Vuorz, Arcun da tradiziun (ATV)

Museum Meister da Vuorz
Cadruvi 7
7158 Waltensburg/Vuorz
E-mail : info@waltensburger-meister.ch
Tél. : 081 936 2200, 079 136 3532

Céramiques du musée « Arcun da tradiziun » à Vuorz dans CERAMICA CH

Andreas Heege, 2021

Depuis 2012/2013, la Casa Cadruvi (construite en 1580) à Waltensburg/Vuorz, canton des Grisons abrite à la fois une exposition présentant les célèbres fresques du Maître de Waltensburg de l’église voisine et une collection patrimoniale locale (Arcun da tradiziun Vuorz) d’objets usuels de la région, principalement du 19ème siècle.

Cette collection du patrimoine local a été créée dans les années 1960 à l’initiative du prêtre du village, Martin Cavegn. En 1964, il organise une exposition d’anciens objets utilitaires de Waltensburg/Vuorz et rend ainsi conscients les habitants du village de leur valeur historique. Cette exposition a conduit à la création du musée du village. L’un de ses objectifs était alors de trouver une alternative à la vente des meubles, des outils et des objets de la vie quotidienne locale à des commerçants étrangers. Le musée se doit d’être un enrichissement pour le village en illustrant sa manière de vivre. Au début, seules deux salles furent louées dans l’ancien bâtiment du tribunal. En 1985, le musée est transféré sur son emplacement actuel, occupant alors seulement l’appartement du rez-de-chaussée de la Casa Cadruvi. Les salles d’exposition ont alors été mises à la disposition du musée par la Municipalité. En 2012, la surface d’exposition du musée « Arcun da tradiziun » a été réduite en raison de l’ouverture du musée du « Maître de Waltensburg ». Les présentations dans les salles d’expositions changent maintenant régulièrement car des expositions temporaires apportent de nouveaux éclairages sur certains aspects particuliers de la vie quotidienne du village. Jusqu’à présent, ces expositions temporaires ont été dédiées à l’alimentation et à sa production dans un environnement rural, à l’école primaire de Waltensburg/Vuorz et aussi aux traditions, encore vivantes de nos jours, des histoires représentées en images par le maître de Waltensburg il y a 650 ans. Le musée est soutenu par la Municipalité de Waltensburg/Vuorz et géré par la Commission du musée, dont les membres sont élus par le Conseil municipal.

En tant que Musée local des traditions populaires, l’Arcun da tradiziun rassemble principalement des objets de Waltensburg/Vuorz et de ses environs, c’est-à-dire des objets qui ont été produits ou utilisés dans le village. Le Musée recueille également des objets qui ont été en possession d’une personne, d’une famille ou d’une institution établie dans le village, ou encore des objets provenant de l’extérieur du village mais ayant un lien avec le village, par exemple de personnes ayant émigrées. Dans tous les cas, on doit pouvoir établir la relation de l’objet avec le village.

En raison des objectifs qui ont conduits à l’établissement de la collection, elle comporte évidemment des céramiques, qui, dans leur ensemble, s’inscrivent très bien dans la tradition usuelle des musées du patrimoine des Grisons et offre donc peu de surprises. On y trouve un total de 63 céramiques : 2 faïences, 25 terres cuites, 22 faïences fines, 1 grès et 13 porcelaines.

La pièce la plus ancienne de la collection est un petit bol en faïence comportant les lettres IHS peintes en bleu de manière évanescente. Ce bol a probablement été produit dans le nord de l’Italie dans la seconde moitié du 18ème siècle. Le fait qu’il s’agisse à la fois d’un bol et que le décor présente le monogramme IHS, sont deux éléments qui sont très typiques des faïences italiennes présentes dans les Grisons.

Le deuxième objet en faïence est une assiette dont la forme, avec sa bordure godronnée en forme d’écailles, nous indique qu’elle a été produite dans la première moitié du 19ème siècle. Elle a probablement été fabriquée à Kilchberg-Schooren sur le lac de Zurich, mais d’autres fabricants de faïence du sud de l’Allemagne (par exemple à Durlach dans le Land du Bade-Wurtemberg en Allemagne) ont également fabriqué des assiettes avec des décors très similaires, de sorte que la détermination de la provenance reste quelque peu incertaine. Sur son bassin on lit la devise suivante « Ich bitte dich, komm her, und küsse mich » (Je t’en prie, viens ici et embrasse-moi).

En ce qui concerne les terres cuites, on retrouve dans la collection du Musée les groupes de céramiques habituels, très répandus dans les Grisons. Sont notamment présentes, ces céramiques « à la manière de Heimberg »  avec un décor au barolet, qui ont probablement été produites dans toute la région de Berneck, canton de Saint-Gall, au cours de la seconde moitié du 19ème et au début du 20ème siècle.  Ces terres cuites engobées sont, pour la plupart, des assiettes creuses et des assiettes à bords recourbés, des soupières ainsi que des pots à lait, que l’on trouve, pour ces derniers, également présents avec des particules colorées dans l’engobe de fonds (décor moucheté).

La jolie petite théière ci-dessus mérite d’être mentionnée. Elle pourrait provenir directement de Heimberg-Steffisbourg dans le canton de Berne, mais il n’existe actuellement aucune preuve fiable d’un commerce de céramiques ayant parcouru ces distances considérables pour l’époque.

Les céramiques de la région du lac Léman sont représentées par ce pot à anse typique (ci-dessus), avec un décor peint d’une simple tulipe.

Représentatives du sud de l’Allemagne, probablement de la région d’Augsbourg, proviennent ces terres cuites (ci-dessus), avec une argile claire, que l’on peut probablement dater du 19ème siècle. Elles sont recouvertes d’une glaçure jaunâtre ou au noir de manganèse, avec, parfois, un décor tacheté vert. On retrouve les formes usuelles : marmite de cuisson avec poignées sur le bord supérieur et pot pour le café.

La vaisselle culinaire du 19ème siècle recouverte d’une glaçure au manganèse est également bien représentée, cependant dans différentes qualités, ce qui prouve qu’apparemment, outre les manufactures de Kilchberg-Schooren, d’autres fabricants étaient représentés sur le marché. On y trouve des terrines, des plats ovales, des cruches ventrues, des pots à café piriforme et des assiettes avec des bordures en relief, moulées.

A partir de la fin du 19ème siècle, la vaisselle brune avec sa glaçure caractéristique, supposée sans plomb, a également trouvé un marché en Suisse. Les fabricants sont inconnus, mais, se trouvaient probablement en Silésie, qui faisait alors partie du territoire allemand. On trouve dans la collection du musée deux des pots à anses avec leurs typiques fonds plats (pots à lait).

Un groupe de céramiques plus récentes, que l’on peut attribuer sur la base de critères stylistiques aux années de 1930 à 1950, se compose d’un pot à anse et d’une tasse recouvertes d’un typique engobe de fonds rosâtre avec un décor au pochoir appliqué au pistolet. Ce groupe est représenté dans de nombreux musées des Grisons. Aucune marque n’est documentée, de sorte que le lieu de production (en Suisse ou en Allemagne ?) n’est actuellement pas encore précisément connu.

Le grès n’est représenté que par un petit pot à double anse « à la manière du Westerwald ». C’est la forme de grès la plus courante en Suisse aux 19ème et 20ème siècles. Ces céramiques servaient à la conservation des aliments (conserves dans des pots en grès, pots à saindoux, pots à confiture et pots pour la choucroute).

Les faïences fines sont présentes sous des formes variées, par exemple pour leur utilisation comme service à café ou comme articles de toilette en tant que céramiques hygiéniques. De nombreuses pièces avec un décor imprimé en bleu ou noir peuvent sans ambiguïté être attribuées à la fabrique de Johannes Scheller à Kilchberg-Schooren sur le lac de Zurich en raison des motifs qui s’y trouvent apposés.

En outre, la collection contient une assiette de la manufacture de faïence fine des frères Horn à Hornberg dans le Land du Bade-Wurtemberg en Allemagne et une tasse à café avec sa soucoupe de la société Utzschneider & Co à Sarreguemines, région du Grand Est en France. Une partie de service à café plus complète, modèle « EPINE » au décor imprimé en rouge, provient également de cette manufacture. Un service de toilette et un pot de chambre proviennent également de cette même grande fabrique. La collection comprend aussi une seule assiette creuse de la manufacture Villeroy&Boch à Mettlach.

Un peu hors du cadre usuel, on trouve dans la collection un pot à lait ainsi qu’un plat au centre d’un support en fils tressés permettant d’éviter de se brûler. Le pot à lait est décoré avec des éléments appliqués, peints de couleurs vives, sur une couverte lustrée d’apparence cuivrée. Il a probablement été fabriqué dans le Staffordshire anglais entre 1840 et 1850.

Les porcelaines forment un groupe très variable. On y trouve un vase de cheminée qui pourrait avoir été produit soit en Bohême, République tchèque, soit dans le Land allemand de la Saxe (Fabrique de Christian Fischer à Zwickau), soit à Karlovy Vary (en français Carlsbad), dans la région historique de l’Egerland (Fabrique Pirkenhammer). Une tasse sans marque portant l’inscription « Zum Andenken » (« En souvenir »), un cadeau de baptême et encore d’autres céramiques « Souvenirs » ou  des céramiques portant des mentions relatives à des anniversaires (par exemple une série de cinq tasses et leurs sous-tasses avec un décor imprimé sur la glaçure de la manufacture de porcelaine Carl Tielsch & Co de Waldenburg-Altwasser, en Silésie (Stary Zdrój, aujourd’hui en Pologne à 150 km de la frontière allemande et à une quarantaine de km de la frontière tchèque, voïvodie de Basse-Silésie) contribuent à cette collection hétéroclite.

Un petit vase avec une vue de l’église de Waltensburg/Vuorz fait partie de ces bibelots touristiques. Une tasse à thé japonaise avec sa soucoupe, de la première moitié du 20ème siècle, dont le décor présente des motifs de grues sort du cadre de cette collection.

La collection est complétée par deux pyrogènes en porcelaine massive, dont l’un a été fabriqué à Langenthal, dans le canton de Berne, en 1952.

Remerciements

La Fondation CERAMICA tient à remercier vivement Guido Dietrich, de la Commission du musée de Waltensburg, pour son soutien actif au travail d’inventaire et pour ses informations sur l’histoire du musée et de ses objets.

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie :

Jenny 1987
Georg Jenny, Dorfmuseum « Arcun da Tradiziun » in Waltensburg/Vuorz, in: Terra Grischuna, 1987, Heft 3, 59-61.