Heimberg-Steffisbourg, Desa, poterie d‘art (1916-1952)

Annonce publicitaire de 1922 (Archives de la ville de Thoune).

On y lit : Poterie d’art de Steffisbourg-Gare ; Précédemment K. Loder-Eyer ; Responsable : Desalmand & Speckert, Bienne-Mâche ; Fabrication de poteries de toutes sortes ; Vases, cache-pots, jardinières, etc.

Andreas Heege, Andreas Kistler 2020

Céramiques Desa dans CERAMICA CH

Le nom de l’entreprise Desa (ou DESA) est dérivé du nom de la famille Desalmand, qui sont des commerçants biennois. Le magasin et la firme Desa ont été présents de 1916 à 1952 à la Bernstrasse (Rue de Berne) 167 à Steffisbourg, canton de Berne. A côté des successeurs de la manufacture de Johann Wanzenried (Loder/Schweizer et Adolf Schweizer), Desa fut l’une des plus importantes entreprises de céramique de la région de Heimberg-Steffisbourg. La gamme des produits de l’entreprise n’a pas été examinée de manière complète à ce jour.

Le 11 mai 1915, le potier de Steffisbourg Karl Loder-Eyer (1871-1915) décède dans la poterie située à l’Alte Bernstrasse (Vieille-Rue de Berne) 167 à Steffisbourg. Sans enfant, il avait fait quelques trois ans avant sa mort (le 22.12.1911) ses trois neveux Emil Hermann Loder (1890-1971), Ernst Robert Loder (1891-1969) et Walter Loder (1882-1930) les légataires à la fois de son entreprise et d’une autre propriété sise à l’Alte Bernstrasse 171 (voir l’arbre généalogique des Loder ; « Hafner » = potier).  En 1911, Walter Loder était employé par Karl Loder-Eyer comme ouvrier agricole et valet de ferme, Emil Loder comme peintre en céramique et Robert Loder travaillait à l’époque comme installateur de poêles à Wimmis, dans le Bas-Simmental, canton de Berne, à quelques 15 km de Steffisbourg (archives M. Loder, Ebikon, canton de Lucerne). Le testament, ouvert le 20 mai 1915, a été déclaré valide par le Conseil municipal de Steffisbourg le 20 novembre 1915, car « aucune objection n’avait été soulevée à son encontre » (archives M. Loder, Ebikon). Le 12 novembre 1915 déjà, les héritiers avaient convenu contractuellement avec la veuve de Karl, Anna Loder-Eyer, de lui acheter l’ensemble des propriétés et de lui verser ses parts lors du partage définitif de la succession (GB ThunBel. I 2880, 2881). Le 28 décembre 1915, la radiation de la société « Kunsttöpferei Karl Loder-Eyer – Poterie d’art Karl Loder-Eyer » apparaît dans la Feuille officielle suisse du commerce (FOSC 33, 1915, 1763). Après la vente de la poterie (GB Thun Bel. I, 4118), la société « Kunsttöpferei Steffisburg vormals Karl Loder-Eyer – Poterie d’art de Steffisbourg, précédemment Karl Loder-Eyer » apparaît en tant que nouvelle Coopérative dans la Feuille officielle suisse du commerce du 18 janvier 1916 (FOSC 34, 1916, 91). L’objectif de la Coopérative est énoncé comme suit : « …préservation et promotion de la poterie d’art locale… ». Pour atteindre ces objectifs, il est précisé, entre autres, que la Coopérative assurera « …a. La reprise et la poursuite de l’activité de la poterie de Steffisbourg-Gare, alors exploitée par Karl Loder-Eyer lui-même de son vivant ; b. La fabrication et la vente de poteries de toutes sortes, en particulier de la majolique dite de Heimberg… ». Les statuts de la Coopérative avaient déjà été rédigés le 13 septembre 1915. Toute personne ayant acheté des parts sociales pour un montant de 500 francs pouvait devenir membre de la Coopérative. Les organes de la Coopérative étaient l’Assemblée générale, un Conseil d’administration de trois à cinq membres, élus pour trois ans, et un Organe de contrôle. Le Conseil de Fondation était composé comme suit : « Oskar Christener de Bowil et Zäziwil (deux districts de Konolfingen, comme Steffisbourg), commerçant à Berne, président ; Gustav Speckert de Full (canton d’Argovie), commerçant à Bienne, vice-président ; Werner Schüpbach, maire de Steffisbourg, secrétaire ; Emil Desalmand de Genève, commerçant à Bienne ; Georg Sibler de Zurich, commerçant à Zurich. Les locaux commerciaux étaient situés dans la Bernstrasse à Steffisbourg-Gare. La fondation de la société est également mentionnée à peu près à la même époque dans l’Oberländer Tagblatt (Volume 40, n° 17, 21 janvier 1916), dans le Geschäftsblatt für den oberen Teil des Kantons (Volume 63, n° 10, 24 janvier 1916), dans la Neue Zürcher Zeitung (NZZ 20 janvier 1916) et dans la Keramische Rundschau (Volume 24, n° 5, 1916, 32).

Sur la base des informations ci-dessus, il est donc probable que l’activité de la poterie de Karl Loder-Eyer ait continué après son décès. Le premier responsable technique était Adolf Schweizer (1893-1967, voir la nécrologie d’Adolf Schweizer dans le Thuner Tagblatt – Journal de Thoune 91, numéro 288 du 8 décembre 1967), qui venait de terminer ses études à l’Ecole de céramique de Berne. Cependant, on ne sait pas exactement qui a conçu les nouveaux décors, qui y a travaillé comme tourneur ou encore quels étaient les peintres sur céramique.

La gamme exacte de la production est inconnue, mais les grands musées ou les collections privées, comme le musée du château de Thoune, contiennent presque exclusivement des céramiques bernoises de « style Art nouveau et Art déco » qui peuvent être facilement reliées stylistiquement aux produits antérieurs de Karl Loder-Eyer. On peut donc supposer que les peintres et potiers alors employés par Karl Loder-Eyer ont continué à être employés par ses successeurs.

La plus ancienne information sur Desa après sa création date de 1918, lorsque l’Oberländer Tagblatt (42, n° 102, 3 mai 1918) rapporte que la poterie d’art de Steffisburg avait exposé avec succès en tant qu’entreprise de l’Oberland bernois lors de la première « Mustermesse – Foire suisse d’échantillons » à Bâle (MUBA). La firme Desa sera représentée à la Foire suisse aux échantillons chaque année jusqu’en 1941. Sa fidélité et sa présence ont été expressément reconnues lors de sa 25e participation en 1941 par des félicitations parues dans La Feuille officielle suisse du commerce (28 avril 1941, FOSC 59, n° 98, 824).

Annonce dans la Feuille officielle suisse du commerce du 28 avril 1941.
On y lit : « 25 ans de Foire suisse d’échantillons ! Poterie d’art Desa SA de Steffisbourg ; Céramiques d’art, matériels pour le ménage et articles publicitaires ».

La nomination de l’officier d’artillerie Joseph Desalmand (1894-1980, hommage à l’occasion de son 80e anniversaire, Thuner Tagblatt 98, n° 221, 21 septembre 1974 ; nécrologie Thuner Tagblatt 104, n° 220, 19 septembre 1980) comme directeur général de la Coopérative avec procuration unique le 19 novembre 1919 (FOSC 37, n° 267, 1954) constitue une étape organisationnelle décisive pour la compagnie.

En octobre 1921, un reportage photo a été publié dans la Schweizer Illustrierte Zeitung (Journal suisse illustré ; ce reportage est mentionné dans le Oberländer Tagblatt 45, n° 249, 24.10.1921). Ce reportage nous donne une idée de ce qu’était l’atelier et la production au cours de cette année 1921. En plus de d’un Art Nouveau fleuri, on constate que ce bon vieux « motif aux hiboux » de la période de la majolique de Thoune était alors toujours produit.

Schweizer Illustrierte Zeitung – Journal suisse illustré de 1921, images de la Poterie d’art de Steffisbourg, Desa.

En mai 1922, la poterie d’art de Steffisbourg cherche une « femme agile » pour le moulage (Oberländer Tagblatt 46, n° 111, 13.5.1922), qui gagnait apparemment en importance par rapport aux marchandises façonnées au tour. Une publicité de 1922 dans le catalogue de la « Handwerk, Gewerbe- und Industrieausstellung Thun und Umgebung – Salon de l’artisanat, du commerce et de l’industrie de Thoune et des environs » qui s’est tenu du 29 juillet au 13 août 1922 (document original conservé à la bibliothèque de la ville de Thoune) mentionne comme activité de la société la « Fabrication de poteries artistiques de toutes sortes tels que vases, cache-pots, jardinières etc. » et montre un vase joliment décoré dans un pure transition stylistique de l’Art nouveau vers l’Art Déco, plus géométrique. En 1924, la poterie de Steffisbourg était présente, avec les ateliers de poterie Wächter-Reusser, Feldmeilen, Bodmer & Cie de Zurich (représentées par les céramistes Luise Strasser et Berta Tappolet) et Meister & Co., de Dübendorf, à l’exposition de céramiques du Musée des arts appliqués de Zurich (NZZ 27.7.1924).

Le 31 décembre 1926, l’Assemblée générale révise les statuts de la coopérative et modifie fondamentalement la structure du capital (FOSC 45, n° 222, 1693, 21/9/227). Le nom est changé en « Kunsttöpferei Desa Steffisburg-Station, vormals Loder-Eyer – Poterie d’art Desa de Steffisbourg-Gare, précédemment Loder-Eyer ». L’objectif de la coopérative est « …de pratiquer toute activité commerciale et artistique liée à la poterie d’art… La coopérative nomme un directeur qui peut également être président du Conseil d’administration. Le directeur est seul habilité à signer pour la Coopérative ». Le nouveau directeur/président est l’ancien directeur Joseph Desalmand. Les anciens membres du Conseil d’administration Christener, Speckert, Schüpbach, Emil Desalmand et Sibler ont pris leur retraite. Léon Desalmand, commerçant à Bienne-Mâche (10.7.1899-22.4.1967, président du conseil municipal de Bienne 1946/1947, conseiller municipal PCS – Parti Chrétien Social) et Cécile Desalmand, également de Bienne-Mâche, sont élus vice-président et secrétaire. L’entreprise était donc apparemment fermement entre les mains de la famille Desalmand. On trouve dans « l’Annuaire officiel de la ville de Thoune et de ses environs »  de 1927 (n° 258) le nouveau nom dans la publicité reproduite ci-dessous.

Publicité pour la Poterie d’art Desa de Steffisbourg-Gare.
On y lit : 1926 Hanny Nencki ; 1927 d’après un dessin d’Edmond Bille, Sierre, le célèbre peintre valaisan. Assiette de Noël conçue chaque année par des artistes suisses. Un « bijou » céramique d’une valeur artistique dont aucun amateur d’art ne devrait se passer. Disponible dans tous les magasins de porcelaine et d’art ou à la Poterie d’art Desa de Steffisbourg-Gare.

1926 et 1927 ont probablement été les premières années pendant lesquelles la Poterie d’art Desa a produit sa série d’assiettes de Noël au design artistique. L’assiette de l’année 1926 a été conçue par le céramiste Hanny Krebs Nencki (1903-1986), l’assiette de l’année 1927 par l’artiste sierrois Edmond Bille (1878-1959). On ne sait pas si cette série a été un succès et s’il y a eu d’autres artistes par la suite. On n’a trouvé aucun original à ce jour.

En 1928, la Poterie d’art Desa était présente à la MUBA (Foire suisse d’échantillons) avec son propre stand aux côtés d’Adolf Schweizer de Steffisbourg, qui à cette époque et depuis quatre ans dirigeait seul l’ancienne usine de Johann Wanzenried (Oberländer Tagblatt 52, n° 92, 30 avril 1928). La Poterie d’art Desa a également participé à une exposition pour la « Schweizer-Woche – Semaine suisse » (une semaine de campagne publicitaire dédiée à la promotion des œuvres suisses ; active depuis 1917) qui s’est déroulée à l’Hôtel Freienhof de Thoune en 1929 (Oberländer Tagblatt 53, No. 252, 28.10.1929).

Dans la publication éditée pour le 25ème anniversaire de l’Ecole de céramique de Berne (Haller 1930), la « Poterie d’art J. Desalmand à Steffisbourg » fait la publicité pour toutes sortes de vases à fleurs. En 1932, la Poterie d’art Desa fait breveter un humidificateur sous le numéro 50182 (FOSC 50, n° 274, 2724).

Le 10 février 1933, la Coopérative est transformée en Société anonyme et prend le nom de « Kunsttöpferei Desa Aktiengesellschaft – Poterie d’art Desa Société anonyme » avec reprise de l’actif et du passif. Le capital social de la société s’élève à 200 000 francs sous la forme de 400 actions nominatives de 500 francs chacune. Un conseil d’administration est nommé, dont Emil Desalmand de Bienne fait également partie ; Joseph Desalmand en reste le directeur et l’administrateur (FOSC 51, n° 93, 972-973). L’ancienne Coopérative est alors dissoute (FOSC 53, n° 226, 2406). Le 30 novembre 1935, le capital de la société est réduit à 112 000 francs (FOSCC 54, n° 13, 126).

En tant qu’officier d’artillerie de l’armée suisse, Joseph Desalmand était membre de la Société des Officiers de Thoune, canton de Berne. Il n’est donc pas étonnant que la Société des officiers de la ville de Berne ait fait don de quatre « vases Desa » pour les tireurs d’élite primés lors de la Fête fédérale de tir à Fribourg en 1934 (Die Berner Woche 1934, n° 29, 467).

La « Steffa 1936 » (Exposition de Steffisbourg pour le commerce et l’industrie) a eu lieu du 25 juillet au 9 août 1936. Le dernier jour de l’exposition, l’Oberländer Tagblatt (Volume 60, n° 179, 3 août 1936) rapporte : « Tous les visiteurs s’attendaient certainement à une importante présentation de poteries ; et ils en ont eu pour leur argent. Même si toutes les entreprises de poteries (de Steffisbourg) n’ont pas participé à la « Steffa », trois l’ont fait, à savoir la Poterie d’art Desa SA, la céramique d’art Ad. Schweizer et Rob. Hänni. Tout ce que ces étals ont offert n’a été que délices et plaisirs ; chacun avec sa note particulière, ici des couleurs profondes et riches, comme si l’on regardait un ciel d’hiver incroyablement intense sous un soleil de midi radieux, là une imagination des plus artistiques dans ces formes et ces couleurs, et enfin là-bas cette nouvelle faïence fine, moderne mais qui rappelle les produits des temps plus anciens. En tout cas, notre poterie locale a beaucoup appris de la concurrence ; nous avons été obligés de chercher et de suivre nos propres chemins et avons ainsi fait de grands progrès. Nous espérons que ces poteries trouveront de nombreux amateurs ».

Le décor du manège de Thoune en 1937 ; photo des Archives de la Fondation du château de Thoune.

En 1937, le capitaine Joseph Desalmand met son personnel à disposition pour décorer les parois du manège de Thoune avec des peintures murales équestres et militaires (Oberländer Tagblatt 61, n° 256, 2 novembre 1937 ; également mentionné chez Henri Habegger, Die Fresken in der Reitbahn der Alten Pferderegie Thun und der « Besuch der alten Dame » – Les fresques dans le manège et l’ancienne régie des chevaux de Thoune et « La visite de la vielle dame » , Info-Bulletin VSAM – Verein Schweizer Armeemuseum – Association du musée de suisse de l’armée n° 1/ 11, 15-17 ). Les motifs utilisés ont été tirés de ses propres dessins, qui étaient, en fait, destinés à une production d’assiettes murales en céramique, basés sur des modèles de la collection d’Adolf Pochon (depuis 1931 à la Bibliothèque nationale suisseA. Pochon/ A. Zesiger : Schweizer Militär vom Jahr 1700 bis auf die Neuzeit – L’armée suisse de l’an 1700 à l’époque moderne , Berne 1906) et du peintre de chevaux autrichien Ludwig Koch (1866-1934). Après l’achèvement des fresques, des céramiques décorées à l’identique ont également été exposées en 1937dans le magasin de la veuve J.R. Bähler, dans la Hauptgasse – Grand-Rue de Thoune, et vendues comme souvenirs (Oberländer Tagblatt 61, n° 256, 2.11.1937).

Un reportage publié par le journal « Berner Woche – La semaine bernoise » de 1938 (Volume 28, n° 53, 1938, 1378-1383) a été documenté par Walter Schweizer avec des photos illustrant le travail effectué à la Poterie d’art Desa. Ces photos démontrent que DESA était un fabricant de céramique moderne.

Le travail à la Poterie d’art Desa tel que publié dans le journal « Berner Woche – La semaine bernoise » de 1938 (photos Walter Schweizer).

Dans l’atelier, les céramiques étaient tournées, moulée ou librement modelées. Les engobes et les glaçures pouvaient également être appliqués au pistolet.

Les peintres céramistes, en général des femmes, étaient responsables de la décoration, comme on peut le voir dans une brochure contemporaine sur la céramique en Suisse (NN, Quelques industries d’art en Suisse, Lausanne : M. Steiger & Co., sans année de publication, 13)..

On peut se faire une impression encore meilleure de la situation en parcourant un reportage en images publié en juin 1943 dans un numéro spécial de « Berner Woche – La semaine bernoise » sous le titre « Thoune et son développement industriel ».

Le travail à l’usine de la Poterie d’art Desa SA à Steffisbourg. Reportage dans le numéro spécial de « Berner Woche – La semaine bernoise » de juin 1943

On y lit :
Terres cuites
Les entreprises artisanales de la céramique à Heimberg et à Steffisbourg, vielles de plus de 200 ans, ont donné naissance à une industrie moderne. Le résultat et le succès sont le fruit d’un processus de travail réfléchi, mené avec beaucoup d’efforts et d’énergie, dans lequel l’électricité, surtout dans le contexte actuel de la pénurie de charbon, offre la possibilité, en tant que source d’énergie, de produire des produits de qualité et de garder les travailleurs pleinement occupés. D’innombrables et belles faïences, à la forme caractéristique, ont quitté les ateliers de l’entreprise et témoignent par leur qualité de la tradition d’un bon travail effectué dans les ateliers.
Photographies de l’usine de la Poterie d’art Desa SA à Steffisbourg.
De gauche à droite, de haut en bas :
A gauche : L’argile assemblée selon une recette spécifique est broyée pendant huit heures avant d’entrer dans le processus de fabrication
A sa droite : L’argile liquéfiée est coulée dans des moules en plâtre
Tout à droite : Pétrissage (malaxage mécanique) de la matière d’argile
Dans le cercle : Réalisation des moules et des formes en plâtre ; la « quatrième génération » s’intéresse déjà à ce travail important
A gauche : Le travail sur le tour de potier (tour à pied) requiert une habileté extraordinaire.
Au milieu : Les irrégularités et les jointures sont soigneusement lissées
En bas : Par pulvérisation, les objets précuits sont recouverts d’une glaçure colorée, mate ou brillante.
A droite : Décoration de la céramique déjà glaçurée
Au milieu : Précuisson – fabrication du tesson – première cuisson de la marchandise à 1100 degrés
Tout à droite : La belle vaisselle décorée est cuite dans le four électrique pour la 2ème fois

En 1944, la poterie d’art Desa a fabriqué 400 000 tirelires pour la campagne de collecte au profit du Fonds pour l’enfance de la Croix-Rouge suisse.

Reportage sur l’action de la Croix-Rouge dans le Oberländer Tagblatt 68, n° 38 ; 15.2.1944.

On y lit :
Les tirelires arrivent ! Aide à l’enfance de la Croix-Rouge suisse.

Samedi, les dirigeants du comité de travail pour l’aide à l’enfance de la Croix-Rouge et les représentants invités des journaux se sont réunis à Thoune pour discuter de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler : « L’action des tirelires »

À la suite d’une aimable invitation de M. Desalmand, les participants à cette réunion ont été invités à visiter la Poterie d’art « Desa » dans une zone d’activité commerciale de Steffisbourg. Après un accueil chaleureux au Café « Les Tireurs » à la Rue de Berne au cours duquel le directeur de DESA, M. Desalmand a apporté d’intéressantes informations sur le commerce de la céramique, les participants ont été conviés à une promenade dans les salles de l’usine, qui était autrefois exploitée par K. Loder-Eyer. On y a vu comment les argiles indigène et étrangère sont maintenant mélangées et préparées sous forme de rouleaux creux, prêts à l’utilisation. Ensuite, l’argile prend forme sur le tour, en respectant la tradition des anciens, ou est coulée dans des moules. Apparaissent ainsi sous les doigts des artisans potiers des assiettes, des carreaux, des pots, des cruches, des vases et autres ustensiles similaires. La cuisson et l’émaillage sont effectués dans des fours chauffés à l’électricité. Actuellement, tout le monde est occupé à produire des milliers de tirelires, de petites tasses et de petits pots. Au démoulage, les irrégularités de ces jolies choses disparaissent sous les mains féminines des travailleuses de l’usine ou de celles qui exercent cette activité à l’extérieur comme travail à domicile. Après une cuisson dans des fours chauffés à 1000 degrés, ces petits pots reçoivent un insert qui les transforment en tirelires. Enfin, les croix blanche et rouge sont peintes par pulvérisation. Finalement, lors de l’emballage, on ajoute à chaque poignée de ces tirelires un petit fanion pouvant être utilisé pour les suspendre.

Après le déjeuner au restaurant « Le Faucon », le rédacteur en chef Edwin Urnet de Zurich, attaché de presse couvrant « L’action des tirelires », nous a dit que des insignes sous forme de « petites tasses » et des « pots à lait » miniatures seront mis à la vente les 4 et 5 mars et devraient être, si possible, portés par tous à la boutonnière. Ils pourront ensuite servir de tirelires pendant les prochaines semaines et devront être remis aux points de collecte de la Croix-Rouge. L’orateur espère que les Suisses se souviendront des enfants affamés et souffrants dans les zones de guerre et qu’ils rempliront les tirelires. Il recommande aux enfants de faire don d’un certain pourcentage de leurs petits gains et de leurs économies et encourage les familles à mettre en place un tarif de punitions pas trop sévère comme, par exemple, obliger l’enfant à verser une pièce de 5 centimes pour chaque oubli ou une pièce de dix centimes pour chaque juron ou même un demi-franc pour les méfaits les plus graves. Il espère que les journaux soutiendront et encourageront la campagne de la Croix-Rouge par des appels et des articles promotionnels. Avant le discours de M. Urnet, le colonel Remund, médecin de la Croix-Rouge, en tant que Président du comité de travail de l’aide à l’enfance, a donné des informations sur l’aide apportée par la Croix-Rouge au cours des deux dernières années. En 1942, les recettes ont atteint un peu plus de huit millions de francs, tandis que les dépenses se sont élevées à cinq millions de francs. L’année dernière, les recettes sont tombées à 6,4 millions de francs, tandis que les dépenses ont augmenté à environ 8 millions de francs. Comme la fin de la guerre n’est toujours pas en vue et que la détresse dans les pays étrangers devient de plus en plus palpable, il a été décidé d’intensifier l’aide de la Croix-Rouge. Seuls quelques enfants sont aidés en Suisse ; la majorité des enfants sont aidés dans leur pays d’origine, ce qui augmente les coûts. Malgré tous les obstacles et les difficultés, l’orateur espère une aide active de la part du peuple suisse et de la presse suisse.

Après ces aperçus sur les besoins immenses des pays touchés par cette folle guerre, on était presque heureux que l’aimable mentor du matin, M. Desalmand, ait repris la parole et ait su, lors d’une conférence informative, nous en raconter beaucoup sur le développement de la poterie, en particulier à Langnau et à Heimberg, ces villages tout proches de Steffisbourg. Un beau produit de la poterie locale a été remis aux personnes présentes comme souvenir de la conférence de presse. Ce cadeau a été tout aussi agréable que les photographies d’assiettes, de bols, de cruches, de gobelets, de vases et autres poteries anciennes, artistiquement peintes et présentées à la fin de la réunion par M. Geiser de l’Ecole supérieure de céramique de Berne. Que « L’action des tirelires » soit un grand succès.

Pot à lait et tasse miniatures pour la collecte de dons fabriqués par Desa (Photo des Archives fédérales, Bern_csm_5.8.18_a22b99a7fe).

À partir de 1944, les besoins des pays ravagés par la guerre se sont accrus. L’aide à l’enfance de la Croix-Rouge suisse a donc voulu étendre son engagement à l’étranger. Afin de répondre aux besoins financiers croissants, la Croix-Rouge suisse a dû trouver une nouvelle source de financement permanente. C’est ainsi qu’est née « L’action des tirelires » patronnée par l’Association d’aide à l’enfance : à partir de 1944, des pots à lait en céramique étaient vendus dans la rue pour servir de tirelires. Remplis de dons, ces tirelires étaient ensuite ramenées par les enfants aux points de collecte de l’Aide à l’enfance.

Photos des Archives fédérales ; Bern_csm_5.8.26_754_a2f324ee1f et Bern_csm_5.8.23_43bf029285.

L’ouverture des tirelires, qui étaient brisées à coups de marteau, était toujours l’occasion d’une fête publique où les enfants étaient au centre de l’attention. Tant dans les villes qu’à la campagne, « L’action des tirelires » a connu un succès immédiat. Fin 1944, les 469 935 tirelires vendues avaient généré un revenu de 740 436 francs.

Pour marquer l’occasion, d’importants représentants de la presse suisse ont été invités à Steffisbourg et ont bénéficié d’une visite guidée de l’usine. Joseph Desalmand a donné une conférence sur les céramiques anciennes à Heimberg et Langnau et leur évolution, illustrée par des photographies du professeur de céramique Geiser de Berne (Oberländer Tagblatt ;  Volume 68, n° 38, 15 février 1944 ; NZZ, 14 février 1944).

Offres d’emploi en 1945 et 1946.
On y lit (de gauche à droite ; de bas en haut) :
On cherche : un certain nombre de travailleuses qualifiées et motivées. Se présenter à la Poterie d’art Desa SA, Steffisbourg-Gare
On cherche immédiatement : des ouvrières d’usine efficaces et propres, Poterie d’art Desa SA, Steffisbourg-Gare
Travail à domicile à attribuer. S’annoncer à : Poterie d’art Desa SA, Steffisbourg-Gare ; tel. 2 47 75
L’unité de fabrication recherche quelques travailleuses compétentes pour commencer immédiatement. Bonne rémunération. Si les performances sont satisfaisantes, un emploi permanent pourrait être offert. Les soumissions avec les détails des activités antérieures et les copies des certificats doivent être envoyées à : Poterie d’art Desa SA, Steffisbourg-Gare.

La forte conjoncture intérieure (économie nationale) des dernières années de la guerre et de l’immédiat après-guerre se reflète également dans les annonces, parues notamment dans l’Oberländer Tagblatt, par lesquelles la firme DESA a cherché des travailleuses à l’usine ou à domicile de 1944 à 1946 (par exemple Oberländer Tagblatt : Volume  68, n° 304, 27.12.1944 ; Oberländer Tagblatt : Volume 70, n° 235, 8.10.1946). Le 29 mars 1947, une partie de la chaufferie de la fabrique de céramique brûla, mais les fours électriques ne furent pas endommagés (Oberländer Tagblatt Volume. 71, n° 74).

Cependant, le boom économique de l’après-guerre n’a apparemment duré que jusqu’à la fin des années 1940 pour la Coopérative DESA. Les raisons pour lesquelles l’entreprise n’a plus connu de succès économique restent peu claires (Serait-ce dû à un manque d’ajustements des formes et des modèles à la demande du marché, à un capital insuffisant pour assurer la modernisation technique, ou encore en raison de la taille inadéquate des bâtiments/des propriétés ?) En novembre 1950, le conseil d’administration de la société a été remanié. Il ne se compose plus que de membres de la famille Desalmand (Emil, Léon et Joseph). Le président et directeur Joseph Desalmand, alors âgé de 56 ans, reste en place (FOSC 68, n° 278, 3035 et SOGC 69, n° 45, 470). En 1951, cependant, les dettes sont si élevées que la NZZ (28.11.1951) fait état d’un moratoire sur la restructuration de la dette de la compagnie DESA. L’objectif d’éviter la faillite de cette manière n’a apparemment pas été atteint, car suite à la décision judiciaire du 19 juin 1952, le tribunal des faillites de Thoune ouvre une procédure de faillite à l’encontre la Société (FOSC  70, n° 145, 1606) et un état de collocation est établi en septembre 1952 (FOSC  70, n° 209, 2222). Après une vente aux enchères des deux biens et immeubles appartenant à la société (Steffisbourg, Rue de Berne 167, numéros de propriété 629 et 628) le 8 décembre 1952 (FOSC  70, n° 263, 2735), la procédure de faillite est officiellement close le 1er décembre 1953 (FOSC  71, n° 284, 2950). La propriété a dû être reprise par la municipalité de Steffisbourg dans le cadre de la vente aux enchères obligatoire, qui l’a finalement revendue à perte à une serrurerie de Thoune en 1954 (Oberländer Tagblatt 78, n° 241, 15 octobre 1954).

L’étendue de la production céramique de la Coopérative DESA n’a pas encore été étudié. Dans les années 1930, la poterie d’art Desa, comme toutes les grandes entreprises de céramique en Suisse, a produit à plusieurs reprises et en grandes quantités des céramiques commémoratives pour des associations et des jubilés.

Un petit nombre d’objets et quelques pièces d’archives qui n’ont pas encore été examinées se trouvent à la Fondation du Château-Musée de Thoune, d’autres au Musée national suisse à Zurich (par exemple LM-76758LM-79033LM-79034LM-79557LM-79583LM-79584LM-83670LM-149604LM-149605LM-149606LM-166405) ou dans le commerce de l’art.