Zillis, Tgea da Schons – Musée des Schams (TSZ)

Talmuseum Tgea da Schons
7432 Zillis-Reischen
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Céramiques du Musée des Schams dans CERAMICA CH

Andreas Heege, 2021

Le musée des Schams, qui est une communauté de vallée dans le district grison du Bas-Rhin, est installé dans une ferme typique du centre des Grisons datant de 1580. Les objets exposés proviennent principalement des Schams et témoignent de la vie et du travail dans la vallée à une époque révolue. Dans les caves et dans les réserves des sous-sols, qui étaient destinées à la conservation des aliments, sont exposés des objets destinés à la transformation du lait et de la viande. Dans les salons supérieurs, on admirera des meubles, des textiles, des vues anciennes de la vallée, des minéraux, des antiquités liturgiques et des « Rockenbriefe ». Souvent offerts par un amoureux à sa fiancée, les « Rockenbriefe » (littéralement des « lettres pour les quenouilles ») sont typiques du canton des Grisons. Jusqu’au milieu du 19ème siècle, ces rubans de papier admirablement décorés et calligraphiés sur commande par un érudit du village, typiquement le maître d’école, servaient à nouer, à l’aide d’attaches fixées de part et d’autre du ruban, les fibres de lin destinées au tissage. Dans la cuisine sont évidemment exposés les ustensiles pour la cuisson ainsi que la vaisselle et les services pour la table. Les outils exposés dans l’aire alors dédiée au battage des céréales illustrent plusieurs types de travaux des champs mais donnent aussi une idée des compétences requises par les charpentiers du passé. Des expositions temporaires centrées sur la région des Schams complètent les intéressantes expositions permanentes. Le musée a été ouvert en 1970 et est maintenant géré par une association (Cuminanza culturala).

La collection du musée comprend 44 céramiques, dont 24 sont des terres cuites, 13 des faïences fines, 4 des grès, 2 des porcelaines et 1 de la faïence.

Parmi les terres cuites, on remarque particulièrement une écritoire peinte en bleu (décor au pinceau sous la glaçure) de la seconde moitié du 18ème siècle. Elle a été offerte au musée par Christoph Simonett, cofondateur du musée et chercheur dont l’important ouvrage sur les fermes des Grisons est fondamental (Simonett 1971). Malheureusement, nous ne connaissons pas le lieu de production de cet objet. La pièce appartient à un groupe de céramiques qui, avec leur peinture bleue, semble avoir été fréquent dans les Grisons au 18ème siècle (sur ce décor, voir RMC_H1970.192, RMC_H1973.826, et également Heege 2016, 119-123).

Pour le reste, les poteries en terre cuite présentes dans la collection du Musée correspondent largement à ce que l’on peut s’attendre à trouver dans les Grisons. Pour ce type de céramiques, il s’agit bien sûr et surtout des céramiques « à la manière de Heimberg » produites à Berneck dans le canton de Saint-Gall. Mais on trouve également un pot à lait, qui est probablement arrivé dans les Grisons depuis la Suisse romande ou la Savoie française vers/après 1900.

Les formes bernoise, respectivement suisse-allemande, du pot à anse, respectivement du pot à lait, ont eu une très grande longévité. Elles ont vu le jour vers 1800 et sont encore produites de nos jours. Dans la collection du musée de Zillis, il y a un exemple des années 1870 (à gauche) avec son décor de bandes horizontales et un plus jeune représentant de cette forme typiquement suisse, ici avec ses gros points, produit à Embrach dans le canton de Zurich par la poterie Landert radiée du registre du commerce en 2015. La marque a été enregistrée le 8 juillet 1943 (FOSC).

Ce pot à lait de la poterie Landert du 20ème siècle ouvre la voie à quelques autres céramiques de la même époque se trouvant dans la collection du Musée. Il s’agit de jattes à bords recourbés et de céramiques recouvertes d’un engobe de fond d’une couleur beige-rose, comme on en trouve partout dans les Grisons. Aucune de ces pièces ne porte une marque de fabricant.

Dans le cas de la vaisselle recouverte d’une glaçure au manganèse, un procédé qui est l’une des principales techniques utilisées pour les céramiques courantes dans la seconde moitié du 19ème siècle, il existe toute une gamme de pièces attrayantes : des cafetières, des moules à Kougelhopf, de rares plats avec des bords décorés de godrons en relief, des assiettes usuelles, des soupières et des casseroles à manches obliques.

On peut y associer immédiatement l’usuelle vaisselle brune ci-dessus, ces « céramiques en terre cuite glaçurée sans plomb à la manière de Bunzlau » (nom allemand d’une ville de Basse-Silésie, actuellement en Pologne et dont l’actuel appellation en polonais est Bolesławiec), importée de l’Empire allemand (1871-1918).

Pour des raisons typologiques, ce pot à double anse recouvert d’une glaçure verte ne provient certainement pas d’une production de Suisse alémanique. Il s’agit plutôt d’un pot de conservation (pot à saindoux ?) du Piémont italien (Martelli/Bianchetti/Volorio 2003, 77-80). Les objets comparables conservés par les musées suisses sont très rares jusqu’à présent.

La faïence est extrêmement peu nombreuse dans la collection. Cette unique pièce est à nouveau l’un de ces beaux bols profonds dont la présence est si typique dans les Grisons, qui doit vraisemblablement avoir été également fabriqué dans le nord de l’Italie.

Dans le cadre de la faïence fine, on trouve des pièces non décorées, peintes ou portant des décors imprimés. Les manufactures auxquelles on peut s’attendre sont présentes, en premier lieu Schramberg dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg (Manufacture Uechtritz und Faist).

Mais d’autres fabricants de faïence fine sont également représentés, comme Villeroy & BochMettlach dans le land allemand de la Sarre) ou comme la Fabrique de céramiques Ziegler à Schaffhouse.

On doit relever que la faïence fine anglaise du Staffordshire est étonnamment présente.

Il y a peu d’objets en grès représentés dans la collection. Ces rares objets sont uniquement des pichets décoratifs de différentes tailles importés de l’Alsace française ou du Westerwald allemand aux 19ème et 20ème siècles.

Une jarre en grès du Westerwald provient des activités économiques dédiées à la préservation des aliments par leur mise en conserve (Dippold/Zühlcke/Scheja 2008, 350-351 ; Firmengeschichte – histoire de l’entreprise, 123-130, Konservenkrüge, Produktion ab 1901 – bocaux à conserves, production à partir de 1901, cat. 159, 164-166). C’est Wilhelm Krumeich dans sa fabrique de grès à Ransbach dans le Westerwald allemand qui a inventé ces pots de conservation robustes en 1901 et les a fait breveter (on lit en creux dans la marque estampée : Krumeich’s Conservenkrug – Jarre de conservation Krumeich ; DRGM = Deutsches-Reichs-Gebrauchs-Muster – Modèle déposé dans l’Empire allemand – 1 ½ Litres )

La porcelaine n’est représentée que par deux typiques tasses – l’une commémoratives et l’autre pour la mention d’un anniversaires – telles que nous les connaissons principalement à la fin du 19ème siècle. Comme c’est le cas ici, elles étaient très souvent produites par la Fabrique de porcelaine Carl Tielsch & Cie à Waldenbourg-Altwasser (aujourd’hui Stary Zdrój) en Silésie (aujourd’hui Voïvodie de Basse-Silésie).

Remerciements

Nous tenons à exprimer nos sincères remerciements aux responsables du musée, en particulier à Gion Michael et Gierina Michael de Zillis, pour leur aimable assistance dans ce travail d’inventaire.

Traduction Pierre-Yves Tribolet

Bibliographie :

Dippold/Zühlcke/Scheja 2008
Christine Dippold/Sabine Zühlcke/Dagmar Scheja, Westerwälder Gebrauchsgeschirr von der Mitte des 19. Jahrhunderts bis in die 1960er Jahre. Teil 1: Texte und Firmenverzeichnis. Teil 2: Katalog der Gefässe und Nachdrucke ausgewählter Warenverzeichnisse, Nürnberg 2008.

Heege 2016
Andreas Heege, Die Ausgrabungen auf dem Kirchhügel von Bendern, Gemeinde Gamprin, Fürstentum Liechtenstein. Bd. 2: Geschirrkeramik 12. bis 20. Jahrhundert, Vaduz 2016.

Martelli/Bianchetti/Volorio 2003
Alessandro Martelli/Gianfranco Bianchetti/Paolo Volorio, La manifattura delle ceramiche di Premia (1808-1862), Villadossola 2003.

Simonett 1971
Christoph Simonett, Schamser Talmuseum. Führer durch das Talmuseum Zillis – Tgea da Schons (Neuauflage 1997), Zillis 1971.