. En incluant la cuisson initiale des biscuits, de nombreux objets ont ainsi été cuits au moins quatre fois avant d’avoir leur décor complétement réalisés (exemple RMC H1971.1014). Il est à noter que la dernière des couleurs qui est passée à la cuisson est celle utilisée pour les rochers et certaines parties des troncs d’arbre, c’est-à-dire une couleur rouge-brun. Elle n’a généralement pas fondu correctement et reste terne au lieu de présenter une brillance en surface. Une partie des assiettes et des plats est cassée et réparée à l’aide d’agrafes métalliques. Le service a donc été réellement apprécié et utilisé intensivement dans la vie de tous les jours.

Les pièces de ce service en faïence de la Manufacture de porcelaine de de Zurich à Kilchberg-Schooren conservées au Musée rhétique de Coire sont les suivantes :

1 soupière avec un fretel en forme de grenade sans boules à cliquetis (RMC H1971.1002 ; voir SNM HA-2150).
1 saucière (RMC H1971.1003).
2 plats ovales, avec bords festonnés (RMC H1971.1004, H1971.1005, voir SNM HA-2151 ).
3 plats, de diamètres différents, avec quatre décrochages sur le bord de l’aile (RMC H1971.1006, H1971.1009, H1971.1010).
2 plats aux marlis festonnés et au bord horizontal, avec un profil ondulé vers l’extérieur (RMC H1971.1007, H1971.1008).
1 plat calotte rond avec un bord polylobé (RMC H1971.1011).
19 assiettes à bord faiblement festonné (RMC H1971.1012- H1971.1031).
7 assiettes calottes (RMC H1971.1032-H1971.1037 ; voir SNM HA-2134).

Faïences Biedermeier des manufactures de Kilchberg-Schooren, canton de Zurich.

Il est en fait surprenant que les autres faïences du canton de Zurich ne soient que peu représentées dans la collection. On n’y trouve qu’une soupière et une assiette de la Manufacture Johannes Scheller (RMC H1965.101, faussement attribuée à St. Antönien ; RMC H1974.96, achetée à Coire) et une cafetière, ou une théière, de la Manufacture Johannes Nägeli (RMC H1970.241, probablement achetée dans le village grison de Flims).

Plat de montre italien avec armoiries

Les assiettes à armoiries des principales familles dirigeantes des Grisons sont rares mais ces commandes représentaient un important travail sur les plans culturel et historique pour les manufactures de faïences italiennes au 17ème siècle.

Parmi les faïences de la collection, les assiettes à armoiries des principales familles dirigeantes des Grisons, fabriquées sur commande en Italie du Nord ou en Ligurie (RMC H1971.501, H1971.1104, H1996.730 – von Salis, H1971.502 et H1971.1102 – de Florin ; H1971.1103, H2018.419 – Capol ; H1971.1105 – von Planta), occupent également une place de choix. De manière surprenante, on a aussi trouvé de telles assiettes de montre, si particulières, parmi les découvertes provenant des fouilles archéologiques du château de Haldenstein (ADG 1282-FK 9).

Faïence du nord de l’Italie portant les armoiries de la famille Jenatsch.

Ce groupe comprend également une bouteille portant les armoiries de la famille Jenatsch (RMC H1971.496), qui, selon la tradition du Musée, est attribuée au Grison Jörg Jenatsch (1596-1639). Cependant, en considérant son style, on peut affirmer que cette bouteille est vraisemblablement plus récente et a probablement été fabriquée dans le nord de l’Italie.

Diverses faïences d’Italie, d’Allemagne et des Pays-Bas

Atelier de poterie Valenti à Savone, en Ligurie, seconde moitié du 17ème siècle.

De l’atelier de poterie Valenti à Savone, en Ligurie, le Musée conserve deux impressionnantes bouteilles de la seconde moitié du 17ème siècle (RMC H1971.497, RMC H1971.498), dont la provenance exacte est malheureusement inconnue.

On trouve des Boccalini (pichets à vin) de cette forme au Tessin, en Valteline et dans l’Engadine. Ils sont certainement d’origine italienne, mais les lieux de leur production sont encore inconnus. Les dates ne peuvent également être qu’approximatives (18ème siècle). Des exemplaires ont également été trouvés lors de fouilles archéologiques, encore non publiées, par exemple à Schiers, district de Prättigau/Davos, canton des Grisons.

On trouve d’autres importations, probablement en provenance de l’Italie du nord, qui apparaissent sous la forme de ces Boccalini (pichets à vin) si caractéristiques (RMC H1972.819, H1972.820, XIII.40b, XIII.464), mais il y a aussi des bols coniques, typiques de cette région (RMC H1971.499, H1972.803, H1974.41, H2016.553). Pour ces formes céramiques, courantes dans les Grisons, on ne connait pas non plus le lieu de production exact.

Bénitiers, vraisemblablement d’une production italienne.

Les bénitiers (RMC H1970.218, H1972.2062) portant l’inscription IHS et les petites salières (RMC H1971.488, H1971.489, H1973.946) sont probablement aussi originaires du nord de l’Italie, même si le lieu exact de fabrication reste encore inconnu. Il existe des découvertes archéologiques similaires trouvées lors de fouilles au Liechtenstein (Heege 2016, fig. 283) et des pièces comparatives au Musée national suisse (SNM LM-059431).

Vinaigrier et huilier, salière et moutardier de la Manufacture de Ludwigsburg dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg.

La part des faïences allemandes (par exemple RMC H1971.490, H1971.491, H1972.779, H1972.821, H1991.307) de la collection, malheureusement pour la plupart non signées et donc difficiles à attribuer exactement, est relativement faible. En 1895, la famille von Salis a pu acquérir les restes d’un « Platmenage – inscrit de cette manière dans l’inventaire » de la Manufacture de Ludwigsburg dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg, composé d’un vinaigrier et d’un huilier, d’une salière et d’un moutardier RMC H1970.153-156). Une cruche à col étroit vient probablement de Künersberg ou de Bayreuth, tous deux en Bavière (RMC H1970.258), une cruche piriforme de Hanau ou de Francfort, tous deux dans le Land allemand de Hesse (RMC H1970.259). Un plat à godrons séparés (« Buckelplatte ») et un plat à multiples godrons (« Fächerplatte ») peuvent être attribués à la même région de production (RMC H1971.1107, H1971.1108). Une terrine couverte utilisée pour les saucisses et un vase-calebasse recouvert d’une peinture rouge appliquée à froid (RMC H1971.487, H1971.492) sont tous deux originaires d’Ansbach, en Bavière. Le vase aurait pu être acquis à Maienfeld, région de Landquart, canton des Grisons. De Durlach, à côté de Karlsruhe dans le Bade-Wurtemberg, à 90 km de Strasbourg, provient un grand plat non peint (RMC H1997.503), de Flörsheim, à côté de Francfort, une jolie petite écritoire (RMC H1971.486, don de la ville de Coire) et de Schrezheim, à 90 km à l’est de Stuttgart, un vase à cinq orifices (vase à tulipe, RMC H1971.485, également acquis à Maienfeld).

Objets insolites avec des motifs chinois de la famille von Salis. Provenance ?

En 1896, le Musée rhétique a reçu en don des héritiers d’Andreas von Salis, de Coire, deux tasses élancées de forme cornet avec leurs trois soucoupes, dont la profonde cavité centrale permettait de les transporter en toute sécurité. Ce groupe est uniforme dans sa forme et son décor (peinture sur glaçure en argent et en or), mais inhomogène en ce qui concerne la réalisation, la pâte céramique et les glaçures (faïence violette, terre cuite à glaçure noire de manganèse ou décor tacheté brun foncé), sans que l’on puisse trouver d’explications significatives à ce sujet. Il y a également un manque de références et de correspondances claires dans la littérature. Une origine italienne (Albisola, province de Savone, Ligurie ?) n’est pas exclue (Salsi 2002, 19-20, cat. 5). La combinaison d’un fond noir-brun à glaçure de manganèse et de la peinture métallique ressemble à un objet asiatique en laque. Les pièces ont pu être inspirées des terres noires de Namur (ville francophone de Belgique, capitale de la Wallonie, à une soixantaine de km au sud de Bruxelles), des «  Jackfield ware » (Jackfield est un village dans le  Shropshire, à 250 km au nord-est de Londres, Angleterre) ou des céramiques avec dorure de Bayreuth et d’Ansbach, toutes deux en Bavière.

Potiches couvertes de la Manufacture « De Porseleyne Klauw – la griffe de porcelaine », Delft, Pays-Bas, environ 1750-1790.

Les faïences hollandaises ne jouent pas de rôle particulier dans les collections du Musée. Les deux potiches couvertes de la Manufacture « De Porseleyne Klauw – la griffe de porcelaine », de Delft, datant d’environ 1750-1790, proviennent d’un don de 1963 sans rapport avec le lieu (RMC H1971.1159a-b).

Les faïences fines dans la collection du Musée

Faïences fines provenant de la succession d’Anna von Planta (1858-1934).

L’inventaire du Musée rhétique recense en tout 174 données concernant les objets en faïence fine de la collection. 44 céramiques proviennent de la succession d’Anna von Planta (1858-1934), la fondatrice de l’Hôpital des femmes de Coire (Sprecher 1935), parmi lesquelles on compte de nombreuses assiettes non assorties et des pièces isolées provenant du Danemark, de l’Allemagne, de l’Angleterre et de la France. Malheureusement, on ne sait toujours pas comment un tel assemblage des pièces hétéroclites a pu se constituer pour finalement constituer une collection. Est-ce que ces pièces ont-elles été commandées dans le but de constituer des parties de services de tables ?

Faïence fine italienne de la Società Ceramica Richard.

On peut légitimement se poser la question car deux parties de service ont été conservés, l’un de la société italienne Società Ceramica Richard de Milan (RMC H1975.23-31, H1975.34-39, H1975.41-50, H1975.52-126) et l’autre de la Manufacture allemande Villeroy & Boch de Mettlach, Land de la Sarre, à une soixantaine de km de la ville de Luxembourg ; ce dernier comportant de grands plats à poisson avec égouttoirs (RMC H1975.127-H1975.151).

« Chalet Planta à Saint-Moritz, Engadine», peint par Sophie Herzog.

En main de la famille von Planta se trouvaient trois assiettes en faïence fine de la Manufacture de Wächtersbach, Land allemand de la Hesse, à une soixantaine de km à l’est de Francfort, toujours en activité (RMC H1975.182-H1975.184). Elles ont été peintes à la main, signées et datées en 1899 par une peintre en céramique non identifiée jusqu’alors, nommée « Sophie Herzog ». Selon l’inscription au verso, les vues montrent : le « Chalet Planta à Saint-Moritz, Engadine », le « Pont du Riti à Stalden, vallée de Viège, canton du Valais » et les « Ruines du château de Birseck, canton de Bâle-Campagne ».

Marques de la vaisselle en faïence fine du sanatorium Schatzalp de Davos.

Six objets en faïence fine, des porte-savons et des verres à dents ainsi que des assiettes proviennent de l’Hôtel et sanatorium Schatzalp (littéralement « Trésor des Alpes ») à Davos, ouvert en 1900 (RMC H2014.335a, H2014.336, H2014.339a, H2014.339b, H2014.535a, H2014.535b). Ils ont tous été fabriqués en Belgique, en Allemagne ou en Angleterre et montrent l’importance des grandes entreprises européennes de céramique en ce qui concerne l’équipement des grands hôtels des Grisons.

Extrêmement rare théière, en l’état, de la « Fabrique de faïence du Prince Évêque de Worms » à Dirmstein (Evêché de Worms).

L’un des plus anciens objets en faïence fine de la collection est répertorié en tant « qu’ancienne provenance » dont nous ignorons tout de l’origine. Il s’agit d’une théière minutieusement peinte et présentant une marque sous sa base, provenant de la « Fürstbischöflich-Wormsische Fayence-Fabrique – Fabrique de faïence du Prince Évêque de Worms » à Dirmstein (Hochstift Worms – ou Vormes en français ; Dans le Saint-Empire romain germanique, un Hochstift (littéralement : « Haute-fondation », en allemand) était un territoire sous la juridiction temporelle d’un évêque), à une dizaine de km de Frankenthal aujourd’hui dans le Land allemand de Rhénanie-Palatinat. Cette Manufacture n’a existé que de 1778 à 1788 (Zais 1895 ; Biehn 1959 ; Jarosch 2005). Dans les promotions de cette époque, les produits de la Manufacture sont présentés en français comme de la « porcelaine de pierre », de la « faïence fine » et de la « terre de pipe », de sorte qu’une part prédominante des produits fabriqués doit avoir été en « faïence fine ». Après la fermeture de la Fabrique, les moules ont été vendus à la Manufacture de faïence de Flörsheim, à une centaine de km au nord de Dirmstein. Vers 1780, un peintre céramiste alsacien originaire de Hagenau, à 120 km au sud de Dirmstein, nommé Laux (Zais 1895, 25 ; Biehn 1959, 10) est attesté. On pourrait probablement lui attribuer la belle rose qui décore cette théière.

Corbeille et son présentoir assorti de Zell am Harmersbach, dans le Land allemand de Baden-Württemberg.

Parmi les autres objets en faïence fine provenant d’Allemagne, il y a ces céramiques produites spécifiquement pour la Suisse allemande par les Manufactures de Schramberg (par exemple RMC H1961.681, H1961.682, H1972.739) et de Zell am Harmersbach (par exemple RMC H1990.173, H1990.174, H1990.175a,H1990.175b, XIII.446 ), qui, toutes deux, ont fourni cette populaire vaisselle aux décors imprimés, parfois avec un libellé, souvent avec un dicton (assiettes parlantes), mais aussi de la vaisselle en faïence fine non décorée. Parmi cette dernière, on relève une belle corbeille tressée avec son présentoir assorti (RMC H1975.95). Une série d’assiettes parlantes au décor floral ne peut être attribuée à Zell am Harmersbach qu’à titre provisoire en espérant que d’autres éléments encore manquant puissent finalement  confirmer cette provenance, lorsqu’on les comparera aux pièces signées du Museum Engiadinais de Saint-Moritz (RMC H1961.613, H1961.676-H1961.678). Si cette comparaison reste infructueuse, on pourrait aussi envisager de les attribuer à la production de faïences fines de Kilchberg-Schooren, canton de Zurich.

La vie de Napoléon – ici la reddition d’Ulm -, romancée et politiquement idéalisée, est représentée sur une série d’assiettes de la société Villeroy & Boch de Wallerfangen.

La société Villeroy & Boch à Wallerfangen (Vaudrevange), Land de la Sarre, Allemagne a produit une série de 12 planches avec des décors imprimés en noir (RMC H1976.476-487). On y trouve un N couronné accompagné d’une légende comportant les noms des lieux et des batailles importantes dans la vie de Napoléon (Bolender 1987, 111-112). Les illustrations sont basées sur les gravures de Jacques de Norvin (1769-1854) dédiées à l’ « Histoire de Napoléon », Paris 1827, 22ème édition de 1839 et illustrées principalement par Horace Emile Jean Vernet (1789-1863) et par Denis Auguste Marie Raffet (1804-1860).

Inhabituelle assiette en faïence fine à la bordure ajourée, produite à Leeds, Angleterre, seconde moitié du 18ème siècle.

Une ancienne assiette en faïence fine de la seconde moitié du 18ème siècle (RMC H1966.423) vient d’Angleterre, plus précisément de Leeds. Elle comporte un décor en relief apparaissant sous la forme d’une rose Tudor ou rose blanche d’York ; l’aile et la descente de l’assiette sont ajourées (Griffin 2005, 124 n° 46, Leeds Design book, après 1783).

Parmi les autres objets en faïence fine d’Angleterre, le Musée rhétique conserve un service de table produit entre 1850 et 1870 environ (RMC H1990.177b-i, H1990.178a-e, H1990.179, H1990.180). Il était en possession des familles Marugg-Wazau ou Liver-Wazau de Präz ou de Sarn, dans région grisonne de Viamala, gorge du Rhin postérieur. Ce service de table a été fabriqué dans le Staffordshire, à Stoke-on-Trent, par Thomas Till & Sons (1850-1928) (poteries de Sytch, une petite région au nord-est du village de Burslem, lui-même à 5 km au nord de la ville de Stoke-on-Trent) pour la compagnie Fedele Primavesi à Cardiff. Cette compagnie, avec des bureaux à Cardiff et à Swansea dans le Pays de Galles, a été active de 1850 à 1915 dans le commerce de gros et la distribution de céramiques fabriquées principalement au Pays de Galles et dans le Staffordshire (Tolson/Gerth/Cunningham Dobson 2008). Le motif de ce service est appelé « Royal Cottage – chaumière royale ». Il montre une vue romancée du « Royal Lodge –  pavillon royal » existant réellement au début du 19ème siècle dans le grand parc de Windsor dans le Berkshire, un peu au sud du château de Windsor. Cependant, on ne distingue pas très bien à quelle époque de ses rénovations et embellissements multiples (le pavillon royal a été construit en 1662) correspond l’image qui est imprimée sur ce service.

Assiette en faïence fine de production française dont la représentation est légendée « Jonction du haut et du bas Rhin à Reichenau (Tamins), pays des Grisons », réalisée entre 1808 et 1818.

Cinq assiettes hexagonales du début du 19ème siècle (RMC H1973.1379-H1973.1383) proviennent de la Manufacture de faïences fines de Montereau, région Île-de-France. Une seule assiette a probablement été fabriquée à Creil (les deux manufactures de Creil, au nord de Paris, fondée en 1797, et de Montereau, au sud de Paris, fondée en 1749 mais acquise par le propriétaire de la manufacture de Creil en 1819, distantes d’environ 150km ne forment un seul groupe qu’en 1840. La société deviendra alors les Faïenceries de Creil et Montereau sous la raison sociale Lebeuf, Milliet et Cie (L.M et Cie), jusqu’en 1876) et décorée à Paris entre 1808 et 1818 par Coquerel et Le Gros (Plinval de Guillebon 1985, 146-147). Le décor imprimé en noir sous glaçure montre la jonction du haut et du bas Rhin à Reichenau (Tamins), canton des Grisons, d’après une vue d’Alexandre-Charles Besson (1725-1809), gravée par François Denis Née (1732-1817) (gravure extraite de : Beat Fidel Zurlauben (1720-1799), Tableaux topographiques …. 1780-1786). L’assiette provient de la succession de la famille Salis-Soglio (RMC H1974.392). Le reste de la faïence fine de France est principalement constitué de pots de chambre et de vaisselle de la manufacture d’Utzschneider & Co (Sarreguemines, région du Grand Est, France) (par exemple H1972.709, H1972.711, H1972.713, H1972.715, H1972.717).

Au 20ème siècle, les commandes privées auprès des manufactures italiennes étaient encore d’actualié (ici commande la famille von Planta).

Parmi les faïences fines italiennes, on ne trouve plus que quatre coupes sur un piédouche élevé de la société italienne Società Ceramica Richard de Milan du premier tiers du 20ème siècle (RMC H1975.544-H1975.546, H1978.543). Elles présentent un décor imprimé en bleu avec le blason de la famille von Planta (héraldique : d’argent à la patte d’ours de sable) et la devise familiale « ESSE QUAM VIDERI » (Être plutôt que paraître, locution latine d’usage répandu. Fréquemment attribuée à Cicéron, mais la source de la formule est plus sûrement dans SallusteGuerre de Catilina, 54).

Les assiettes suisses en faïence fines – ici, une production de Kilchberg-Schooren, canton de Zurich – étaient décorées des premières représentations des attractions touristiques du pays. Les légendes sont (de haut en bas, de gauche à droite : Chapelle de Guillaume Tell – Château de Chillon – Auberge sur le Righi-Koulm).

Parmi les produits en faïence fine de Suisse, on trouve, entre autres, quatre assiettes au décor imprimé en noir de la Manufacture de Johannes Scheller à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich, qui ont peut-être été fabriquées peu après le milieu du 19ème siècle (Ducret 2007). Elles montrent les premières attractions touristiques et sont ainsi légendées : la Chapelle de Guillaume Tell, canton d’Uri – le Château de Chillon, canton de Vaud – Auberge sur le Righi-Koulm, canton de Lucerne (H1971.732, H1971.1088, H1972.731, H1972.733). Trois autres céramiques peuvent être attribuées, sur la base de leurs marques au verso, à la Fabrique de faïence fine Niederweiler S.A. (1906–1956) à Möhlin près de Rheinfelden, canton d‘Argovie (H1961.611, H1985.507, H1999.786).

Les grès dans la collection du Musée

L’ensemble des récipients en grès, qui ont tous été importés, n’est pas très important dans la collection du Musée. Il comprend 44 objets, que l’on peut répartir dans les catàgories traditionnelles des grès pour la boisson et le stockage, la catégorie des bouteilles d’eau médicinale et celle pour les produits pharmaceutiques (voir Heege 2009).

Pichets ventrus typiques du Westerwald, seconde moitié du 17ème siècle.

Les pièces les plus anciennes sont quatre cruches sphériques bleues de la seconde moitié du 17ème siècle avec des petites appliques légèrement en relief. Elles peuvent être attribuées aux grès allemands « à la manière du Westerwald » (RMC H1972.742-H1972.744, H1972.747).

Grès « à la manière du Westerwald » avec décor d’appliques en relief.

Un peu plus récente est une cruche piriforme avec ce qu’il est convenu d’appeler un « décor à la fourchette », et qui, en outre, est décorée d’une peinture au violet de manganèse (au milieu de la photo ci-dessus). Sa face avant est ornée d’une fine applique en relief représentant un cœur à partir duquel poussent des branches. Dans le cœur se trouvent les initiales « GSS » (RMC XIII.448). La pièce a été acquise dans un magasin d’antiquités de Coire, peut-être avec l’idée que les initiales pourraient être attribuées à un membre de la famille Salis-Soglio. Des fragments d’une cruche piriforme similaire ont été trouvés lors des fouilles effectuées au château de Haldenstein (ADG, 1282, FK 369). Probablement en raison de considérations similaires, une autre cruche, datée de 1685 (à laquelle on a ajouté une fermeture à vis) était déjà au musée en 1898 (RMC XIII.96) (à droite sur la photo ci-dessus). La famille von Schauenstein des Grisons (éteinte en 1742) portait comme blason « de gueules aux trois poissons d’argent » (note de Hanspeter Lanz, Zurich) que l’on pourrait attribuer à l’applique de cette cruche. Cependant, la devise latine qui entoure le blason « QVOD GENVS ET PROAVUS ET QVE NON FECIMUS IPSI VIX EA NOSTRA PUTA » (« Ce que notre race et nos ancêtres ont fait et que nous n’avons pas fait nous-même, ne nous appartient à peine » ; il s’agit d’une locution légèrement différent de celle tirée des Métamorphoses d’Ovide, livre 13 : Nam genus et proavos et quae non fecimus ipsi)  indique clairement qu’il s’agit ici des armoiries de la famille noble von Seydlitz, d’Allemagne  (Otto 1892, 248-253, qui fait référence à une applique de ce blason en tout point comparable).

Grès « à la manière du Westerwald », 18ème siècle.

Un certain nombre de céramiques remontent à la première moitié du 18ème siècle. Il s’agit notamment d’une cruche (à gauche de la photo précédent immédiatement celle-ci-dessus) portant les initiales « GR » (GR = Georg Rex = George Ier (1660-1727), les initiales désignant celui qui devint roi de Grande-Bretagne en 1714) avec un col en violet de manganèse (RMC H1971.1076), d’une chope cylindrique au décor gravé et en relief sous forme de bossages en pointes de diamant (RMC H1971. 1077, pièce de comparaison : trouvaille archéologique lors des fouilles du château de Haldenstein, ADG, 1282, FK 167), ainsi qu’une autre cruche (RMC H1972.741) et deux autres cruches à vis (RMC XIII.423, XIII.424), toutes avec un corps hexagonal à face planes (photo ci-dessus). Ces dernières ont été achetées en 1919 par Marie von Salis, qui habitait au château de Haldenstein. Les découvertes archéologiques de céramiques identiques provenant des fouilles du château prouvent que ces récipients en grès présentant cette forme hexagonale (ADG 1282, FK 343) étaient réellement utilisés au château.

Grès « à la manière du Westerwald », probablement d’Alsace, sûrement apprécié car réparé artistiquement !

Une cruche particulièrement bien décorée et réparée avec soin a été acquise à Maienfeld en 1901 (RMC H1973.1278). Pour des raisons stylistiques, on préfère attribuer cette cruche à la région de production alsacienne des céramiques « à la manière du Westerwald », plutôt que dans le Westerwald allemand proprement dit (Schmitter 1965 ; Faviere/Klein 1978 ; Schmitter 1982 ; Ernewein/Dietrich-Schneider 2006 ; Heege 2013).

Grès « à la manière du Westerwald », que de nombreuses personnes appellent encore des « Pichets à cidre ».

On ne peut pas définir une période de production plus précise que celle s’étalant tout au long du 19ème siècle jusqu’au début du 20e siècle pour les petits exemples ci-dessus de ce type de cruche aux décors gravés, qui était principalement utilisés pour servir le cidre (RMC H1964.127, H1990.170, XI.422). Les représentants classiques des céramiques en grès de la fin du 19ème et du 20ème siècle sont les bouteilles cylindriques à anse simple (RMC H1985.203) et les typiques pots à double poignées (RMC H1995.330), qui étaient principalement utilisés pour la conservation des aliments (beurre clarifié, choucroute, confiture, etc.). On les trouve également en dimension miniature pour les maisons de poupées (RMC H1986.449).

Un groupe de céramiques à l’usage complètement différent est représenté par un objet en grès de couleur brune réalisé en cuisson oxydante. Il s’agit d’un barboteur pour la fermentation du vin (Dippold/Zühlcke/Scheja 2008, cat. 191) ; c’est pourquoi le fait que cet objet provient du vignoble de Caluna à Coire n’est pas surprenant.

Les grès avec une glaçure au sel présente l’avantage d’être résistant aux acides et de ne pas dégager d’odeurs. Ces céramiques conviennent donc parfaitement pour un usage en laboratoire et en pharmacie.

Le groupe des récipients et ustensiles en grès pour les pharmacies peuvent être divisés en plusieurs autres catégories selon leurs fonctions : Il existe des bols ou des mortiers (RMC H1999.1421-H1999.1423) pour mélanger ou préparer les médicaments (Dippold/Zühlcke/Scheja 2008, cat. 376), des récipients pour la conservation, des bocaux ou des boîtes à provisions (RMC H2001.391-H2001.393) et des bouteilles (RMC H2001.387, H2001.388), pour certaines avec un bouchon à visser (cf. Dippold/Zühlcke/Scheja 2008, Cat. 131-133). Cependant, la forme la plus courante des céramiques à usage pharmaceutique est certainement les flacons pour les teintures et les pots à pommades, c’est-à-dire des récipients en grès destinés aux patients qui peuvent ainsi revenir à la pharmacie pour les remplir à nouveau après usage. Ils ont généralement un bord recourbé vers l’extérieur de manière à pouvoir y fixer une feuille de papier, un papier huilé ou tout autre type de fermeture (RMC H1972.775, H1972.776, H1985.504, H1999.1416, H2001.378, H2001.382, H2001.383, H2001.385).

Les eaux médicinales des principales sources curatives d’Allemagne et de la République tchèque ont été exportées vers la Suisse aux 18ème et 19ème siècle. Les bouteilles dans lesquelles elles étaient transportées représentent les premiers articles de consommation jetables.

La collection du Musée ne contient que quatre exemplaires appartenant à la catégorie des bouteilles d’eau médicinales du 19ème siècle. Deux bouteilles (RMC H1985.204, H1968.285) ont été remplies avec l’eau du leader du marché de cette époque, la compagnie SELTERS en Allemagne (Heege 2009, 62-64, fig. 70,11.12). En revanche, deux autres bouteilles contenaient de l’eau amère de Bylany u Mostu (en allemand : Püllna), district de Most, dans l’actuelle République tchèque, à une trentaine de km au sud-est de la frontière allemande, qui était consommée pour ses vertus laxatives (Heege 2009, 69-71).

Les porcelaines dans la collection du Musée

Le groupe des porcelaines comprend 183 objets. La composition et les provenances des porcelaines de ce groupe sont plutôt inhomogènes. On ne peut que se focaliser sur quelques aspects de la collection tels que la pharmacie, le tourisme, les confiseurs ou les importantes familles des Grisons, qui, seuls, peuvent être identifiés. Contrairement à la faïence, il n’existe pas dans la collection du Musée de services de table remarquables issus de la production européenne.

Bols à thé japonais, 19ème siècle.

Les objets asiatiques semblent être arrivés dans la collection plutôt par hasard, comme, par exemple, un service à thé que Conradin Josti de Magdebourg, capitale du Land allemand de Saxe-Anhalt, a donné au musée en 1877 (RMC H1970.164). Il convient également de mentionner les deux ensembles ci-dessus de bols à thé japonais (RMC H1970.159a-f, RMC H1970.160a-f).

Porcelaine de Thuringe, fin du 18ème et 19ème siècle.

Parmi les arts de la table européens, les produits suisses du 18ème siècle, par exemple ceux des manufactures de Kilchberg-Schooren ou de Nyon, sont complètement absents. Quelques pièces de porcelaine de la fin du 18ème ou du début du 19ème siècle proviennent de la production allemande de Thuringe (RMC H1971.1087, H1971.1089, H1972.799).

Vases ornementaux en porcelaine avec des vues des Grisons :  1. Vue du Crap da Bravuogn (en allemand Bergünerstein, passage routier creusé dans la roche entre Filisur et Bergün en 1696, qui constitue maintenant une partie de la route du col de l’Albula culminant à 2 312m, état avant son expansion datant de 1855-57) ; l’inscription sur le vase est en français : « Défilé de Stein ». 2. Vue de Tiefencastel (église Saint-Etienne avec son cimetière et le pont de pierre sur l’Albula) ; l’inscription sur le vase est en français : « Village de Tiefenkasten » (d’après une gravure d’Edouard Henri Théophile Pingret, 1788-1875, tirée de l’ouvrage intitulé, en français, « Promenade sur le Lac de Wallenstadt et dans le pays des Grisons », 3ème livraison, planche 22,  Paris 1827).

 

Deux vases très minutieusement peints, probablement une production française (RMC H1991.484, H1991.485), une tasse et une soucoupe en porcelaine, probablement russes, mais d’après des modèles français (RMC H1993.56) et une tasse Biedermeier avec une vue du village de Malans, district de Landquart (RMC H2001.611), sortent quelque peu de l’ordinaire.

Service à café Biedermeier ; sur la tasse : peinture en camaïeu brun sur sa face avant montrant un tableau et la légende suivante : « Was ist der Menschen Loos auf Erden – Quel est le sort de l’homme sur terre », sur la sous-tasse : un tableau également en camaïeu brun avec la réponse à cette question : « endstehen und zerstört werden – en finir et être détruit ».

Dans cette veine, la collection comprend aussi six tasses et leurs sous-tasses décorées de dictons, qui étaient entre les mains de la famille von Planta au château épiscopal de Fürstenau à Domleschg (RMC H1998.37-H1998.42), et qui s’inscrivent parfaitement dans les préférences stylistiques et les motifs de l’époque Biedermeier.

Service en porcelaine de la société Carl Tielsch & Co de Waldenburg-Altwasser, en Silésie (aujourd’hui en Pologne, voïvodie de Basse-Silésie, Stary Zdrój), vers 1875-1900.

Les deuxième et troisième tiers du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, respectivement, sont illustrés par les parties qui ont subsisté de quatre services de table. Un de ces services, sans marque, avec, pour unique décor des bords dorés, vient peut-être d’Allemagne (RMC H1997.920-923), un autre provient de la manufacture de porcelaine Carl Tielsch & Co de Waldenburg-Altwasser, en Silésie (Stary Zdrój, aujourd’hui en Pologne à 150 km de la frontière allemande et à une quarantaine de km de la frontière tchèque, voïvodie de Basse-Silésie). Il date d’environ 1875-1900 (RMC H1988.442.a-s). Le troisième est originaire de la même région, mais a été fabriqué dans la Manufacture de porcelaine Hermann Ohme (1882-1930) à Niedersalzbrunn (aujourd’hui en Pologne, Szczawienko, à 5 km de Stary Zdrój) vers 1920-1930 (RMC H2013a-t). Le quatrième vient de France, Manufacture de porcelaine Adolphe Hache & Cie (1845-1931), à Mehun-sur-Yevre (arrondissement de Vierzon dans le Cher). Il a été produit vers 1900-1920 (RMC H1988.597a-u).

Tasses offertes en cadeau, un usage typique de la fin du 19ème siècle. On y lit, de gauche à droite « Ich gratuliere – Félicitations », « Zur Errinnerung – Avec mes meilleures pensées » et « Zum Andenken – Avec mon bon souvenir ».

Aux produits en porcelaine de Silésie, qui démontrent l’importance internationale de l’industrie allemande de la porcelaine à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, s’ajoutent diverses autres pièces isolées, le plus souvent des tasses (par exemple RMC H1961.688-H1961.691, H1970.152, H1993.764, H1998.493-H1998.496), auxquelles peuvent s’adjoindre quelques pièces produites en Bohême (RMC H1990.176). La collection de porcelaine de la Manufacture de Langenthal, canton de Berne (après 1906) est faible (RMC H1997.887, H2014.534a).

Pièces de service du Grand Hôtel Suisse, Plaza de las Tendillas, Cordoue, Espagne, avant 1936.

Le Musée abrite une petite collection, mais particulièrement significative, de « porcelaines de confiseurs » provenant du Grand Hôtel Suisse, Plaza de las Tendillas, à Cordoue, Espagne (RMC H2010.115-H2010.118, H2010.120, H2010.121). L’Hôtel et la Pâtisserie ont été fondés par les trois frères Putzi du village de Luzein,  district de Prättigau/Davos (Nicolaus, 1829- ?, Silvester, 1823-1902 et Jann Ambrosi, 1827-1896). L’Hôtel a existé de 1860 à 1924, date de sa démolition. Depuis 1909, la société s’appelle « Hermanos Puzini – Les frères Puzini » (Ambrosi Guillermo, 1878-1955 et Thomas Michel, 1973-1948). En 1936, la famille est retournée en Suisse à cause de la guerre civile espagnole.

La collection du Musée rhétique comprend aussi, comme c’est souvent le cas dans les musées régionaux, de la vaisselle des débuts de l’hôtellerie et de la gastronomie grisonnes, qui portent les libellés des Hôtels et leurs motifs tels qu’ils étaient demandés aux grossistes en céramiques et des arts de la table de leurs régions : on y trouve, pour le « Kurhaus Tarasp – Hôtel de cures de Tarasp, aujourd’hui définitivement fermé » – Kaiser, Lüthie & Cie de Samedan, RCM H1983.52; pour le « Waldhaus Arosa » – Killias & Hemmi à Coire, RCM H1990.263e, ainsi que Marsöl – Mahler & Cie à Coire, RCM H2005.13a ou Killias & Hemmi à Coire et à Davos, RMC H2005.13b ; et pour « l’Hôtel Adler » à Reichenau – Mahler & Cie à Coire, RMC H2017.272a).

Tasse du double jubilé pour marquer le 100ème anniversaire de la fondation de la société Mahler & Cie à Coire.

Le grossiste en « verres et porcelaines » Mahler & Cie de Coire mérite une attention particulière, car il est également représenté dans la collection par une tasse spécialement produite pour le 100ème anniversaire de la fondation de la Firme (RMC H2012.116).

Vase souvenir, typique d’une époque se situant avant 1914.

Il n’est pas surprenant que cette Firme de gros ait également été impliquée dans la production ou la fourniture des premiers articles touristiques avec des décors coloriés à la main ou en impression polychrome (RMC H1984.41). Le Musée possède une petite sélection de ces souvenirs, qui étaient particulièrement populaires à la fin du 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle (CMR H1985.106, H1993.760, H1993.762, H1993.765, H2000.552, H2000.553, H2000.570, H2002.419).

Toutes les autres catégories de porcelaine ne sont représentées que par une  petite quantité d’objets, qu’il s’agisse de manches de couverts en porcelaine (RMC H1972.313-RMC H1972.316) ou d’objets relatifs à l’hygiène ou à la santé au sens large (pots de chambre : H1972.1393, H2014.338 ; canards de malade : RMC H1991.420, H1998.49, H2000.382 ; cuillères à médicaments : H2000.383 ; piluliers et boîtes à savon qui ne peuvent pas être différenciées sur la base de leur forme, c’est-à-dire typologiquement, des tabatières à priser: RMC H1970.161, H1988.593, H1998.46, H1998.47, H1998.60, H1998.61).

Cette carafe française pour la préparation d’eaux minérales non naturellement gazéifiées appartient également à cette catégorie d’objets relatifs à l’hygiène ou à la santé au sens large (Ici « Appareil de Lhote » : RMC H1972.724, H1989.305).

Pots en porcelaine – récipients pour la distribution de produits pharmaceutiques – pots à pommade, Pharmacie Saint-Martin, Coire.

Les objets en porcelaine pour la pharmacie sont peu nombreux et récents. Cette catégorie se compose principalement de mortiers et de pilons (RMC H1989.645, H1989.646, H1989.648, H2014. 321), de pots de pharmacie et de récipients pour la distribution de produits pharmaceutiques (pots à pommade) (RMC H1976.395, 1976.396, H1980.91, H1980.92, H1989.803, H1989.804, H1989.806, H1989.838a). Ils n’ont de valeur historico-culturelle que par leur provenance locale.

Pipe dédiée à la Fraternité estudiantine (Pipe de « Burschenschaft – qui est une forme de société d’étudiants dans les pays germaniques, baptisée en référence à la « Urburschenschaft – Burschenschaft originelle », célèbre société d’étudiants créée le 12 juin 1815 à l’Université allemande d’Iéna, en Thuringe) avec un faisceau de licteur supportant le fameux chapeau de Guillaume Tell, symbole suprême de l’helvétisme, coiffé de 3 plumes aux couleur de la Fraternité, et surmonté du cri de ralliement : « Helvetia sei’s Panier- Qu’Helvetia soit ma bannière » ; le symbole est souligné par les armoiries de la Suisse, flanquées des deux drapeaux de la Fraternité, or-blanc-rouge, et entourées de la devise  « DULCE ET DECORUM EST PRO PATRIA MORI –  Il est doux et honorable de mourir pour sa patrie » tirée d’une strophe d’un poème d’Horace, les Odes, III.2.13 ; en-dessous, on trouve le monogramme de la Fraternité, en lettres accolées (Corps Helvetia IV de Heidelberg, 1859-1862 – De la fin du Moyen Âge jusqu’à la fondation de l’Université de Zurich (1833) et de l’Université de Berne (1834), la seule université de Suisse alémanique était l’Université de Bâle, fondée en 1460. En conséquence, de nombreux ressortissants suisses ont étudié dans des universités allemandes jusqu’au milieu du 19ème siècle. Avec l’avènement des sociétés d’étudiants dans les universités allemandes, les étudiants suisses se sont regroupés au sein de leur propre société, auquel ils ont donné le nom de Corps Helvetia) ; au dos de la pipe, la dédicace du donneur « H. Plattner whml (difficile à lire, peut-être en fait sm l pour « seinem lieben – à son cher » J.U.  v. (von) Rascher, Carlsruhe 1862 ».

Dans cette catégorie des pipes à tabac en porcelaine, on y retrouve les deux thèmes classiques des « Studentica – Les Studentica sont des objets qui appartiennent aux coutumes traditionnelles des étudiants » (CMR H2004.3, XIII.447) et des « Militaria – Les Militaria sont, pour les collectionneurs, des objets témoignant de l’activité militaire » (CMR XIII.461) représentés dans la collection du Musée par trois très beaux objets.

Manufacture de porcelaine de Nymphenburg, Munich, Etat libre de Bavière, Allemagne, « Officier du Régiment Sprecher au Service de l’Autriche entre 1743 et 1749 », 1930-1940.

Enfin, il convient de mentionner quelques figurines en porcelaine. En 1877, Conradin Josti (Jousch- 1808-1887) de Magdebourg a fait don au musée de deux figurines en porcelaine dans le style de l’historicisme. Malheureusement, elles ne sont pas marquées et le lieu de fabrication reste inconnu (CMR H1971.1120, H1971.1121). Il a également fait don d’une figurine féminine produite à Meissen (CMR H1970.157). Trois autres figurines de Meissen appartenaient à l’origine à la famille von Planta, lorsqu’ils habitaient le château épiscopal de Fürstenau à Domleschg (CMR H1988.43-H1988.45). Une figurine de soldat (image ci-dessus) créée vers 1930-1940 à la Manufacture de porcelaine de Nymphenburg, Munich, Etat libre de Bavière, Allemagne, porte au dos l’inscription en français « Service d’Autriche Officier du Régiment de Sprecher 1743-1749 », mais l’authenticité historique des détails de l’uniforme n’est pas garantie (RMC H1998.1069).

Vaisselle en porcelaine pour une maison de poupée, début du 20ème siècle.

La céramique du monde des adultes se reflète aussi dans la manière de concevoir la céramique pour le monde des enfants. La collection du Musée comprend divers objets miniatures pour la table en terre cuite, faïence fine, grès et porcelaine, conçus pour les maisons de poupées. Ils ont été produits dans la seconde moitié du 19ème et au début du 20ème siècle (par exemple, RMC H1971.3-16, H1981.656-H1981.658, H1981.665-H1981.675, H1985.357, H1986.431-H1986.433, H1986.442-H1986.447, H1986.449, H1986.453-456-461-462, H1990.433, H2014.632).

Remerciements

Un grand merci à Peter Michael-Caflisch d’Arezen, district de la Surselva, écrivain, spécialiste de l’émigration de Schams, communauté de vallée grisonnes, pour les informations généalogiques et à Andrea Kauer Loens, directrice du Musée rhétique de Coire, ainsi qu’à son équipe, qui ont soutenu mes recherches dans les règles de l’art.

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie :

Bastian 2003
Jacques Bastian, Strasbourg, faïences et porcelaines: 1721-1784, Strasbourg 2003.

Bauer/Wiegel 2004
Ingolf Bauer/Bert Wiegel, Hafnergeschirr aus Franken (Kataloge des Bayerischen Nationalmuseums München 15,2), München 2004.

Benadretti-Pellard 2009
Sandra Benadretti-Pellard, Les Massier – côté cour, côté jardin : Musée Magnelli, Musée de la Céramique de Vallauris du 4 juillet au 2 novembre 2009, Musée Magnelli (Vallauris) (Hrsg.), Mailand 2009.

Biehn 1959
Heinz Biehn, Die fürstbischöflich wormsische « Fayencemanufaktur » zu Dirmstein, in: Keramos 6, 1959, 3-6.

Bösch 2003
Franz Bösch, Zürcher Porzellanmanufaktur 1763-1790, Porzellan und Fayence, Bd. 1 und 2, Zürich 2003.

Bolender 1987
Charles J. Bolender, Faïences imprimées de Sarreguemines et Légende napoléonienne, in: Les Cahiers Lorraine 1, 1987, 91-123.

Brunold-Bigler 1985
Ursula Brunold-Bigler, « Trukhs in die Mödel »: Bemerkungen zur Gebäckmodelsammlung des Rätischen Museums, in: Jahrbuch der Historisch-Antiquarischen Gesellschaft von Graubünden 115, 1985, 43-66.

Casutt 2006
Marcus Casutt, Das Engadiner Museum wird 100. Der Heimatschutz, das Engadiner Haus und die Erfindung des Heimatstils, in: Bündner Monatsblatt: Zeitschrift für Bündner Geschichte, Landeskunde und Baukultur, 2006, Heft 2, 176-189.

Clément 2000
Alain Clément, La Potterie de Ferney, Yens-sur-Morges 2000.

Cserey 2000
Eva Cserey, Altdeutsche Kunstöfen von Theodor Lunz und der Firma C.W. Fleischmann, in: Uwe Mämpel/Werner Endres, Der keramische Brand (Veröffentlichungen des Arbeitskreises für Keramikforschung 1), Höhr-Grenzhausen 2000, 159-164.

Cserey 2011
Eva Cserey, C.W. Fleischmann – ein Kapitel aus der Firmengeschichte, in: Keramos 211-212, 2011, 21-54.

Dippold/Zühlcke/Scheja 2008
Christine Dippold/Sabine Zühlcke/Dagmar Scheja, Westerwälder Gebrauchsgeschirr von der Mitte des 19. Jahrhunderts bis in die 1960er Jahre. Teil 1: Texte und Firmenverzeichnis. Teil 2: Katalog der Gefässe und Nachdrucke ausgewählter Warenverzeichnisse, Nürnberg 2008.

Ducret 2007
Peter Ducret, Bedrucktes Steingut aus der Manufaktur Scheller in Kilchberg, in: Keramik-Freunde der Schweiz, Mitteilungsblatt Nr. 119/120, 2007.

Erb 1972
Hans Erb, Das Rätische Museum in Chur 1872-1972 (Schriftenreihe des Rätischen Museums Chur 12), 1972.

Ernewein/Dietrich-Schneider 2006
Jean-Louis Ernewein/Caroline Dietrich-Schneider, La poterie de grès au sel, Haguenau 2006.

Faviere/Klein 1978
Jean Faviere/Georges Klein, Grès traditionnels d’ Alsace et d’ailleurs. Katalog zur Ausstellung, Strasbourg 1978.

Forest/Lacquemant 2000
Dominique Forest/Karine Lacquemant, Massier – l’introduction de la céramique artistique sur la Côte d’Azur : 7 mai – 27 septembre 2000, Musée Magnelli, musée de la céramique, Vallauris, Paris 2000.

Griffin 2005
John D. Griffin, The Leeds Pottery, 1770-1881. To which is Appended an Illustrated Account of the Work of the Revivalists, J. & G.W. Senior and J.T. Morton, 1880s to c. 1950, Leeds 2005.

Bündner Geschichte  2000
Verein für Bündner Kulturforschung (Hrsg.), Handbuch der Bündner Geschichte, Band 3: 19. und 20. Jahrhundert, Chur 2000.

Heege 2009
Andreas Heege, Steinzeug in der Schweiz (14.–20. Jh.). Ein Überblick über die Funde im Kanton Bern und den Stand der Forschung zu deutschem, französischem und englischem Steinzeug in der Schweiz, Bern 2009.

Heege 2013
Andreas Heege, Keramik im Elsass: Frühes Steinzeug, Steinzeug „Westerwälder Art“ und Irdenwaren mit Malhorndekor, in: Harald  Siebenmorgen, Blick nach Westen. Keramik in Baden und im Elsass. . 45. Internationales Symposium Keramikforschung Badisches Landesmuseum Karlsruhe 24.8.-28.9.2012, Karlsruhe 2013, 73-97.

Heinl 1982
Rudolf Heinl, Kunsttöpfer Karl Fischer. Ein bedeutender Oberpfälzer Handwerksmeister und Erfinder (Beiträge zur Geschichte und Landeskunde der Oberpfalz 22), Sulzbach-Rosenberg 1982.

Heinl 1984
Rudolf Heinl, Die Kunsttöpferfamilie Fischer aus Sulzbach (Sulzbach-Rosenberger Heimatkundliche Arbeiten 3), Sulzbach-Rosenberg 1984.

Jarosch 2005
Walter Jarosch, Keramik aus Dirmstein. Die « kurfürstlich-mainzische Ofen-, Steingut- und Fayencefabrique » 1774-1788, in: Michael Martin, Dirmstein – Adel, Bauern und Bürger. Chronik der Gemeinde Dirmstein. Selbstverlag der Stiftung zur Förderung der pfälzischen Geschichtsforschung Neustadt an der Weinstraße 2005, 481-497.

Kauer Loens 2016
Andrea Kauer Loens, Planta als Gründer des Rätischen Museums, in: Florian Hitz, Peter Conradin von Planta (1815-1902). Graubünden im 19. Jahrhundert, Chur 2016, 168-177.

Klinge 1979
Ekkart Klinge, Steinzeug, in: Ilse  Baer, Glas + Steinzeug, Original, Kopie oder Fälschung, Hannover 1979, 92-119.

Manatschal-Weber 1973
Emilie Manatschal-Weber, Die Frau Cathrina, in: Bündner Jahrbuch : Zeitschrift für Kunst, Kultur und Geschichte Graubündens 15, 1973, 5-20.

Metzger 1986
Ingrid R. Metzger, Das Rätische Museum in Chur, seine Geschichte und seine Sammlungen sowie Bündner Kunsthandwerk, in, Raetisches Museum Chur – Ein Führer durch die Ausstellung (Schriftenreihe des Rätischen Museums Chur 33), Chur 1986, 3, 69.

Otto 1892
Fr. Otto, Grabschrift des Gustav Ernst von Seydlitz, in: Annalen des Vereins für Nassauische Altertumskunde und Geschichtsforschung 24, 1892, 248-253.

Peter-Müller/Bastian 1986
Irmgard Peter-Müller/Jacques Bastian, Strassburger Keramik. Historisches Museum Basel Sammlungskatalog, Basel 1986.

Reineking von Bock 1970
Gisela Reineking von Bock, Steinzeug – Nachahmung, Nachbildung oder Fälschung, in: Keramos 49, 1970, 3-66

Ribbert 2018
Margret Ribbert, Wildsau und Kopfsalat. Strassburger Fayencen des 18. Jahrhunderts in Basel, Basel 2018.

Salsi 2002
Claudio Salsi, Museo d’Arti Applicate – Le ceramiche, Tomo terzo, Milano 2002.

Schmitter 1965
Marcel Schmitter, La poterie de grès d´Alsace, in: Artisans et ouvries d´Alsace (Publications de la Société d´Alsace et des régions de L´Est IX), Strasbourg 1965, 325-334.

Schmitter 1982
Marcel Schmitter, Die elsässischen Steinzeugtöpfer, in: Rheinisches Jahrbuch für Volkskunde 24, 1982, 37-64.

Schnyder 1979
Rudolf Schnyder, Bündner Keramik-, Glas und Lavezsteingewerbe, in: Hans Erb, Das Rätische Museum, ein Spiegel von Bündens Kultur und Geschichte, Chur 1979, 328-347.

Selheim 1996
Claudia Selheim, Ein Ofen aus dem Museum für das Museum. Die Geschichte eines Objektes, in: Museum der Stadt Miltenberg, Beiträge zur Wiedereröffnung am 26. April 1996 (Schriften des Museums der Stadt Miltenberg 1), 1996, 56-62.

Simonett 1974
Christoph Simonett, Peter Lötscher, der Gründer der Töpferei in St. Antönien, in: Bündner Monatsblatt. Zeitschrift für bündnerische Geschichte, Heimat- und Volkskunde, 1974, Heft Heft 3/4, 81-103.

Sprecher 1935
Barbara von Sprecher, Erinnerungen an Fräulein Anna von Planta, in: Bündnerisches Monatsblatt, 1935, 289-299.

Sprecher von Bernegg 1847
Anton Herkules  Sprecher von Bernegg, Sammlung rhätischer Geschlechter, Bd. 1, Chur 1847.

Tolson/Gerth/Cunningham Dobson 2008
Hawk  Tolson/Ellen  Gerth/Neil  Cunningham Dobson, Ceramics from the « Blue China » Wreck, in: Ceramics in America, 2008, 162-183.

Widmer/Stäheli 1999
Hans Peter Widmer/Cornelia Stäheli, Schaffhauser Tonmodel. Kleinkunst aus der Bossierer-Werkstatt Stüdlin in Lohn, Schaffhausen 1999.

Zais 1895
Ernst Zais, Die bischöflich Wormsische Faiencefabrik zu Dirmstein, München 1895.