Valchava, Chasa Jaura (CJV)

Chasa Jaura, Val Müstair
Museum-Art-Cultura
Bauorcha 17
CH 7535 Valchava/Val Müstair
Tél. : +41 (0)81 858 53 17
Tél.  : +41 (0)79 574 05 94
E-mail: info@chasajaura.ch

Céramiques de la Chasa Jaura dans CERAMICA CH

Andreas Heege, 2021

Le musée Chasa Jaura (« Maison Jaura » en romanche), également connu sous le nom de Musée du Val Münstair, est une institution culturelle ouverte en 1973 à Valchava, une ancienne commune du canton des Grisons, aujourd’hui englobée dans la commune du Val Münstair. Le musée est abrité à l’intérieur d’une maison de l’Engadine vieille de plus de 300 ans et est à la fois un musée patrimonial d’histoire locale et un musée d’art. Dans la Chasa Jaura, l’une des plus belles fermes du Val Müstair, la vie quotidienne d’antan se transforme en un présent captivant. Le musée est géré par l’ASSOCIATION CHASA JAURA, qui a été fondée en 1971. Son objectif est de collecter et de préserver des objets et des documents ayant une valeur culturelle, historique, linguistique, scientifique et artistique sur le Val Müstair et ses relations avec le monde extérieur, de préserver et de maintenir la Chasa Jaura en tant que lieu d’échanges et de rencontres culturelles, et de promouvoir la recherche sur les biens culturels du Val Müstair, en tenant compte du passé, du présent et du futur.

Les objets du quotidien rassemblés dans le musée proviennent en grande partie du Val Münstair. Aucune autre information sur l’inventaire n’est disponible. Un total de 41 céramiques a été documenté (17 terres cuites, 20 faïences fines, 1 grès, 3 porcelaines).

En ce qui concerne les terres cuites, on trouve, à une exception près, les habituels témoins de la fin du 19ème et de la première moitié du 20ème siècle.

Compte tenu de la proximité du Tyrol du Sud (province italienne autonome de Bolzano), il n’est pas surprenant que la collection du musée comprenne entre autre  une jatte du Val Pusteria datant de la première moitié du 19ème siècle, avec un joli décor au barolet et un décor tacheté.

 

Toutes les autres jattes ou plats creux avec leurs bords recourbés sont des céramiques produites à Berneck, dans le canton de Saint-Gall.

Ces pots à anses (pots à lait) relativement récents proviennent également de la même région.

La dernière étape du développement de ces grandes jattes est représentée par des pièces qui ont probablement été tournées sur un noyau en plâtre à l’aide d’un gabarit. Leurs bords ne sont donc plus recourbés avec une gorge en dessous, mais forment un triangle plein. En outre, ces jattes produites pendant une période comprise entre 1920/1930 et 1950 environ présentent souvent, sur leur parties internes (concaves), un décor au pochoir, qui a été appliqué avec l’aide d’un pistolet à pulvérisation. Malheureusement, aucune jatte de ce type portant une marque de fabricant n’a été trouvée à ce jour, de sorte que nous ne savons même pas s’il s’agit de poteries suisses ou importées.

La vaisselle dite « à la glaçure au manganèse » est caractéristique de la seconde moitié du 19ème siècle. Dans la plupart des cas, elle ne porte pas de marque de fabrique, mais seulement une marque de taille (marque estampée, avec des numéros s’échelonnant de 1 à 12). Toutefois, sur la base de quelques pièces marquées et de documents d’archives, on peut affirmer à l’évidence qu’il s’agit ici de produits suisses allemands provenant des régions de Kilchberg-Schooren, canton de Zurich, de Schaffhouse ou de Matzendorf-Aedermannsdorf, canton de Soleure.

Les récipients cylindriques pour la conservation des denrées alimentaires, également utilisés comme pots de garde pour les préparations maison, sont sont également typiques de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Ils portent parfois des indications de volume (exprimées en litres ; ici 6 litres). Ils étaient apparemment aussi produits très localement par de nombreux ateliers de poteries bien qu’aux Grisons leur présence est probablement due à des importations en provenance du reste de la Suisse alémanique.

L’un des exportateur vers le canton des Grisons de vaisselle réfractaire (céramiques de cuisson) dans les années 1930-1950 a été la société Chapuis & Cie à Bonfol dans le canton du Jura, dont les produits avec leurs marques du fabricant se retrouvent encore de temps en temps dans les collections des musées grisons. Dans le cas présent, il s’agit d’un grand plat rond typique de cette production (cocotte ?) avec un intérieur blanc engobé.

Bien entendu, la typique vaisselle brune en terre cuite, probablement importée d’Allemagne, ne manque pas au Val Müstair. On se trouve ici en présence de ce qu’on peut considérer comme un « fossile stratigraphique » des céramiques de la toute fin du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème siècle. Ces poteries étaient également commercialisées sous le nom de « vaisselle bonne pour la santé » en raison de leur glaçure prétendument sans plomb.

Comme d’habitude, la faïence fine est représentée par une grande variété de manufactures.

Les pièces sans marque de fabricant ne peuvent être univoquement attribuées à un producteur que dans de rares cas restant tout-à-fait exceptionnels, car, au 19ème siècle, toutes les manufactures copiaient systématiquement les formes et les décors les unes des autres.

Cependant, il existe quand même quelques exceptions. Par exemple, malgré l’absence de marque de fabricant, cette soupière peut être attribuée sans ambiguïté en fonction de critères typologiques à la Manufacture de Johannes Scheller à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich. Elle a été fabriquée entre 1846 et 1869.

Au cours du 19ème siècle, les plus grands concurrents des manufactures de faïence fine en Suisse sont les celles du sud de l’Allemagne, notamment à Schramberg et à Zell am Harmersbach, dont on trouve les produits partout dans les Grisons.

La vaisselle sanitaire et hygiénique en faïence fine était principalement importée d’Allemagne ou de France au début du 20ème siècle, alors dominée par les grandes manufactures, en l’occurrence, ici, par Villeroy & Boch à Vaudrevange.

Les services à café, les tasses, les soucoupes, les bols à oreilles, etc. provenaient souvent de France ; la société  Utzschneider & Co à Sarreguemines, région du Grand Est en France étant toujours la plus fréquemment citée. Les décorations florales simples qui y sont réalisées se distinguent à peine des produits contemporains d’autres fabricants, par exemple suisses.

Par ailleurs, la collection recèle également quelques pièces isolées d’autres manufactures produisant également de la faïence fine, par exemple d’Angleterre (Mintons & Co. à Stoke-on-Trent, dans Staffordshire, comté du centre de l’Angleterre, fabriquée en 1901) ou d’Allemagne, à Passau, dans l’Etat allemand de la Bavière (Passauer Porzellanfabrik, fabriquée vers 1937-1942).

En raison de l’absence d’informations dans l’inventaire, on n’arrive pas à expliquer comment quelques pièces d’un important service produit vers 1937-1945 par la Gefle Porslinsfabrik AB à Gävle (Gefle) en Suède a trouvé son chemin vers le Val Müstair.

La glaçure rouge vif de cette écritoire (ou simple encrier ?) produite vers 1890-1910 par la Manufacture de faïences fines Adolf Bauer (signatures AB en lettres attachées) à Magdeburg-Neustadt (Neue Neustadt est un quartier nord de Magdebourg), la capitale du Land allemand de Saxe-Anhalt, est tout-à-fait singulière. On doit probablement la classer dans les « majoliques historicistes ».

Le grès n’est représenté dans la collection du musée que par ce récipient de conservation, caractéristique du début du 20ème siècle.

La porcelaine n’est représentée dans la collection que par quelques pièces d’un service du début du 20ème siècle. Le magasin d’articles ménagers Th. Meyer-Buck & Co. de Zurich, apparemment à la demande d’un client, a décoré un service de table en porcelaine blanche du fabricant français Théodore Haviland de Limoges en Nouvelle-Aquitaine, dans le Grand Sud-Ouest de la France, avec des décors imprimés sur la glaçure. Th. Meyer-Buck & Co. était un grand magasin d’articles ménagers à Zurich, dont les locaux se situaient Zu Schiffleuten ou à la Kirchgasse 5. L’histoire de l’entreprise peut être retracée dans la Feuille Officielle Suisse du Commerce (FOSC) entre 1883 et 1956.

Remerciements

La Fondation CERAMICA remercie l’ASSOCIATION CHASA JAURA, et en particulier MM. Marco R. Gilly et Hans Tinner, pour leur aimable soutien aux travaux d’inventaire.

Traduction Pierre-Yves Tribolet