Samedan, Chesa Planta (CPS)

CHESA PLANTA
Mulins 6
7503 Samedan
Tél. :+41 (0)81/ 852 12 72
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Céramiques du musée Chesa Planta dans CERAMICA CH

La Chesa Planta (en romanche : maison de la famille von Planta) du village de Samedan, district de la Maloja dans le canton des Grisons, est la plus grande maison patricienne de l’Engadine. Ce musée est un centre culturel rhéto-roman et engadinois à vocation suprarégionale.

La maison abrite un musée dédié à la culture vivante des familles patriciennes de l’Engadine au cours des 18ème et 19ème siècles. Son aménagement intérieur est constitué d’objets mobiliers de grande valeur, y compris des poêles en faïence, ainsi qu’une importante bibliothèque. Depuis le transfert de la maison ancestrale des familles von Salis, puis von Planta, à la Fundaziun de Planta (1943), fondation sans but lucratif, la Chesa Planta est ouverte au public en tant que centre culturel et est devenue pour tous le lieu privilégié de la culture rhéto-romane.

ILa collection recèle un total de 113 céramiques, qui ont été documentées (49 terres cuites, 7 faïences, 25 faïences fines et 32 porcelaines). Elles étaient toutes déjà dans la Chesa Planta avant la création de la fondation en 1943.

Le groupe de terres cuites ne comprend qu’un petit groupe de céramiques ménagères et pour la cuisine, relativement récentes. On relève notamment quelques grandes jattes avec leurs bords recourbés ou massifs, toutes probablement originaires de la région de Berneck, canton de Saint-Gall, et fabriquées après 1870.

La vaisselle à glaçure brun foncé n’est représentée que par trois formes (de moules), pour lesquelles on est finalement dans l’impossibilité de décider pour quel type de mets leur forme particulière était utilisée : pâtisseries, pâtés ou puddings (gelée) ? Les deux petits moules font probablement partie du domaine des jouets pour les enfants (moules miniatures pour les Kougelhopf). Les trois moules ont probablement été fabriqués en Suisse alémanique.

Deux pots à anses (pots à lait) sont typiques des années 1920 à 1940, avec leur engobe de fond d’aspect rosé et leur décor au pinceau ou au pochoir (appliqué au pistolet à pulvérisation). Des objets similaires se trouvent dans presque tous les musées des Grisons. Ils portent généralement une marque correspondant à leur taille mais jamais de marque du fabricant. Nous ne savons donc pas où ils ont été fabriqués (en Suisse alémanique ?).

De l’atelier de Max Laeuger se trouvant dans la Fabrique de poteries (Tonwerke) de Kandern, dans le sud de la Forêt-Noire, dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg, provient un unique vase de style Art nouveau, très beau et signé, fabriqué entre 1900 et 1913.

Dans ce groupe de terres cuites, on trouve un ensemble particulièrement intéressant de 40 moules, qui pouvaient être utilisés pour la fabrication des pains d’épice,  des Biberlis d’Appenzel et de St-Gall, des Tirggels de Zurich, des Springerle (biscuit blanc parfumé à l’anis avec un dessin en relief), des pains d’anis, du massepain, des pâtes de coing et pour cuire des sortes de fromages frais comme le sérac ou le séré suisse aux œufs (« Eierkäse ») ou aux amandes (« Mandelkäse ») (Morel 2000, 101 ; Livre de cuisine bernois 1749, recette 303 ; Widmer/Stäheli 1999, 32-37 ; Stäheli/Widmer 2020, 18-19). La quantité impressionnante de ces moules provient probablement de l’atelier de modelage Stüdlin à Lohn dans le canton de Schaffhouse, qui était actif entre 1643 et 1850 environ (Widmer/Stäheli 1999 ; Wipf 1984). On a recensé des moules sans et avec glaçure, ainsi que glaçurés et perforés. On ne sait pas comment ces moules se sont retrouvés dans la Chesa Planta.

On peut constituer divers groupes en fonction de leurs motifs (animaux, personnages, allégories, scènes religieuses et bouquets de fleurs) et on les a classifiés ainsi. Pour le moule avec Cérès, déesse des moissons, on connaît le patrice correspondant, signé par Hans Melchior Stüdlin et daté de 1682 (Museum Allerheiligen, Inv. No. 6513 ; Widmer/Stäheli 1999, fig. 9). Les détails reconnaissables des costumes et des vêtements, surtout sur les moules sans glaçure, mais aussi sur certains moules glaçurés, renvoient à une période comprise entre 1630/50 et 1700 environ, qui correspond à la période active de Hans Melchior I et II, de Hans Caspar I et II et de Stüdlin. On ne sait pas si les générations suivantes ont conçu de nouveaux motifs ou se sont contentés d’utiliser les anciens patrices jusqu’à la fermeture de l’atelier.

Dans le cas des moules glaçurés, que l’on considère généralement comme des « moules pour la fabrication de la pâte de coing », le nombre de moules avec des motifs représentant des personnages est apparemment plus faible que dans les moules non glaçurés. Toutefois, on trouve ici aussi des moules que l’on peut également dater du 17ème siècle en raison des vêtements portés par ces personnages et aussi de ces figures de « trèfles » caractéristiques que l’on trouve apposées sur leurs fonds.

Cependant, on trouve beaucoup plus souvent des fleurs, des fruits et des animaux, dont certains sont facilement reconnaissables et tant que motifs amoureux, notamment dans la représentation de colombes au-dessus d’un cœur.

Le moule avec les colombes se bécotant fournit également un indice sur le lien entre les moules avec et sans glaçure, car le motif a déjà été répertorié dans la collection du Musée rhétique de Coire. Le moule RMC XI.438d (photo du haut ci-dessus) est environ 20 % plus grand que le moule de la Chesa Planta (photo du bas ci-dessus). Cependant, les détails sont tellement similaires que l’on est forcé de penser que leur technique de fabrication est quelque part liée : ainsi le moule avec glaçure a dû être réalisé à l’aide d’un patrice cuit au four, lui-même moulé à partir du moule RMC XI.438d. Cette réalisation entraîne deux processus de cuisson et de rétraction, de l’ordre de 8 à 10 % chacun. Si cela est vrai, on se trouve ainsi en présence d’un indice supplémentaire prouvant que les moules glaçurés et non glaçurés proviennent du même fabricant et que les motifs ont pu être transmis sur une longue période.

Un moule unique, dont seule la moitié a survécu, prouve que des figurines entièrement en relief étaient également moulées pour probablement être utilisées à des fins décoratives.  On se trouve ici en présence d’un petit oiseau (ou peut-être d’un poulet ?).

Les moules glaçurés avec des trous sont souvent associés à la production de fromages frais moulés, comme le sérac ou le séré suisse, aux œufs (« Eierkäse ») ou aux amandes (« Mandelkäse »). Le lait, les œufs, les amandes et le jus de citron (plutôt que la présure) sont chauffés, puis, après avoir caillé, la masse, plus ferme que le mélange originel, semblable à une bouillie, est versée dans les moules perforés. Le résidu (petit-lait) peut alors s’écouler par les trous. Une fois refroidi, le contenu du moule est démoulé et peut être soigneusement recouvert de sucre pour les jours de fête. Le présent moule permet d’obtenir un fromage en forme de lion couché.

Le nombre de faïences conservées dans la Chesa Planta n’est pas important. On y remarque, entre autres, cinq de ces « boccalini » traditionnels du nord de l’Italie utilisés pour le service et la consommation du vin rouge (cépage Veltliner). Ils sont courants dans les musées grisons. Leurs lieux de fabrication sont probablement à rechercher dans l’Italie septentrionale. La collection du musée de la Chesa Planta comprend également une assiette en faïence produite à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich.

Une seule pièce de ces boccalini est probablement un peu plus récente car on peut supposer, en raison de l’inscription « LITRO » et de la marque estampée « SCI » (Società Ceramica Italiana, à Laveno en Lombardie ?), qu’elle a probablement été fabriquée à la fin du 19ème ou au début du 20ème siècle. La pièce est en outre calibrée par un repère en plomb inséré dans la céramique.

La faïence fine est représentée, comme d’habitude, par un large éventail de fabricants européens. Ces céramiques sont destinées à un usage domestique (vaisselle utilitaire) et à l’hygiène corporel.

De la production anglaise de Wegdwood, manufacture Etruria, à Stoke-on-Trent dans l’ancien comté du Staffordshire, au centre de l’Angleterre, provient, par exemple, une coupe estampée de la marque du fabricant (image du haut ci-dessus) avec des petits pieds, comportant un fond ajouré (produite vers 1840). Une coupe également ajourée sur un haut piédouche de la même manufacture, avec deux anses horizontales, a probablement été fabriquée à une date plus récente.

De la fabrique de Zell am Harmersbach, qui était, avec celle de Schramberg, toutes deux dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg, l’un des plus importants fournisseur de faïences fines en Suisse, provient une belle théière ou cafetière à décor bleu imprimé (produite vers 1840-1850). Les scènes représentées montrent probablement une partie de chasse anglaise.

Parmi les objets d’inspiration historiciste de la Chesa Planta, on remarque également une magnifique jardinière avec une monture métallique provenant de la fabrique de porcelaine et de faïence fine Ludwig Wessel à Bonn-Poppelsdorf, dans le sud du Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (produite vers 1890-1910) et un plateau de service provenant de la fabrique de faïence fine à Wächtersbach (Waechtersbacher Keramik), dans le Land allemand de la Hesse (produit vers 1875-1900).

Dans la cuisine se trouvait également un pot de conservation en faïence fine pour « l’extrait de viande du Dr Liebig » (développé à partir des années 1840, mis en œuvre industriellement à partir de 1862 environ en Uruguay, grands succès à la fin du 19ème siècle ; Teuteberg 199).

La simple vaisselle en faïence fine provient à la fois des fabriques de céramique étrangères telles que Villeroy & Bosch à Vaudrevange dans le Land allemand (du bassin) de la Sarre et Utzschneider à Sarreguemines dans la région française du Grand-Est, ainsi que la Fabrique de faïence fine Niederweiler S.A. de Möhlin dans le canton d’Argovie en Suisse.

La collection comporte également deux typiques set pour l’hygiène corporelle (service de toilette) de la seconde moitié du 19ème siècle en faïence fine avec un décor imprimé. Le premier a été fabriqué vers 1880-1900 par Villeroy & Boch à Mettlach, dans le Land allemand de la Sarre, le second entre 1850 et 1867 par W.T. Copeland & Sons à Stoke-on-Trent, dans l’ancien comté du Staffordshire au centre de l’Angleterre. En outre, en trouve la marque imprimée (marque du distributeur, magasin d’articles ménagers ?) « FRATELLI KAISER à SAMADEN (en italien : Fratelli/frères et en français : à Samedan ; le fondateur du magasin de Samedan, Ferdinand Kaiser, est décédé à Malans, canton des Grisons, en décembre 1915 à l’âge de 71 ans) » figure sur le dessous du broc à eau. Il s’agit donc d’une commande directe en Angleterre. On trouve également des produits plus récents chez ce concessionnaire des Grisons : voir Musée rhétique de Coire : RMC H1983.52.

es équipements complémentaires usuels des bains ou des lavoirs sont les seaux pour le transport des eaux usées. On trouve ici un exemple typique en faïence fine produit par la société Keller & Guérin de Lunéville dans la région française du Grand-Est (fabrication vers 1880-1920).

Au cours de mes travaux de documentation des musées grisons, je n’avais pas encore rencontré un bidet en bois avec un insert en faïence fine de production française (Sarreguemines, vers 1900-1930).

J’ai eu quelques surprises parmi les objets en porcelaine lors de l’examen de la collection céramique de la Chesa Planta. Il s’agit surtout de ces trois soucoupes en porcelaine, provenant de la plus ancienne manufacture de porcelaine néerlandaise à Weesp, près d’Amsterdam. Elles ont probablement été fabriquées peu après 1760. La manufacture n’a existé que pendant une courte période s’étendant de 1759 à 1770 environ (Rust 1978, obsolète ; Heeckeren van Waliën 1977 ; Röntgen 1996, 291 fig. 788-790. Aussi : https://chjacob-hanson.com/museum-weesp-home-to-dutch-porcelain-treasures-by-gerverot-and-duvivier/. Objet de comparaison : Metropolitan Museum New York, Inv. 06.361a, b). Le revers porte une marque au pinceau bleue représentant des épées croisées avec trois points. Il s’agit des armoiries familiales du fondateur de la manufacture, le comte van Groensveld-Diepenbroick-Impel (1712 ou 1715-1772), et non d’une référence fortuite à la marque aux épées de Meissen. Il est en fait inconcevable que ces trois pièces aient atteint l’Engadine par une voie commerciale usuelle. Nous devons plutôt prendre en considération un transfert personnel, par exemple par un officier grison au service des Pays-Bas. À en juger par la date de production de ces objets, ils pourraient provenir de la maison de Rudolf von Salis-Sils (1724-1795), qui a eu une influence décisive sur la Chesa Planta lors de ses transformations et extensions. Entre autres choses, il était également Gouverneur général de la Valteline.

On peut aussi penser que cette grande soupière ovale en porcelaine de Meissen au décor de motifs d’oignons, qui a probablement été fabriquée entre 1774 et 1790 environ, fut également en sa possession.

Cette petite corbeille de Meissen datant d’environ 1800-1830, a probablement dû appartenir à la génération suivante de la famille Planta-Salis, qui était alors propriétaire de la maison.

Anna Cleophea von Salis-Sils (1766-1835), fille de Rudolf von Salis-Sils, épouse en 1789 Florian von Planta (1763-1843), Landamman de la Haute-Engadine, délégué des Grisons auprès de Napoléon (1802-1803), puis Gouverneur général de la Valteline, comme son beau-père.

Il est possible qu’un service complet en porcelaine de Nyon avec les armoiries des von Planta (patte d’ours) et des von Salis (saule) ait été créé à l’occasion de leur mariage en 1789, dont ces quelques rares vestiges ont survécu.

Dans la collection de la Chesa Planta se trouve un service à café et à thé de fabrication un peu plus récente (vers 1820-1830 ?) mais peint de façon similaire, pour lequel on a cependant fait appel à de la porcelaine blanche non marquée (produite en Allemagne ou en France ?).

Je me demande si Florian von Planta (1763-1843) a ramené cette belle tasse de style Empire (malheureusement non marquée) de son séjour à Paris auprès de Napoléon (1802-1803).

Parmi les objets d’inspiration historiciste de la Chesa Planta se trouve également une verseuse en porcelaine peinte provenant de la manufacture de porcelaine du comte de Thun, à Klösterle an der Eger (en Bohême, aujourd’hui en République tchèque), fondée en 1794 et aujourd’hui toujours active, qui a probablement été fabriquée entre 1880 et 1900.

On n’est pas en mesure d’attribuer de manière certaine la fabrication de cet autre set d’hygiène corporelle en porcelaine, malheureusement non marqué, à une ville ou un pays particulier. D’après ses formes, une date de production se situant au sein de la période de l’historicisme, c’est-à-dire vers la fin du 19ème siècle semble la plus probable.

Les autres pièces de vaisselle utilitaire en porcelaine qui subsistent dans la maison ne datent que du 20ème siècle et proviennent d’Allemagne (Bavaria) et de Suisse (Langenthal).

Remerciements

La Fondation CERAMICA tient à exprimer ses sincères remerciements à Mme Martina Shuler-Fluor, directrice générale de la Chesa Planta à Samedan, pour son aimable soutien au travail d’inventaire.

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie :

Bernerisches Koch-Büchlein 1749
Bernerisches Koch-Büchlein (Nachdruck 1970), Bern 1749.

Heeckeren van Waliën 1977
F. van Heeckeren van Waliën, Catalogus van de collectie Weesper porselein, Gemeentemuseum van Weesp (Hrsg.), Weesp 1977.

Morel 2000
Andreas Morel, Basler Kost. So kochte Jacob Burckhardts Grossmutter (178. Neujahrsblatt, herausgegeben von der Gesellschaft für das Gute und Gemeinnützige), Basel 2000.

Röntgen 1996
Robert E. Röntgen, The book of Meissen, Exton 2 Auflage 1996.

Rust 1978
J. Rust, Nederlands Porselein, Schiedam 1978.

Stäheli/Widmer 2020
Cornelia Stäheli/Hans Peter Widmer, Honig den Armen, Marzipan den Reichen. Ostschweizer und Zürcher Gebäckmodel des 16. und 17. Jahrhunderts Zürich 2020.

Teuteberg 1990
Hans-Jürgen Teuteberg: Die Rolle des Fleischextrakts für die Ernährungswissenschaften und den Aufstieg der Suppenindustrie. Kleine Geschichte der Fleischbrühe, Stuttgart 1990

Widmer/Stäheli 1999
Hans Peter Widmer/Cornelia Stäheli, Schaffhauser Tonmodel. Kleinkunst aus der Bossierer-Werkstatt Stüdlin in Lohn, Schaffhausen 1999.

Wipf 1984
Hans Ulrich Wipf, Handwerk und Gewerbe auf der Schaffhauser Landschaft im Ancien régime: Dargestellt am Beispiel der Gemeinde Lohn, in: Schaffhauser Beiträge zur Geschichte 61, 1984, 95-148, bes. 145-146.