Matzendorf, Musée de la céramique (KMM)

Musée de la céramique de Matzendorf
Kirchstrasse 20
CH-4713 Matzendorf
Präsident Roland Müller
Tel. +41 (0)62 391 57 79
mueller.luethi@bluewin.ch

Faïences et faïences fines produites par la Manufacture de Matzendorf (1798-1883)

Céramiques produites par la Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf (1883-1960)

Roland Blaettler 2019

Après la mort de Maria Felchlin (1899-1987), un petit groupe d’habitants de Matzendorf, district de Thal, canton de Soleure, dans la vallée de la Dünnern, s’est réuni pour assumer la responsabilité du legs conformément aux dernières volontés du testateur. Sous la direction de Markus Egli, qui était déjà responsable de la collection Felchlin, et de Roland Müller, l’association « Les amis de la céramique de Matzendorf » a été fondée en 1988. Son but était de continuer à rendre hommage au patrimoine céramique local, y compris de la période la plus récente, et de susciter l’intérêt d’un public le plus large possible. En 1991, par exemple, l’association a organisé une exposition des œuvres du céramiste Benno Geiger, l’ancien directeur artistique de la Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf. L’association envisage également la création d’un musée et commence ainsi à constituer une collection.

En 1996, le musée a été ouvert sous le nom de « Thaler Keramikmuseum- Musée de la  céramique du district de Thal » dans la maison située à la Dorfstrasse (Rue du Village) 58 à Matzendorf, où Benno Geiger vivait lorsqu’il travaillait pour la Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf, à moins de 2 km de là. À l’époque de ses débuts, il s’agissait encore d’un musée de l’habitat régional, dont la collection exposée était axée sur la céramique locale. Avec son ouverture, de nombreux dons sont arrivés, en particulier des céramiques des périodes tardives de von der Mühll (1927-1960) et de Rössler (1960-2004). À l’occasion du 200e anniversaire de la fondation de la Manufacture de Matzendorf, l’association a commandé une étude archéométrique pour une détermination scientifique des produits de Matzendorf et Kilchberg, canton de Zurich. Les analyses ont été effectuées par les Professeurs Marino Maggetti et Giulio Galetti de l’Université de Fribourg et les résultats ont été publiés dans un livre, qui contient également une histoire de la Manufacture révisée par l’historien Albert Vogt (Vogt et autres 2000).

Les collections du Musée se sont développées de manière réjouissante, si bien qu’il a fallu rapidement trouver un endroit offrant plus d’espace. En 2006, le musée a pu s’installer dans l’ancien presbytère de Matzendorf, récemment rénové, où seules les céramiques sont présentées, depuis les débuts de leur production dans cette région. Afin de pouvoir montrer des céramiques de la première période, des pièces ont été achetées, mais, il faut souligner que le Musée Blumenstein de Soleure, le Musée d’Histoire d’Olten, le Musée national suisse de Zurich, le Musée d’Histoire de Berne et le Musée des Cultures de Bâle ont été sollicités pour des prêts. À l’étage supérieur sont exposés les produits de la Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf, active de 1883 à 1960, les œuvres de l’atelier de Benno Geiger et les produits de la société Rössler. Une salle pour les expositions temporaires a été aménagée dans la cave.

Nous avons examiné environ 500 objets de la collection, ce qui ne représente que la moitié environ des céramiques du musée. Dans les dépôts, on trouve des centaines de céramiques de la période von der Mühll, surtout couvrant la période après 1950. Ce chapitre moderne est bien garni grâce aux dons réguliers de Theres Hügli et de Katharina Marrer. Comme c’est souvent le cas pour les institutions gérées à temps partiel, l’inventaire des fonds n’est pas complet. À ce jour, nous ne disposons d’informations précises que pour environ 250 pièces. Les premières descriptions remontent à 1990 mais augmentent cependant rapidement depuis l’ouverture du musée en 1996, suivant ainsi la rapide croissance des collections. L’Association « Les amis de la céramique de Matzendorf », grâce à l’engagement de leur président Roland Müller et du vice-président et conservateur Markus Egli, mène une politique d’acquisition active, dans la limite de leurs moyens. Environ la moitié de la collection actuelle a été acquise par eux.

Les responsables de l’Association sont restés fidèles à la théorie du « décor bernois » de Maria Felchlin et ont donc acquis de nombreuses faïences, que nous considérons comme des produits des manufactures de Kilchberg-Schooren du canton de Zurich. Par conséquent, elles constituent désormais une partie importante de la collection. Parmi les 500 objets inventoriés, il y en a 230 d’origine zurichoise. Quant aux céramiques de l’ancienne Manufacture de Matzendorf, seules 30 pièces entrent dans cette catégorie.

Le musée a pu acquérir un très important et magnifique vase de décoration en faïence fine ; un récipient entouré de serpents et portant l’inscription « Von Roll – Matzendorf » (KMM 81) aussi significatif que le deuxième vase de Matzendorf avec les masques de satyre conservé au Musée Blumenstein de Soleure. En ce qui concerne la faïence fine, il fait noter également une assiette de 1811 pour Jean-Pierre Charmillon,  un habitant de Vicques dans l’actuel canton du Jura (KMM 64), un pot pour saupoudrer le sable afin de sécher l’encre sur les lettres, partie d’une écritoire, fabriqué pour le colonel Sury d’Aspremont en 1818 (KMM 63), le bol couvert au nom de Katharina Allemann de 1819 (KMM 67) et une assiette du service de Munzinger (KMM 65). Le Musée dans le Grenier à grain de Wiedlisbach, canton de Berne, à une vingtaine de km de Matzendorf a fait don du seul modèle de réchaud/veilleuse avec marque estampée (« matzendorf » en minuscule) de la collection Fritz Huber-Renfer (voir ci-dessous) (KMM 80), qui est encore aujourd’hui unique en son genre.

Dans le domaine de la faïence, le musée a acquis un objet de la première époque, une tasse à oreille datant de 1807 (KMM 77). Par ailleurs, la collection comprend cinq faïences du milieu des années 1830 et 13 spécimens de la « famille bleue » de la seconde moitié du 19ème siècle, dont les cinq dépôts de Rösli Lachat, avec des dédicaces à Maria Anna Meister datées de 1856, 1857 et 1860 (KMM 507 ; KMM 509 ; KMM 508 ; KMM 506 ; KMM 505). Maria Anna, née en 1839, est la fille de Ludwig Meister et de sa seconde épouse Elisabeth Eggenschwiler. Selon Mme Lachat, qui est elle-même l’arrière-petite-fille de Maria Anna, ces cinq faïences lui auraient été offertes comme cadeau de mariage par le dernier peintre de la manufacture, Franz Nussbaumer (1831-1883), qui fut ensuite son deuxième mari. Parmi les dédicaces sur les faïences de la « Famille Bleue », les noms de famille des copropriétaires de l’usine apparaissent souvent. Outre le nom de Maria Anna Meister, il y a souvent celui de sa demi-sœur Anna Maria, qui a été baptisée en 1831.

Pour compléter le tableau de la production de Matzendorf, nous mentionnons également ici les plus importants dépôts du Musée national suisse de Zurich et du Musée des Cultures de Bâle. Un précieux exemple de la période Von Roll a été mis en dépôt par le Musée national : il s’agit d’une soupière couverte en faïence et son présentoir portant le nom de « Barbara Eggenschwiller », un exemple remarquable des premières années de la Manufacture, fabriqué vers 1806 (SNM LM-391). Un objet intéressant est la tasse à oreilles en faïence datée de 1825 (SNM LM-70631), dont le décor rappelle celui sur les faïences fines d’une époque se situant autour de 1810 (MBS 1912.104). Une soupière couverte de 1815 avec ses appliques en relief est peut-être le produit le plus ambitieux en faïence fine de l’époque d’Urs Meister (SNM LM-72793).

Le Musée des Cultures de Bâle a également prêté une terrine couverte fabriquée pour et dédicacée à Franziska Spony portant la date de 1807 (MKB VI-10064), le plus ancien exemple daté en faïence fine, et un « porte-peignes » en faïence de 1823, une forme qui est toujours restée populaire dans la « famille bleue », même après 1850 (MKB VI-3910). Ce dernier objet a été vendu au Musée de Bâle par August Meyer, de Sissach, canton de Bâle-Campagne, à une quarantaine de km de Matzendorf, l’un des plus grands collectionneurs de céramique entre 1905 et 1914, peu après la création du « Département européen » du Musée par Eduard Hoffmann-Krayer. August Meyer est le fils du commerçant Johann Meyer, qui a fondé le premier grand magasin de Bâle-Campagne en 1901. On dit qu’il collectionnait ses objets dans les fermes de la région (communication de Dominik Wunderlin). C’est probablement comme ça qu’il est tombé sur ce plat à barbe en faïence de 1845 (MKB VI-5119), avec, au fond du bassin, l’image d’un écusson portant l’inscription « Wiedersehn 1845 – Au revoir 1845 ». On peut se demander si August Meyer n’a pas également arpenté la région soleuroise, si on fait référence à la terrine pour Magdalena Winistörfer (MKB VI-3908) ou aux deux chandeliers en faïence, avec leur forme en colonnades, datés de 1870 et probablement réalisés pour Elisabeh Meister-Eggenschwiler (MKB VI-3911 et MKB VI-3912).

Collection Huber-Renfer (en partie)

En 2001, les descendants du collectionneur bernois Fritz Huber-Renfer (1900-1961) ont décidé de dissoudre la collection qu’il avait déposée depuis son ouverture au Musée dans le Grenier à grain de Wiedlisbach, canton de Berne (Häusler 1962). Le musée de Wiedlisbach a ainsi eu l’occasion de faire une première sélection et a acheté quelques objets. La deuxième institution qui en a profité fut le Musée de la céramique de Matzendorf, qui a acquis 13 céramiques, dont le présentoir d’une corbeille en faïence fine avec une marque estampée (KMM 78), une terrine couverte, également en faïence fine, de 1811 (KMM 66) et une assiette en faïence fabriquée aux alentours de 1835 (KMM 72).

Présentoir d’une corbeille en faïence fine de Matzendorf, avec marque estampée, vers 1800 (KMM 78).

Les dix autres pièces étaient des faïences zurichoises, dont trois rares et anciennes céramique de la Manufacture Nägeli, vers 1810-1815, soient une assiette et deux petits bols à thé  avec leurs sous-tasses, marqués des initiales « A.N. » (KMM 68 ; KMM 69 ; KMM 70) de même qu’une soupière en glaçure jaune marquée  « Dein Glück meine Freude – Ton bonheur est ma joie » fabriquée vers 1840 par la Manufacture Scheller (KMM 41). Après que les deux musées ont fini d’avoir sélectionné leurs pièces, le reste de la collection a été vendu aux enchères. La fille du collectionneur, Lucie Hostettler, ainsi que sa famille, ont fait don au Musée de Matzendorf d’une cinquantaine d’objets, dont trois céramiques fabriquées à Matzendorf, soient deux assiettes datant d’environ 1835 (KMM 100 ; KMM 76) et une écritoire en faïence blanche. À quelques exceptions près, les autres faïences de la collection Huber-Renfer sont d’origine zurichoise. Il convient de noter en particulier le plat à barbe dédicacé à Philipp Brugger et daté de 1835 (KMM 62) ainsi qu’une chope avec une marque estampée « H. Söhlke/Zurich » à l’intérieur de son couvercle en étain et, en caractère d’imprimerie, les lettres « St » gravées sur sa face externe (KMM 11).

En 2008, les époux Margrit et Louis Tschanz d’Olten ont fait don de leur collection de « Matzendorf » au musée. À l’exception des produits bruns d’Aedermannsdorf, la collection contenait exclusivement des produits zurichois ! Le musée possède ainsi une impressionnante collection de faïences zurichoises, qui reflète les principaux aspects de cette importante production à l’époque Biedermeier. Vingt objets datent de des années 1820, 60 des années 1930, 130 de années 1840 et 25 des années 1850. Nous y trouvons un petit bol à thé et sa sous-tasse datant d’environ 1830 avec le rare motif de la crosse de Bâle et l’inscription « Männer-Verein – Société d’hommes » (KMM 12), un pot à lait avec la date étonnamment précise du « 6 septembre 1839 » (KMM 56), une terrine sur pied d’une forme plutôt inhabituelle pour la Manufacture Nägeli, datant d’environ 1840 (KMM 16), et une fontaine murale de la même époque avec un décor paysagé qui a probablement été fabriquée par la Manufacture Scheller (KMM 59).

Deux assiettes en faïence de la Manufacture Nägeli à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich (?), celle de gauche avec l’écusson du canton d’Aargovie, celle de droite avec celui de Berne, entre 1803 et 1815 (KMM 501 ; KMM 502)

La collection contient également quatre faïences d’une sorte assez commune dans les collections du pays (images ci-dessus). Pendant longtemps, on n’a pas su où elles avaient été fabriquées (KMM 500 ; KMM 501 ; KMM 502 ; KMM 503). Il a été suggéré que ces faïences pourraient avoir été les premiers produits de Matzendorf. Les responsables du Musée ont donc fait prélever des échantillons pour effectuer une analyse archéométrique par Maggetti et Galetti avec un résultat négatif pour Matzendorf (communication de Markus Egli). Cette production peut maintenant être attribuée à la Manufacture de Johann Jakob Nägeli à Kilchberg-Schooren, canton de Zurich, pour une période autour de 1810. Les formes et les couleurs en témoignent indubitablement (communication de Peter Ducret).

Service à boisson comportant un plateau, une cruche et deux chopes, en terre cuite claire avec décor mouluré de motifs en palmettes et de cartouches ornementés, glaçure vert-olive au plomb à l’extérieur et bleu clair au zinc à l’intérieure. Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf, 1895-1900 (KMM 453 ; KMM 446 ; KMM 447-448).

Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf

Le musée Matzendorf est un pionnier pour sa collection des produits de la Fabrique de céramiques d’Aedermannsdorf, active entre 1883 et 1960. C’est la seule institution qui documente systématiquement les activités de cette entreprise issue de l’ancienne Manufacture de faïence de Matzendorf. Grâce à des achats et à de nombreuses donations, le musée a accumulé un stock considérable de céramiques, dont nous n’avons publié (Blaettler/Schnyder 2014, 342-343) qu’une sélection, concernant principalement la période von der Mühll (1927-1960). En plus de la traditionnelle « vaisselle brune » (vaisselle à glaçure ferro-manganèse brun foncé, par exemple KMM 420), qui a constitué une part importante de la production jusqu’aux années 1950, la manufacture a créé vers la fin du 19ème siècle des céramiques dans le style de l’historicisme, appelées de manière erronée « majoliques » alors qu’il s’agit, techniquement, de terres cuites colorées avec une glaçure au plomb (par exemple KMM 454). Le modèle « Brodkörbli – corbeille à pain » montre que l’entreprise s’est parfois inspirée des formes de la concurrence étrangère (KMM 443 ; KMM 442).

La période von der Mühll a vu un élargissement de la gamme de céramiques domestiques (par exemple KMM 466), notamment grâce au département artistique créé en 1934 et dirigé par Benno Geiger (1903-1979). Geiger a repris la technique de la faïence et l’a renouvelée grâce à ses propres recherches, notamment dans le domaine de l’enfumage. Dans l’esprit du temps, répondant au « Heimastil », l’esprit patriotique en vigueur pendant cette période de guerre, il développe la vaisselle dite « vieux-Matzendorf », avec des représentations de costumes traditionnels (par exemple KMM 408). Ses décors gravés sur l’engobe ou sur la faïence sont à la fois rétrogrades et modernistes.

Bibliographie :

Blaettler/Schnyder 2014
Roland Blaettler/Rudolf Schnyder, CERAMICA CH II: Solothurn (Nationales Inventar der Keramik in den öffentlichen Sammlungen der Schweiz, 1500-1950), Sulgen 2014, 37-40.

Häusler 1962
Fritz Häusler, Dr. Fritz Huber-Renfer 1900–1961. Burgdorfer Jahrbuch, 1962, 9–13.

Vogt et al. 2000
Albert Vogt, Marino Maggetti et Giulio Galetti, 200 Jahre keramische Industrie in Matzendorf und Aedermannsdorf 1798–1998. Matzendorf 2000.